Histoire de zombies (4)

Episode précédent (3)

Journal, entrée du 29 Janvier 2045, 05h12

Ce n’est pas cette nuit que j’arriverai à dormir, pour une fois que j’avais trouvé le sommeil. C’est rageant.

Au départ, j’étais prisonnier d’un cauchemar. Je me trouvais sur un bateau, accompagné d’une escouade de choc, armée jusqu’aux dents. Je me souviens même d’avoir croisé un ami, Romain, qui, s’il vit encore, doit combattre des hordes de zombies du côté de la région dijonnaise. Bref, tandis que les coups de feu fusaient dans les corridors du navire en perdition, je cherchais un endroit pour me cacher, car de bien entendu, dans ce genre de cauchemars, je suis toujours celui qui n’a rien pour se défendre, même pas un cure-dent pour l’enfoncer dans les orbites de ces êtres affamés, juste histoire de les aveugler.

Dérouté, je me réfugiai dans une chambre d’officier. Aussitôt entré, j’actionnai le verrou, mais ce dernier se retrouva dans l’incapacité physique de se mouvoir dans son logement. C’est ainsi dans les cauchemars, tout se grippe, tout devient plus terrifiant qu’un film de série Z. Et là, tandis que le sommeil me retenait dans ses bras de glace, je vivais l’enfer. Un objet invisible bloquait la porte à demi entrouverte. Dans la seconde qui suivit, un flot de morts-vivants s’abbattit contre le battant en métal et le poussa avec férocité.

L’espace de deux secondes, la porte s’ouvrit. Durant ce laps de temps, j’aperçus leurs visages. Tous, sans distinction, étaient exsangues et cadavériques. Leurs corps décharnés, d’où se répandaient boyaux et organes vitaux, se mouvaient en une danse lancinante, presque hypnotique. C’est ce balancement qui manqua me coûter la vie, enfin manière de parler, tout ceci n’était que des visions rejetées par mon cerveau, rien de plus. Des signaux électriques.

De ce voyage proche de l’hallucination, j’ai gardé d’autres images plus troublantes encore, elles seront à jamais imprimées dans mon esprit. À l’heure où j’écris ces lignes, j’ai encore du mal à clore mes paupières, car quand je les ferme, je vois tous ces regards perdus, vides, me fixer avec insistance. Des yeux où j’ai crus discerner des échos de l’âme humaine. En y repensant à chaud, cette idée me paraît incongrue, surtout quand on pense qu’ici, il s’agit de zombie, d’être complètement décérébré, incapable de réagir à autre chose que de la chair fraîche, et pourtant, le doute subsiste. Je me demande, au final, si mon cauchemar ne m’aurait pas révélé une porte. À creuser.

Pour en revenir à la réalité, tandis que j’entendais les dents des zombies claquer de l’autre côté de la paroi, un coup sourd et pesant tonna contre la porte. Une fois, deux fois, puis au troisième coup, je cédai, tombant à la renverse et me réveillai tout ruisselant de sueur sur le sol de ma chambre. C’est à cette seconde que j’ai entendu le craquement résonner à mes tympans.

La panique noya toutes mes pensées. Un tremblement irrépressible m’envahit et me cloua sur le parquet flottant durant presque une minute. Soixante secondes de pure terreur, une éternité qui se termina dans un silence étourdissant. Étaient-ils entrés dans la maison ? Je l’ignorai.

Je suis descendu. Je n’entendis aucun râle inquiétant, aucun mouvement suspect. Et alors que je pensais avoir rêvé, je vis deux énormes fentes couper longitudinalement le bas de la porte donnant sur le jardin. Comment des êtres aussi primaires avaient eu l’idée de cogner, à en fendre le bois ?

La question demeure sans réponse à l’heure qu’il est. Je tenterai de dénouer les fils dans la matinée. Là je suis crevé, je crois que je vais tomber si je ne dors pas un peu. Mais avant, je vais pousser la gazinière devant l’entrée arrière, on ne sait jamais.

Zombie-eye-splinter-Fulci
Episode suivant (5)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s