Histoire de zombies (7)

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Journal, entrée du 29 Janvier 2045, 12h40

Bordel ! Francis est juste là, je l’entends gratter la porte, gémir, se plaindre. Je préférais quand il jouait au mort. J’ouvre un tiroir sans trop réfléchir et j’en sors un rouleau à pâtisserie que je laisse aussitôt tomber sur le sol. Le choc me fait sursauter, car au même instant, Francis a cogné du poing contre l’huisserie. Le regard perdu entre le jardin et le plan de travail en stratifié, j’hésite, attrapant une fourchette posée près de l’évier, puis je me rabats sur la crédence en Inox où sont fixés à l’aide d’aimants, les couteaux de cuisine. Ma main passe l’ensemble en revue et je m’arrête sur celui qui semble être l’atout parfait pour me défendre en cas d’attaque : un couteau à abattre avec une lame de 30 centimètres. Je frémis en songeant que j’aurais sans doute à m’en servir, puis je me dirige vers la porte du jardin. Je prends ma respiration, je jette un dernier coup d’œil, puis j’ouvre.

knif

**

Une légère brise venait me fouetter le visage. À cette seconde, je réalisai combien l’air extérieur me manquait. D’être resté enfermé tout ce temps m’avait fait oublier que  vivre n’est pas de se terrer dans cette baraque, mais de survivre là, juste au dehors. Seulement, il y avait ces maudits morts-vivants. Et, pour la première fois depuis leur apparition, je tremblais, car ils se tenaient à quelques mètres de moi.

— Je vis, mais ma mort se tient accroupie au milieu de mon gazon, prononçai-je tout haut sans pouvoir retenir la moindre de mes paroles. Je sais que je risquais d’attirer l’attention de ces bêtes sanguinaire, mais en cette seconde, le plus important n’était pas le présent, mais l’avenir. Je m’imaginais un futur sans ce mal qui rongeait l’humanité depuis plusieurs semaines, et j’espérais sans véritablement y croire, que tout redeviendrait comme avant.

Je regrettais mes petites manies, les habitudes mercantiles des puissants, les séries américaines, l’internet, les faux amis sur les réseaux sociaux, les vrais dans le monde réel. Je déplorais presque tout, sauf la téléréalité et les livres de Musso, oui. Et encore, pour la téléréalité, j’en sais trop rien.

 Un « Gggggrrrrraaouuuu rrrrrr » résonna dans l’air et me tira de mon flot de pensées

Ces dernières se délitèrent face au hurlement que poussa un mort-vivant qui venait d’apparaître au milieu de la haie de troènes. Elle séparait mon jardin de celui des Martin. Un courant glacial remonta aussitôt le long de mon échine et vint titiller les muscles de ma nuque. Le zombie me fixait intensément, je reconnus le père de Francis. Je comprenais maintenant pourquoi le gosse avait quitté précipitamment sa maison.

Toute la force du mort-vivant s’exprimait dans son regard. Je ne m’aperçus qu’après un court instant que cet air à la Uri Geller qu’il dégageait, était dû à l’absence de paupières. Son visage était recouvert de griffures, sans doute laissé par son fils, et des croutes de sang restaient collées sur tout le pourtour de sa bouche. Cela donnait l’illusion qu’il portait un postiche de poils d’hémoglobine. En d’autres temps, j’aurais trouvé cette situation hilarante, mais pas aujoud’hui.

Je dois avouer que je fus tenté de reculer, de rebrousser chemin et d’abandonner Francis à son calvaire, mais comme je m’attardai sur lui, mon côté saint-bernard refit surface. Je redoutais le pire. Ce n’était pas un homme mort que je voyais, ni même un pseudo-zombie bientôt apte à transmettre un virus. Non ! J’avais juste en face de moi, allongé sur mes dalles japonaises, un gosse qui tournait son visage dans ma direction et qui me suppliait du regard de l’embarquer avec lui.

Sans me préoccuper du père de Francis qui tentait vainement de traverser la haie, je m’agenouillai près du garçon et posai le couteau tout près de ma jambe. Je ne savais comment m’y prendre. Son corps était couvert de sang. J’ignorais, si par simple contact, je pouvais attraper ce virus qui avait décimé la majorité de la population, peut-être que oui, peut-être que non, quoi qu’il en soit, j’attrapai à pleine main Francis par les épaules et le retournai sur le dos. Du sang s’échappa d’une blessure qu’il avait au niveau de la gorge. Rien de grave, juste une plaie dû à sa chute.

— Merci, murmura Francis.

Je sentais son regard faiblir. Il ne tiendrait plus longtemps. Je devais à tout prix l’emmener avec moi dans la maison.

Mes doigts glissèrent à plusieurs reprises sur les bras nus du gamin. Le sang, poisseux et terriblement collant, s’insinuant dans mes articulations, sous mes ongles, dans les plis de ma peau. Je priai pour ne pas devenir comme eux, puis je me mis à tirer de toutes mes forces sur les vêtements. Son corps resta collé sur les dalles durant une ou deux secondes, puis ils se détacha en lâchant un bruit de succion qui me hantera le restant de ma vie.

J’essayai de me concentrer sur mon unique tâche, mettre Francis à l’abri, mais mon regard s’attarda sur cette zone vide jusqu’alors occupée par son bassin et ses jambes. D’un coup d’œil, je vis la colonne vertébrale se mélanger aux chairs et à un morceau d’intestin. L’ensemble pendait mollement et avait abandonné dans son sillage une traînée d’un rouge bistre. Alors que je le hissai sur la margelle du perron, sa chemise s’accrocha à la lame mon couteau. Pour le dégager, je dus lever le tissu au niveau des poignées d’amour et là, j’ai eu un haut-le-cœur. Oui, c’est bien ça, j’ai senti la bile remonter dans mon œsophage en voyant un bout du foie saillir par la plaie béante. Aussitôt, sans que je puisse me retenir, j’ai vomi dans les plates-bandes.

Après avoir réussi à me débarrasser de cette vision d’horreur. Je me demandai encore comment ce gosse avait pu survivre à une telle boucherie. Mes pieds de nouveau dans la cuisine, j’entamai une nouvelle série de traction pour le tirer vers l’intérieur de la maison, mais une fragrance nauséabonde m’assaillit et coupa net mon effort.

Par réflexe, je posai ma main devant mon nez et ma bouche, puis je me tournai en direction de ce filet olfactif d’une aigreur épouvantable. Je réalisai, en voyant les zombies, que cette odeur se dégageait de l’autre partie du corps de Francis. Elle n’avait pas eu le temps de faisander, mais la décomposition avait déjà trouvé son chemin. J’aperçus un essaim de mouches flotter dans l’air, juste au-dessus de la carcasse en morceaux. Puis mon regard s’attarda sur cet homme. Il était devenu un mort-vivant depuis belle lurette au vu de son anatomie. Avachit sur un bout de barbaque, il curait avec avidité la hanche droite de Francis.

Hypnotisé par l’horreur, je m’arrêtai un instant, et restai ainsi à regarder les deux morts-vivants se repaissant des restes du gosse. Seuls des lambeaux de peaux continuaient de pendre, il n’y avait quasiment plus aucune trace de chair sur les os. Le zombie mâle, dont la main droite semblait ne tenir plus qu’à un amalgame de nerfs et de ligaments, s’énerva soudainement, repoussant dans un geste que je n’aurais jamais cru possible, celle qui l’accompagnait. Son visage était livide. Elle désirait s’emparer de ce dernier vestige du corps de Francis, car il subsistait quelques traces de viande, mais lui, le mort-vivant se bornait à la rejeter en arrière tout en raclant avec ses dents les derniers morceaux de chairs accrochés sur le squelette. Finalement, elle abandonna et se contenta de lécher les vêtements, se délectant ainsi des croûtes de sang formées à leur surface.

Je savais que le temps m’était compté.

Je devais à tout prix reprendre mon couteau, mais tandis que j’enserrai le manche, Francis s’agrippa à mon mollet et se fit basculer sur mon avant-bras. Je me retrouvais bloqué et alors que je m’échinais à repousser son corps, le père de Francis transperça la haie et se pointa d’un pas semi-rapide dans ma direction en grognant.

Au même instant, la femme leva pour la première fois le visage vers moi, Mon dieu ! C’est la fille des Lamberti, je ne l’avais pas reconnu. C’était une adolescente de 16 ans, du genre BCBG comme on disait dans ma jeunesse, beau cul, belle gueule, bombasse comme le clament les jeunes de cette nouvelle génération, mais Emma – c’était son prénom et non un raccourci d’Emmanuelle- n’entrait plus dans ces catégories depuis que son visage avait été en partie arraché. Ses gencives du côté gauche étaient apparentes. On entrevoyait des dents tachées par le sang couleur rouille.

Pour la première fois, je me rendais compte que je regardais véritablement les zombies, face à face. Leur teint était terreux, virant sur le bleu, et leurs mouvements que j’aurais crus plus lent, s’avérèrent devenir dans les secondes suivantes, une source d’inquiétudes quant à la position délicate que j’occupais. Je devais me libérer, reprendre le couteau et me cloitrer dans la maison. Tant pis pour Francis.

Je repoussai alors avec vigueur le gamin pour me dégager, mais il continuait de s’accrocher à moi. Je crois qu’il n’était plus vraiment ici, mais dans un trip qui m’échappait. Sa poigne était puissante, et tandis que j’essayai de me défaire de son étreinte, le père de Francis avança dans ma direction, le gueule ouverte, les yeux plus exorbités que jamais. Il semblait danser sur un rythme de merengue, se balançant maladroitement de gauche à droite, avançant d’un pas, claudiquant puis reprenant un équilibre sans cesse mis en défaut. Mais il avançait et cela me terrorisa.

Je tâtais sous le corps du gosse, je sentais la lame, elle était là, à deux millimètres de mes doigts. Je pris la résolution de balancer un coup de coude dans le bras de Francis, j’entendis un craquement sourd. Il ne hurla pas, mais perdit connaissance. D’une poussée, je le renvoyai sur le côté. Sa tête percuta le chambranle de porte de la cuisine. Cependant, je pensai que tout ceci ne m’avait mené à rien, car son père arriva sur moi, les bras tendus, prêt à me déchirer ma chair. Je n’avais aucunement l’intention de devenir son repas, pas plus que je n’avais envie d’être dépecé par la jeune Emma qui venait de se redresser tout en me fixant du regard.

Alors, j’ai improvisé.

Le père du gamin me tomba dessus, ses dents claquèrent, cherchant à me mordre d’une manière ou d’une autre. Je l’empêchai d’agir en passant mon bras gauche juste sous sa gorge, histoire de me protéger, et même si cela paraissait sommaire, ça fonctionnait. Cela ne sembla pas le gêner, une force invisible le poussait à avancer encore et encore, malgré les obstacles. Je me fatiguerais avant lui, c’était une évidence. Il continua de s’agiter, battant des mains dans le vide. Je vis sa mâchoire s’ouvrir et se refermer sans relâche. Sa bouche dégageait une odeur pestilentielle. J’avais de nouveau envie de vomir, mais l’instinct de survie pris le dessus face à l’horreur de la situation et renvoya la bile dans mon estomac.

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À moitié replié sur le sol, je continuai de tâtonner sous moi pour saisir le couteau. Je ne discernai plus rien, hormis ce visage décharné qui me surplombait. Puis le graal glissa dans ma main. D’un coup sec, je me dégageai et enfonçai la lame dans la gorge du zombie. Je la vis passer dans sa bouche alors qu’il avait la gueule ouverte, puis elle perfora la boîte crânienne sans difficulté. J’ai même eu la sensation de perforer un cartilage de poulet. Les mouvements se firent plus lents, et dans les deux secondes qui suivirent, le corps du paternel s’effondra et se vida d’une partie de ses chairs liquéfié sur moi.

Je n’étais pas encore tiré d’affaire. La jeune Emma approchait, plus lentement. Je m’aperçus qu’il lui manquait un morceau de son pied droit, de ce fait elle n’arrêtait pas de trébucher. Je n’avais plus le temps d’attendre. Je rentrai dans la cuisine, tira Francis sur le carrelage et refermai la porte à double tour.

Je priai pour que cette dernière tienne le coup. Je priai également pour que la jeune femme m’oublie, ne serait-ce qu’une heure, histoire que je récupère.

Episode suivant (8 – Francis est mort)

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Convention / Salon – Bloody Week-end Chapitre 3 – Les 6,7 et 8 juillet 2012

Les 6 et 8 juillet prochain, je serai au festival du Bloody Week-end à Audincourt pour dédicacer mon livre « L’homme de sang » paru aux éditions Kirographaires. Je remercie mon éditeur de me permettre d’être présent ces jours-là.

Attention la clôture des inscriptions est fixée au 30 avril 2012, pour vous inscrire, cliquez sur la photo ci-dessous.

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Voici une présentation du festival écrite par les organisateurs de la convention.

Le bloody week-end est un festival et une convention qui s’adresse à un public passionné par le cinéma de genre et qui souhaite se réunir une fois par an, afin d’échanger sur une passion commune. La 3ième édition du Bloody Week-end aura lieu les 6, 7 et 8 juillet 2012 à Audincourt sur le site de La Filature.

L’idée de cet événement est née des déplacements dans les  différents festivals : Gérardmer, Sitges, Strasbourg, Lyon,  Bruxelles, Neuchâtel… Au fil des discussions entre passionnés, l’idée du Bloody  week-end est née… Loïc BUGNON et sa compagne Aurélie ont  donc naturellement créé l’association en  décembre 2009 pour organiser la première convention de passionnés du film de  genre en juillet 2010.

Le Bloody Week-end est l’occasion de revoir des films sur  grand écran, mais également de découvrir des nouveautés sous forme de longs ou courts-métrages en présence des acteurs et réalisateurs. Pour la deuxième  année, une compétition de courts-métrages se déroule en parallèle de  la convention. Plus question d’être critique de cinéma, réalisateur ou  simple spectateur, tous les passionnés se rencontrent et échangent dans la  bonne humeur. Le Bloody week-end est un lieu de rendez-vous des amateurs  du cinéma de genre mais également de différents artistes : peintres, sculpteurs, photographes, écrivains, auteurs de romans, bandes dessinées etc… De ces expositions, naissent des contacts, des projets de travail en commun…

L’association Bloody Zone voulait mettre un point d’honneur  à rendre cet événement accessible au plus grand nombre. Pour cela, elle a  notamment veillé à trouver des locaux accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Lors de la première édition, pas moins de 500 passionnés se sont retrouvés sur 3 jours. La deuxième édition a rassemblé 1000 visiteurs. Forte de cette réussite, l’association se donne les moyens d’accueillir encore plus de personnes pour la troisième édition et de devenir un évènement incontournable en France.

Sans titre

Histoire de zombies (6)

Episode précédent (5)

Journal, entrée du 29 Janvier 2045, 12h32

— Ahhhhh… S’il vous plaît.

Je croyais Francis ad patres, car les morts ne hurlent pas.

Non ! C’est impossible. Je dois être pris d’hallucinations auditives, il ne peut en être autrement. Francis s’est fait bouffer par ces zombies qui errent dans le quartier. Je l’ai vu voilà moins d’une heure, gisant sur le perron de la porte arrière, immobile. J’ai encore en mémoire la vision de cette moitié de corps ensanglanté avec ses intestins débordant d’un ventre béant, se mélangeant avec l’herbe et les vêtements déchirés. Je revois également ces morts-vivants s’acharnant avec rage sur l’autre partie de ce qui était devenue une simple carcasse de viande, déchiquetant à coups de dents les chairs, tirant sur les muscles, dépeçant sans ménagement le squelette jusqu’à faire sourdre la blancheur des os au soleil.

Non ! Il n’est pas vivant, pas après ce qu’il venait de subir. Ce serait une hérésie…

— À l’aide ! c’est lui, je ne rêve pas. Il est contaminé, oui, c’est ça, il va devenir comme eux dans les heures qui viennent. Sa voix muera pour devenir un entrefilet de respiration, donnant juste l’impression qu’il vit encore. Seulement il ne sortira de sa bouche qu’un borborygme traînant, rappelant une condition humaine à l’agonie, un enfer qui ne se terminera qu’avec la liquéfaction de son corps.

En attendant, ses cris sont insoutenables, et à chaque fois qu’ils résonnent, j’ai l’impression qu’une personne m’enfonce une pelote d’épingles au fond de la gorge. J’en ai le souffle coupé et durant une poignée de secondes mes poumons refusent de fonctionner. Je sens alors une chaleur sèche, désagréable au possible, me brûler la trachée-artère.

Je n’avais plus ressenti ça depuis mes dix ans, quand j’ai assisté en direct à un accident sur une nationale des Pyrénées. C’est bizarre la mémoire, mais en entendant les hurlements de Francis, je revois le crâne de ce motard s’empaler sur des tiges d’acier, celles qui sont utilisées pour les fondations. Le rapport avec le carnage causé par les zombies ? Je n’en vois aucun, si ce n’est cette boucherie qui s’est ancrée dans mes souvenirs, pour ne jamais plus me quitter. Je ne distingue aucune autre similitude sinon la violence des images.

— S’il vous plaît, monsieur, il sait que je suis là. J’en ai la chair de poule.

Sans doute m’a-t-il entendu quand je suis venu jeter un coup d’œil et moi, je n’ai rien vu. Je ne me suis pas rendu compte qu’il respirait encore. Malgré les blessures irréversibles dont Francis était victime, il s’accrochait à la vie. Pourtant, les zombies l’ont littéralement coupé en deux. Personne ne peut survivre à ça, ou alors, pas très longtemps. Bien sûr il reste la solution de me rendre dans la cuisine, d’ouvrir la porte et de le tirer par les bras sur le carrelage, mais même ça, je suis incapable de savoir si je pourrais le faire.

J’hésite, et c’est compréhensible.

Je sais qu’il répétera cette phrase en boucle, jusqu’à épuisement. Je sais qu’il finira par se taire, mais après, que deviendrai-je ? Je devrai vivre avec ça sur la conscience, avec cette pensée que « j’aurais pu le sauver et lui permettre ainsi de mourir dans la dignité », car en l’abandonnant sur le perron, les zombies ne tarderont pas à s’abattre sur lui quand ils auront fini de dévorer le bas de son corps.

Une partie de moi me dit de m’enfermer dans une pièce, de calfeutrer les ouvertures avec des meubles, avec tout ce qui me vient sous la main, pour ne pas l’entendre, mais l’autre part de moi m’incite à me rendre dans la cuisine, ouvrir la porte et mettre Francis à l’abri de ces bouches avides de chair, loin de ces mains dévoreuses de corps.

— Putain ! J’ai mal !

Les zombies sont-ils capables de parler ou même de se plaindre ? J’ai lu un roman l’an dernier, il relatait l’histoire d’un homme devenant un mort-vivant volontairement, et ce dernier était capable de penser, de parler. Une vraie catastrophe ce livre. Une fiction, juste une histoire racontée pour effrayer les adolescents en mal de sensations fortes. Ici, j’ai affaire à la réalité et une voix me dit que Francis n’est pas encore mort, qu’il le deviendra sûrement, mais que pour l’instant, il devait être tiré de ce pétrin.

— Bouge-toi !

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Petit tour d’horizon des machines à écrire – 3

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« The commercial visible model 6 »

Première année de production: 1901
Société: Typewriter Company Visible, New York, Etats-Unis
N ° de série: 23980

La machine à écrire « commercial visible model 6 » est un nom trompeur, car il n’a jamais existé de modèle 1, 2,3,4 ou 5. De plus le numéro de série a débuté au chiffre 22 000, alors que seulement 3 000 de ces machines ont été produites et vendues.

Cela dit, la « commercial visible model 6 » une machine à écrire d’une beauté saisissante. Tout d’abord son allure, elle est cintrée ce qui lui donne un profil charmant, puis il y a les décalcomanies au-dessus du clavier, elles sont très prisées par les collectionneurs.

Cette machine a été conçue par Richard Uhlig (ce dernier a participé à l’élaboration et la conception d’une cinquantaine machines à écrire). La « commercial visible model 6 » a été vendu à l’origine (dans une forme légèrement différente) sous le nom de « Fontain » en 1898, mais les ventes ne dépassèrent pas les 300 unités. Elle réapparut en 1901, et c’est à cette date qu’elle a été commercialisée sous le nom de Visible 6.

La langue française – 3 – Les liaisons

Aujourd’hui, focus sur les liaisons. Doit-elle se faire ou non, la réponse se trouve ici, juste en dessous. Très instructif.

Liaisons

En français,  la liaison peut apparaître entre un mot qui se termine par une consonne et un  mot qui commence par une voyelle ou un h non aspiré, si ces deux mots ne sont séparés par aucune ponctuation ni  par aucune pause orale. Selon les cas, elle est obligatoire, facultative ou  interdite. Les noms propres sont également soumis à la liaison.

La liaison  est obligatoire :
– entre le  déterminant et le nom : des(z)amis, tout(t) homme ;
– entre l’adjectif  antéposé et le nom : un(n)ancien(n)usage ; ainsi on dira un  savant(t)aveugle si aveugle est un nom, mais un savant aveugle si savant est le nom ;
– entre le  pronom (sujet ou objet) et le verbe : ils(z)aiment, on(n)aime, ils  vous(z)aiment, ils(z)y vont, courons(z)-y, donnez(z)-en ;
– entre est et le mot qui suit, dans des formes impersonnelles ou dans la forme  présentative : il est(t)évident qu’il viendra ; c’est(t)à  voir ;
– entre l’adverbe  et le mot unis étroitement : trop(p)étroit ; bien(n)aise ;
– entre la  plupart des prépositions monosyllabiques et le mot qui suit : dans(z)une  heure ;
– dans la  plupart des mots composés et locutions : un pot(t)-au-feu, mot(t)à  mot, de temps(z)en temps.

Elle ne se  pratique pas :
– après la  conjonction et : un fils et une fille ;
– après la  consonne finale d’un nom au singulier : un temps idéal, un nez  épaté ;
après le s intérieur dans les  locutions nominales au pluriel : des moulins à vent ;
– après la  finale -es de la 2e personne du singulier de l’indicatif  présent et du subjonctif présent : tu portes un habit vert ; Il faut que tu lui écrives un poème. On fera en revanche la liaison lors de  la lecture de vers ;
après les mots terminés en -rt en –rs, sauf s’ils sont suivis de il, elle, on ou s’il s’agit du t de l’adverbe fort ou du s de toujours : de part en part, tu pars à  huit heures (mais : quand dort-(t)on ? quand  sort-(t)elle ?) ;
– devant un,  oui, onze et les mots étrangers commençant par y : des  oui ;
– devant les  noms de lettres de l’alphabet : des i, des a.

Dans le  reste des cas, on peut choisir de faire ou non la liaison mais celle-ci  est plutôt la marque d’un langage soutenu.

On distingue  par ailleurs deux types de fautes de liaison :
le cuir qui consiste à faire une  liaison en t à la place d’une liaison en z, et plus généralement  à effectuer à mauvais escient une liaison en t : Il s’est mis(t)au travail ; J’ai cru(t)apercevoir un écureuil ;
– le velours qui consiste à faire une liaison en z à la place d’une liaison en t, et plus généralement à effectuer à mauvais escient une liaison en z : vingt(z)euros ; les dix-huit(z)ouvrages ; Il est  venu aujourd’hui(z)encore ;
Ces deux  types de liaisons fautives sont aussi appelés des pataquès.
Par  extension, on désigne par pataquès, cuir ou velours toute liaison  fautive, quelle qu’elle soit.

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Source : http://www.academie-francaise.fr

La langue française – 2 – La féminisation des noms de métiers…

Voilà un article qui devrait en intéresser plus d’un(e). Je songe en disant cela au terme « Auteure » que l’on retrouve sur de nombreuses pages. N’oublions pas qu’auteur avec un ‘e’ est un canadianisme et non une féminisation à la française.

Féminisation (des noms de métier, de titres, etc.)

        En 1984, le gouvernement a  institué une commission « chargée d’étudier la féminisation des titres et  des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les  activités des femmes ». Dans une circulaire datée du 11 mars 1986, le Premier  ministre, M. Laurent Fabius, conseille l’application des règles de féminisation  recommandées par cette commission.

        L’Académie française, qui  n’a pas été associée aux travaux de cette commission, n’approuve pas les  conclusions que celle-ci a rendues. Dès le 14 juin 1984, elle publie une  déclaration, préparée par MM. Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss, qui fait  part de ses réserves et met en garde contre une féminisation autoritaire et  abusive.

        En 1998, le Premier  ministre, M. Lionel Jospin, a demandé à la Commission générale de  terminologie et de néologie de rédiger un rapport qui évaluerait les besoins en  matière de féminisation des titres et des noms de métier, et qui envisagerait  les champs d’action et les limites juridiques en la matière. Parallèlement, l’Institut  national de la langue française (INALF), dirigé par M. Bernard Cerquiglini,  était chargé d’étudier les possibilités morphologiques offertes par la langue  pour procéder à cette féminisation et les problèmes que celle-ci soulevait d’un  point de vue linguistique. Le rapport remis par la Commission générale,  sans déconseiller formellement le principe de la féminisation, en particulier  pour les noms de métier dont le féminin découle de l’usage même, souhaitait que  fût préservée la neutralité liée aux titres, aux grades et aux fonctions et  montrait les limites d’une féminisation arbitraire et systématique. En dépit de  ces recommandations, un inventaire de formes féminisées établi par l’INALF et  publié par la   Documentation française fut mis à la disposition des  administrations.

        Le 21 mars 2002, l’Académie  française publie une nouvelle déclaration pour rappeler sa position à ce sujet  et, en particulier, le contresens linguistique sur lequel repose l’entreprise  d’une féminisation systématique. Si, en effet, le français connaît deux genres,  appelés masculin et féminin, il serait plus juste de les nommer genre  marqué et genre non marqué. Seul le  genre masculin, non marqué, peut représenter aussi bien les éléments masculins  que féminins. En effet, le genre féminin ou marqué est privatif : un « groupe  d’étudiantes » ne pourra contenir d’élèves de sexe masculin, tandis qu’un « groupe  d’étudiants » pourra contenir des élèves des deux sexes, indifféremment. On  se gardera également de dire les électeurs et les électrices, les  informaticiennes et les informaticiens, expressions qui sont non seulement lourdes  mais aussi redondantes, les informaticiennes étant comprises dans les  informaticiens. De la même  manière, l’usage du symbole « / » ou des parenthèses pour indiquer  les formes masculine et féminine (Les électeurs/électrices du boulevard  Voltaire sont appelé(e)s à voter dans le bureau 14) doit être proscrit dans  la mesure où il contrevient à la règle traditionnelle de l’accord au pluriel. C’est  donc le féminin qui est le genre de la discrimination, et non, comme on peut  parfois l’entendre, le genre masculin.

        L’Académie française ne  s’oppose pas au principe de la féminisation en tant que tel : ainsi la huitième  édition de son Dictionnaire avait-elle donné place à de nombreuses formes féminines correspondant à des  noms de métier. Mais elle l’avait fait avec prudence et dans le respect de la  morphologie de la langue. Or, si certains noms de métier possèdent une forme  féminine bien ancrée dans l’usage et correctement formée, comme c’est le cas  pour institutrice, laborantine, écuyère ou chercheuse, certaines formes imposées par la circulaire  sur la féminisation, parfois contre le vœu des intéressées, sont contraires aux  règles ordinaires de dérivation. Les termes chercheure, professeure,  auteure, par exemple, ne sont aucunement justifiés linguistiquement car les  masculins en -eur font, en français, leur féminin en -euse ou en -trice (les rares exceptions comme prieure ou supérieure proviennent de comparatifs  latins dont les formes féminines et masculines sont semblables).

        En revanche, en ce qui  concerne les titres, les grades et les fonctions, au nom de la neutralité  institutionnelle et juridique qui leur est attachée, l’Académie française  recommande d’éviter, dans tous les cas non consacrés par l’usage, les termes du  genre dit « féminin » et de préférer les dénominations de genre non  marqué.

        Une féminisation  autoritaire et systématique pourrait aboutir à de nombreuses incohérences  linguistiques. Brusquer et forcer l’usage reviendrait à porter atteinte au  génie de la langue française et à ouvrir une période d’incertitude  linguistique. C’est ce que l’Académie française a toujours voulu éviter et  c’est pourquoi, au nom de l’usage, elle se réserve la possibilité d’enregistrer  de nouveaux termes pourvu qu’ils soient bien formés et que leur emploi se soit  imposé.

Vous pouvez également consulter sur le site de la D.G.L.F.,         le rapport de la Commission générale de terminologie et  de néologie sur ce sujet.

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Source : http://www.academie-francaise.fr

La langue française – 1 – « C’est / Ce sont »

J’entame une nouvelle rubrique, qui je l’espère servira aux auteurs de passage sur mon blog. Je vais donc partager dans les articles de « La langue française » des difficultés que rencontrent les écrivains en herbe ou non lors des séances d’écriture.

Face à une difficulté, la question qui taraude l’auteur est : « cela s’écrit comme ci ou comme ça ? » et là le doute s’installe.

Je commencerai en reprenant « C’est / Ce sont » car trop souvent les termes sont mal employés.

C’est / ce sont

C’est, suivi d’un nom au pluriel ou d’un pronom autre que personnel, s’accorde avec celui-ci. Toutefois le singulier se rencontre parfois à l’écrit, particulièrement dans les cas suivants :

– lorsque singulier et pluriel sont identiques pour l’oreille : Ce n’était pas des mensonges
– lorsque ce reprend un nom ou un pronom au singulier qui le précède : Le monument qu’on aperçoit, c’est les Invalides
– lorsque l’attribut, également appelé complément du présentatif, est formé de plusieurs noms coordonnés dont le premier au moins est au singulier : C’est le chocolat et les bonbons que préfèrent les enfants.
Mais le pluriel est obligatoire quand l’attribut multiple développe un pluriel ou un collectif qui précède : Il y a cinq continents, ce sont…

Dans tous ces cas cependant, le pluriel est de meilleure langue.

Le singulier est obligatoire dans certains cas :

– quand le verbe est suivi de nous, vous : C’est vous tous qui avez décidé
– dans l’indication de l’heure, d’une somme d’argent, etc., lorsque l’attribut de forme plurielle est pensé comme un tout, comme une quantité globale : C’est onze heures qui sonnent
– quand le pronom en est intercalé dans l’expression : Je voulais vous rapporter des pleurotes, mais je ne sais si c’en est.

Source : http://www.academie-francaise.fr

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