Il faut trancher

Il m’a dit de trancher dans le vif. Il n’a cessé de me répéter ça depuis une semaine, tranche dans le vif du sujet. Oui, mais au départ, je n’ai pas souhaité suivre ses conseils, car après tout, il est difficile de choisir entre deux possibilités antinomiques ; choix tout aussi cruel l’un que l’autre. Tranche une bonne fois pour toute et qu’on en parle plus, je l’entends encore me hurler ça dans les oreilles, sans doute est-ce à cause de ça finalement, à cause de ce hurlement que j’ai fini par sauter la barrière.

En parlant de hurlements, j’ai les oreilles qui sifflent depuis cinq minutes. Maintenant que j’ai pris ma décision, maintenant que j’ai entrepris de trancher, voilà qu’il continue de hurler. Il est intenable. Mais revenons-en à ce choix qui s’est présenté à moi voilà deux semaines.

Je me trouvais assise à une table de café, je sirotais un verre, bien tranquillement, l’esprit libéré des contraintes de la vie quand cette femme s’est présentée dans mon champ de vision. Tout aurait pu se dérouler sans anicroche, mais le problème est que cette décolorée aux talons plats s’est jetée dans les bras de mon mari. À cet instant, comment dire… Oui, à cette seconde, j’ai littéralement fondu les plombs, je suis sortie du bar, j’ai traversé la rue et je lui ai collée la gifle, celle qui décolle toute envie de répondre.

Ensuite me direz-vous ? Ensuite, l’autre s’est mis à hurler comme aujourd’hui. En fait, il ne s’est jamais arrêté d’ouvrir sa grande gueule. Tout ça parce que j’étais incapable de lui dire de rester ou de foutre le camp. Voilà la raison qui l’a poussé à me répéter « alors tu tranches ». Lui, il désirait recouvrer sa liberté, s’envoyer en l’air avec toutes les nymphos du quartier, moi, je ne voulais que lui, le garder contre moi, pour moi, rien que pour ma pomme. Alors, ce choix, oui il a été difficile à prendre, oui j’ai réfléchi des heures entières à peser le pour et le contre, mais j’ai finalement réussi, j’ai tranché.

Et aujourd’hui, d’autres projets m’attendent, comme acheter un second congélateur. Il reste encore de la place à la cave. Penser également à se procurer un groupe électrogène histoire de ne pas avoir de mauvaises surprises en rentrant de vacances. Il ne manquerait que ça, d’être envahi par une odeur de pourriture.

Bon, ce n’est pas tout, mais maintenant qu’il ne bouge plus, qu’il ne hurle plus, je vais pouvoir le débiter tranquillement et l’ensacher, cependant le plus dur sera de nettoyer tout ce sang sur le sol de béton, une vraie misère, mais je ne désespère pas, avec un peu d’huile de coude, j’y arriverai. Quant à la hache, j’en suis plutôt satisfaite, dès que j’en ai l’occasion, je l’essayerai sur la blonde ligotée dans un coin, mais pas aujourd’hui, je suis vannée.

John Steelwood – 20 Octobre 2011

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