Le Parloir d’Ebediah – Dossier #0001 – Morgane Neuville

Je me nomme Ebediah, je ne suis ni avocat, ni juge, ni coupable, je suis un être qui erre dans le parloir  des âmes humaines. Aujourd’hui, j’entame une série de visites dans ces prisons de chairs. J’ai fouillé dans les dossiers et j’ai découvert celui de Morgane. Une écorchée, une femme au talent incontestable, qui a su faire vibrer les cordes vocales de mon âme.

Parloir – Dossier #0001 – Morgane Neuville

Ebediah : Bonjour Morgane. J’ai quelques questions à te poser. Néanmoins, avant de commencer, j’aimerais que tu présentes, non pas tes écrits, non pas tes projets, mais seulement toi et cette force qui te porte.

Morgane : Bonjour Ebediah. Je vais donc commencer par les banalités ; je m’appelle Morgane, j’ai vingt-trois ans et je vis en Belgique.

Je suis une personne assez réservée, j’entends par là, qu’en « vrai », je ne parle pas beaucoup. D’une part, parce que je suis ainsi, d’autre part parce que je n’aime pas la façon dont je m’exprime oralement. Je suis aussi assez froide, je n’aime pas les élans un peu trop… romantiques. Je le précise, parce que je trouve cela important. Beaucoup de personnes sont très démonstratives et parlent beaucoup oralement, ce qui entraîne une déficience point de vue relations : on me reproche souvent ces deux choses-là. J’aimerais tellement que l’on comprenne, je ne suis faite que pour écrire et rien d’autre.

Je ne sais pas si je peux parler de force, après tout, nous sommes constitués d’un espoir qui nous maintient en vie, d’une certaine façon. Je ne sais pas toujours pourquoi je me bats, il faut avouer que ce monde est des plus désolants. Oui, je suis pessimiste… c’est un trait très prononcé chez moi. Après, on aime ou pas. D’ailleurs, c’est comme cela que ça fonctionne : on m’aime ou pas ! Pas de juste de milieu, pas de « peut-être ». C’est tout ou rien, je cultive cela, laissant rarement de deuxième chance…

Ebediah : Pessimiste / Réaliste, sont deux mots très proches, et très éloignés à la fois. Après je pense que tout dépend du point de vu dans lequel on se place. Me concernant, je te trouve réaliste et objective. Le pessimisme est une partie nécessaire de cet ensemble. Maintenant, j’aimerais que tu me parles de tes aspirations littéraires. En écrivant on tend à atteindre un but, toucher des lecteurs. Et toi, cherches-tu à leur ouvrir les yeux ? Le ferais-tu, si besoin est, à la manière des policiers d’Orange Mécanique ?

Morgane : Mon pessimisme est une chose que l’on me reproche souvent ! Surtout mes proches, comme la famille. Ne devrais-je pas être une jeune fille ayant la joie de vivre à mon jeune âge ? Il semblerait que je n’aie aucun problème et que je ne connaisse rien de la vie, de ce fait, j’ai juste le droit d’être… heureuse ! Mais passons. Oui, c’est certain, je tente de faire comprendre qu’il y a des choses qui doivent impérativement changer dans ce monde. Je ne suis pas pour la violence, je trouve cela un peu facile d’en arriver là, de plus, celle-ci n’entraîne rien de bon, il suffit de regarder les guerres dans le monde, à quoi servent-elles si n’est qu’à tuer et à engendrer la misère… bien entendu, mes cris ne font pas écho ou rarement, les gens semblent être « trop bien » malgré le fait qu’ils se plaignent sans cesse. Il fut une époque où l’on n’hésitait pas à sortir dans la rue, cela changeait parfois les choses, je regrette de vivre à l’ère des mollusques.

Ebediah : Tu dénonces la violence, pourtant elle est présente dans tes textes, elle se mélange à la beauté de tes idées. Tu débordes d’émotions, littéralement parlant et tes mots font généralement mouche auprès de ton lectorat. Mais au-delà même de cette violence, tu essaimes des morceaux d’âme contenant un sujet plus fort, il apparaît parfois en filigrane, je veux parler de l’abandon. Quel rapport entretiens-tu avec lui ? Est-ce que sans sa présence, ton écriture au final ne s’en retrouverait pas affadie ?

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Morgane : Oui, c’est vrai, mais c’est une autre forme de violence… juste la violence des mots. Ah ! Est-ce donc si flagrant ? Beaucoup de personnes m’ont fait de la peine et dans le passé, j’étais une fille très naïve et je ne comprenais pas encore bien que l’être humain n’était qu’un suceur d’âmes. Des personnes qui m’étaient chères m’ont lâchement laissée sur le côté de la route… sans explications, pour certaines. J’ai toujours peur de cela désormais. Ma confiance est au point mort, trouvant toujours ce « quelque chose » qui pourrait faire en sorte qu’une personne me délaisse un jour… mes relations sont alors catastrophiques : sans confiance, il n’y a pas de relation à proprement parler.

C’est une question assez difficile, si je n’avais pas été cette fille que l’on abandonne comme un chien lors des vacances, je n’aurais peut-être pas ce « don », si je puis dire, pour écrire. Mais en contrepartie, je ne passerais peut-être pas mon temps libre à blâmer le genre humain ! Toujours est-il que je ne vois pas ma vie sans l’écriture, c’est un fait incontesté.

Ebediah : Je crois que les mauvais coups donnent une autre envergure au « don » dont tu parles. Mais sans doute n’est-ce qu’une question de point de vue en fin de compte. Je vais revenir sur la littérature, ton actualité pour être précis. Ton premier roman va sortir d’ici quelque temps. Peux-tu nous raconter la genèse de ton livre, et surtout, est-ce qu’il t’a permis d’enterrer certains fantômes ?

Morgane : Hé bien, cela s’est fait un peu par hasard, j’ai toujours eu des textes orphelins dans mes cahiers ou bien, sur mon ordinateur. Je me suis dit que les mettre sous forme de journal intime serait pas mal. Et au final, je vois ce livre un peu comme une « aide » pour les personnes désespérées qui ont besoin qu’on leur tende une main, je voulais démontrer que l’on pouvait « s’en sortir », être au plus bas et remonter, même lorsqu’on est seul. C’est évidemment au sens figuré, il y a tellement de façons d’être « au plus bas » ! J’espère qu’il donnera un nouvel espoir à quelques personnes.

Concernant les fantômes, je ne pense pas que j’ai pu en enterrer certains avec ce livre, simplement parce que certaines douleurs sont encore trop présentes en moi pour cela. Je suis une personne qui met des années à faire le deuil de quelqu’un ou de quelque chose. J’imagine que le jour où je serai « guérie » d’eux sera celui où je n’écrirai plus sur eux.

Ebediah : C’est très altruiste comme comportement, mais quelque part, l’écrivain, celui qui a la vocation, est ainsi fait. Maintenant que nous te connaissons mieux, je vais me focaliser sur ton écriture, et plus particulièrement sur ton travail. Je vais donc te lancer quelques pistes : ton lieu de travail, l’ambiance, la durée d’écriture, le média utilisé… Je te laisse carte blanche pour répondre et ainsi nous dévoiler quelques facettes de ton métier d’écrivain. C’est toujours très intéressant de découvrir comment « fonctionne » un auteur.

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Morgane : J’écris principalement en soirée ou dans la nuit. Il m’arrive, en étant déjà couchée, d’allumer la lampe pour écrire ce qui me passe par la tête ou de noter quelques phrases sur mon portable afin de ne pas les oublier le lendemain. Ma chambre est le lieu principal où j’écris, celui où je me sens le plus à l’aise et tranquille. Lorsque j’écris, je n’aime pas être dérangée, étant un peu dans un état de « transe » complètement submergée par l’écriture, surtout lorsque ce sont des écrits qui me permettent de me vider un peu. La durée, je ne saurai la dire exactement. Tout dépend de l’inspiration du moment et de ce que j’ai à écrire. J’écoute très souvent la musique, notamment, la musique mélancolique qui m’inspire beaucoup. J’écris sur mon ordinateur ou bien dans divers cahiers qui sont à portée de main : un sur ma table de nuit et les autres dans le tiroir de celle-ci. Il m’arrive de le faire sur des Post-it aussi pour les mettre ensuite à mon mur.

Je n’écris pas forcément tous les jours. Je ne suis pas toujours inspirée. J’ai des trous, des pages blanches et lorsque je subis un « choc » (au sens figuré) je peux rester sans écrire durant plusieurs jours voire semaines. Ce sont des moments pénibles, car c’est important pour moi d’écrire, je « dois » écrire, je ne sais pas trop comment expliquer cela.

Je relis plusieurs fois chaque écrit afin de corriger les fautes d’orthographe ainsi que de frappe. Même si je sais qu’il doit en rester, parfois, j’en vois des mois et des mois par après ! Par contre, je ne retravaille jamais mes écrits, je ne sais même pas comment on fait !

Ebediah : Merci pour toutes ces précisions Morgane. Nous arrivons à la fin de cet interrogatoire. Depuis que nous avons commencé cette série de questions, beaucoup de choses ont bougé dans ta vie. J’ai appris que ton livre ne sortirait finalement pas dans la maison d’édition avec laquelle tu avais signé. Je ne te demanderai pas si c’est une déception, je tournerai ma question plutôt comme ça : Vois-tu dans l’annulation de la sortie de ton livre comme un signe du destin, un signe qui t’interpelle pour te dire « t’inquiète pas, le meilleur est devant toi, mais il va falloir se battre » ? Tu peux conclure sur ce point.

Morgane : Je vois cela de manière tragique, à croire que je suis vraiment maudite… c’était la seule chose qui me redonnait la pêche quand j’y pensais, enfin l’accomplissement de quelque chose dans ma vie. Mais bon, la vie en décide toujours autrement, me voilà recalée sur le banc de touche. La seule chose positive, c’est que j’ai pu modifier mon livre depuis. Peut-être vais-je m’en tenir à mon idée de départ, que je n’aurais pas dû lâcher : l’auto-publication. Reste à voir, je ne sais pas… (Ne dit-on pas que l’idée de départ est souvent la bonne ?)

Merci Ebediah pour cet intérêt que tu m’as porté.

Ebediah : C’est moi qui te remercie Morgane, et au plaisir de te lire.

Le Blog de Morgane : http://mdynamite.wordpress.com/

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