Mémoire (2) – En salle

Mémoire (2) – En salle

Aujourd’hui j’ai la tête en vrac, juste bonne à mettre dans un sac. Vous, l’homme en blouse blanche, fouissez de vos mains chirurgicales mon crâne et tirez d’un coup sec sur mes connexions cérébrales. J’ai l’esprit épars, pillé de toute sa substance ; mon aptitude à vivre dans cette société s’est perdue dans l’habitude de mes gestes, de mes pensées.

Docteur, je ne vous connais pas, vous par contre, sans doute avez-vous eu l’occasion de me rencontrer, de serrer mon cœur entre vos doigts, de triturer mon cortex, de balafrer mon corps à coups de lame. Je ne vous remets pas, mais je vous supplie – une fois de plus, une fois de trop – d’enlever cette douleur du fond de mon cerveau.

La méthode est simple et somme toute radicale, alors pratiquez donc un trou dans mon lobe frontal, je vous en serai reconnaissant, car renaissant sous ce coup de scalpel, je me forgerai une nouvelle vie, de nouvelles images, de nouveaux amis ; un plus bel idéal.

J’abandonne à vos pieds la noirceur de mon âme, et laisse à votre lame l’ouverture nécessaire pour tailler dans ma chair. Et si par malheur, je ne me réveille pas, si les battements viennent à cesser dans mon cœur, alors je vous dis simplement : docteur, refermez d’un triple 0 ma carcasse et priez pour que je rejoigne les muses sur le mont Parnasse.

Je ne vous ai pas dit. Vous comptez bien. J’aime entendre votre voix décompter les chiffres. 100… 99…

Allez, trêve de plaisanterie, je m’en vais rejoindre la grève de ce monde invisible. Mes paupières deviennent lourdes, c’est indéniable, insupportable aussi, car le doute s’est insinué « et si je n’avais pas fait le bon choix, et si… ».

Je jette un œil sur la droite, mais la réalité m’échappe. Je discerne cependant une main, elle est froide, parcheminée, recouverte de taches de vieillesse. Ah ! Je sens mon âme m’échapper, je vois un regard se poser sur ma vie. Docteur, est-ce ma mémoire qui se joue de moi, ou bien est-ce ainsi que la fin s’annonce, quand le bateau ivre chavire dans le Styx ? Ah ! Je délire, maintenant je suis prêt, enfilez votre masque de serial chirurgien,concentrez-vous sur votre travail et ne trahissez pas votre serment.

Mais une dernière chose avant de…

John Steelwood – 25 octobre 2011

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