Larmes

Je cours sur cette plage, le vent fouette mon visage ; il pique mes yeux. Je pleure.
Docteur, s’il vous plaît, faites que jamais plus les larmes coulent. Retirez-moi la raison de mon tourment.

Je marche, appuyé sur une canne, des lunettes noires cachent deux orbites vides, je parcours les rues de cette ville sans trop savoir où aller. Je bute contre un objet, la douleur irradie dans mon corps. Je pleure.
Docteur, s’il vous plaît, les larmes continuent de couler ; je suis malade rien que d’en parler. Faites ce qu’il faut pour remédier à ça.

Une personne me pousse, je suis assis dans un fauteuil roulant. Mon corps n’est plus qu’une coque sans vie. Tous mes nerfs sont atrophiés, ils ne véhiculent plus les signaux m’indiquant le danger d’une flamme, d’une lame.
Le téléphone sonne. L’infirmière répond, me glisse l’écouteur et j’écoute le message. Je pleure.
Docteur, s’il vous plaît, les larmes sont toujours là. Je ne sais plus quoi faire. Dites-moi qu’il existe une solution.

Mécanique, j’avance, maintenant plus rien ne me raccroche à l’homme. Je ne suis qu’une enveloppe de chair impropre aux sentiments ; je n’ai plus de cœur, plus de larmes, juste des souvenirs d’un passé poli par l’acidité du présent.

Au fond de ma carcasse, je sens une pression grossir, je ressens comme un goût de nostalgie empreindre mon existence, je pressens des larmes, mais cette fois, aucun docteur ne viendra les retirer ; je préférerais mourir plutôt qu’abandonner ce qu’il me reste.

Publicités

10 commentaires

  1. Merci Morgane. Ecrire soulage sans effacer les peines, mais c’est déjà ça de pris au fil du temps ; trop souvent ce dernier est enduit d’une poix retenant les notes négatives.

    Ecrire, même brièvement envoie mon esprit se perdre ailleurs, dans un étang étoilé, où je me noie pour songer à ceux que j’aime.

    Et pour combler ce temps immobile, je lis aussi. Mieux qu’un médicament, plus fort qu’une thérapie, les mots avalent les maux, les broient pour en extraire un fluide de vie qui m’invite à poursuivre, pour ceux qui ne sont plus, pour ceux qui ne seront plus au creux de mes bras.

    Encore une fois, merci pour ton message Morgane.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s