Interview dans Autres Mondes Zine N°7

Au début du mois d’août est sorti le zine Autres Mondes N°7 (zine de la communauté du même nom sans-titrehttps://sites.google.com/site/autresmondesob/).

J’ai découvert ce zine voilà un an, en surfant sur la toile. Il existe grâce au travail de passionnés du fantastique.

Au menu : des nouvelles, des planches de BD, des articles et une interview (de moi-même) réalisée par Alice Mazuay et Spoo Ky (que je remercie)

J’ai répondu à leurs questions, et cela a été un plaisir de parler de mes différentes passions, dont la littérature.

La revue est disponible en lecture à partir de ce lien :  http://www.scribd.com/fullscreen/61360934?access_key=key-1vhimx2bgb1aivypn7u3

Un petit extrait pour la route :

 

Mécanique (court récit)

Je suis là, allongé sur cette table d’opération depuis maintenant une dizaine d’heures. Je ne vois rien, mais j’entends, je perçois des murmures ou bien est-ce mon imagination, qu’importe, je suis ici pour déjouer tous les pronostics vitaux. Les médecins sont confiants, malgré la difficulté de l’opération, ils sont optimistes et espèrent me voir sortir de l’hôpital dans les prochaines semaines.

De quelle couleur est le ciel dehors ? Cette question me tarabuste depuis quelques minutes, depuis qu’une scie s’est mise en marche, depuis que ma chair se déchire, depuis que mes os hurlent.

Bleu, gris, blanc, au final l’important n’est pas là mais plutôt dans l’idée de ne jamais le revoir, ce putain de ciel.

Oui, la couleur du ciel m’obsède, car j’ai peur d’oublier qu’il existe.

Je tremble, mon âme tempête dans mon corps, elle est malmenée depuis un an et demi et devra patienter encore un peu pour sentir le soulagement advenir. Car lorsque je serai de nouveau éveillé, quand mes paupières s’ouvriront sur une chambre aux tonalités chaudes, je sais qu’il ne sera plus jamais question de tumeur maligne, plus de Cancer, plus de squelette non plus, ce dernier remplacé par un autre, plus résistant.

Je suis à moi seul une expérience, un homme ouvrant une ère nouvelle. Un humain, plus vraiment, une machine programmée pour vivre, pour survivre à la maladie, pour assurer le train de vie des plus grands, un nouvel organe de la société capable d’accomplir les tâches les plus rudes.

Je vivais jusqu’à présent dans la rue, j’étais condamné à mourir, sans aide, sans personne, seul avec mon Dieu, puis ils sont apparus, les docteurs de l’espérance, ils sont venus avec leur concept : offrir l’immortalité et effacer les malheurs dans les regards des plus démunis, des plus fragiles.

Je suis né en 2054, et dans un siècle, je serai encore présent sur cette Terre. Vivre se paye à ce prix, je n’ai aucune idée de ce qu’il m’attend dans le futur, mais aujourd’hui, avec ce corps de métal pour armure, je suis prêt à affronter le monde, car mes souvenirs sont toujours là (ils me l’ont promis), ma femme, mes enfants, ils sont vivants dès que je clos les paupières, dès que je songe à eux.

J’ai gardé mon humanité, mon âme est sauve.

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Ce matin, je me suis réveillé dans une chambre. La première ligne de mon programme interne m’a rappelé le but de mon existence. « Servir, travailler, encore et toujours ». J’effectue un rapide check-up de mes données ; rien à signaler. Je suis vierge de toutes informations, ma vie peut commencer.

Je me lève et dans l’entrée, j’aperçois une photo écornée, épinglée sous une vitre. Un rapide coup d’oeil dans un miroir et je constate que j’ai été créé à l’image de l’homme présent sur le cliché. À ses côtés, une femme, et deux enfants. Mes senseurs se figent un instant ; rien à signaler.

Dans le couloir, je croise des personnages en blouses blanches, une analyse rapide m’indique qu’ils sont médecins. Je les salue ; ils me sourient et applaudissent en s’adressant à un homme sur ma gauche « une véritable réussite Marc, félicitations ». Leurs propos m’échappent et quand j’atteins enfin à la porte de sortie, une voix s’élève dans mon dos. Elle ne s’adresse pas à moi, mais à ce Marc. « Retirer l’âme est finalement une solution qui va arranger pas mal de problème dans le monde » et nouveaux applaudissements.

Je sors et pour une raison que j’ignore, je lève le regard vers le ciel. Il est bleu, il me plaît. J’ignore encore pourquoi, mais je me mets à sourire et au fond de moi, je sens comme une boule grossir. Puis, lentement, je m’élance dans le monde, je m’avance avec un nouveau concept qui vient de surgir de cette présence insolite, ancrée dans mon corps.

Une rapide analyse m’indique qu’il se nomme espérance, c’est encore flou, mais je sens que cela va me plaire.

John Steelwood – 19 Août 2011