Il faut couper court

Texte spécialement écrit pour Gaëlle, qui désirait une suite

Ce texte suit donc « il faut trancher »

Les rumeurs ne cessent d’enfler depuis trois jours. Je suis pourtant certaine que personne ne sait, pourtant des ragots circulent dans le quartier, et pour compléter le tableau, j’ai perdu quelques contacts sur mon profil Facebook, je sais, ce n’est pas une preuve, mais le doute est là, il s’est insinué dans ma tranquillité d’esprit. Je suspecte quelque chose, je crois qu’au fond on m’épie, on me soupçonne de la disparition subite de mon mari.

Je dois couper court à tout ça, rapidement.

J’ignore qui est ce on, sans doute des voisins qui s’étonnent de ne plus voir personne sortir de la maison, ou plus précisément un voisin. Il faut couper court, résonne dans mon esprit. Je dois quitter la maison, bâillonner les rumeurs, remplir le frigo, lancer un barbecue et inviter des amis, montrer à tous combien je n’ai rien à me reprocher.

De plus, est-ce ma faute si ce voisin, voyeur à ses heures, m’a entrevu hier une hache à la main, au travers de sa haie ? Couper du bois est somme toute normal pour un homme, mais quand c’est une femme, et quand en plus elle a du sang sur elle, tout tourne très rapidement à la méfiance.

J’ai prétexté un accident, quand il s’est adressé à moi. Je crois qu’il ne m’a pas cru, car il n’a pas souri. Pour toute réponse, il m’a lancé un regard noir.

J’ai toujours détesté les gens suspicieux, et je dois avouer que ce voisin était un paranoïaque en puissance. J’emploie le passé, car il a déménagé sans prévenir, il vient d’être rappelé ailleurs. Dorénavant, je n’aurai plus à subir son regard de pervers, quand, à moitié nue sur le transat, cet homme insoupçonnable, cet homme parfait, me matait tout en pratiquant des jeux nauséabonds. Je l’ai toujours dit à mon mari, avec ce genre de personne, il faut couper court. C’est chose faite.

J’espère qu’il ne m’en voudra pas de l’avoir taillé en pièces, parfois les mots m’échappent, et puis, je suis un peu italienne sur les bords, alors les gestes suivent.

Maintenant, il ne reste plus qu’à organiser la fête pour montrer à tout le monde que si le mâle existe, il n’est pas ici, trop enclin à forniquer par monts et par vaux. Mais bon, je ne vais pas me retarder plus que nécessaire, y’a la viande à attendrir, des rôtis à barder et des steaks à préparer. J’espère que cette vache ne bougera pas trop, la dernière fois, j’ai mis un temps fou à nettoyer le sol.

Nota Bene : Je dois à tout prix investir dans une bâche et prévoir des épices également, car j’ignore ce que mon mari lui trouvait, mais cette viande n’a aucun goût, elle est aussi fade que le regard de notre voisin.

John Steelwood – 22 Octobre 2011

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6 commentaires

  1. Hé bien, une suite rien que pour moi ! Pour un peu, j’aurais l’impression d’être Katy Bates dans Miséry !!

    Par contre, je ne suis pas d’accord ! = Tu ne crois pas que tu vas t’en tirer comme ça, à me planter en plein milieu de l’histoire, tout de même !!!?
    Alors, elle va se faire prendre, cette Découpeuse compulsive ou bien, va-t-elle continuer tranquillement à débiter en rondelles tout son voisinage ?!
    C’est vraiment excellent… VRAIMENT. Tu dois absolument développer cette histoire sous forme de roman ou de nouvelle, peu importe, mais IL FAUT que tu en fasses quelque chose ! Parole de Annie Wilkes (sinon, gare à toi !) …

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