Addendum N°2 – Mémoire de Romero – La dentition des zombies

Addendum N°2 – Mémoire de Romero – La dentition des zombies

Ce document est un extrait d’un mémoire du professeur Romero, il a été écrit en 2015, soit 30 ans avant l’invasion de morts-vivants qui s’étend actuellement à la surface du globe. Le professeur affirmait à l’époque avoir rencontré de véritables zombies dans une zone reculée de l’île de Java. Cette donnée n’a jamais été validée par les autorités, et aujourd’hui, avec cette contagion qui s’étend, l’homme est en droit de connaître les travaux du professeur Romero.

==> Début de l’extrait du document

…/mais avant d’aborder l’anatomie comparée des zombies, je tenais à parler de leurs dents. Pour bien comprendre la dangerosité des maxillaires des morts-vivants, je vous rappellerai deux données concernant la dentition humaine(1). Les deux points importants à connaître sont : l’homme possède 32 dents et la capacité de pression de sa mâchoire est de 58 kg au cm².

Ici seule la seconde donnée est véritablement importante. Cette norme qui s’exprime le plus souvent en PSI (livre par pouce carré) est, lorsqu’elle concerne les morts-vivants, totalement dépassée. Pour comparaison, la pression exercée par des maxillaires de zombies dépasse les 150 kg au cm², soit une pression identique à celle du loup. Sachez qu’un os humain soumis à cette force, cède systématiquement. D’où l’importance de prendre toutes ses précautions quand on approche d’un mort-vivant ; je reviendrai sur ce point lors/…

…/De plus, les zombies ne sont pas calculateurs, quand ils mordent, ils deviennent comme ces lézards verts que l’on trouve dans les murets de pierraille : Ils ne relâchent pas leur proie sans en arracher un bout de chair. J’en ai vu plusieurs d’entre eux se briser des dents en mordant leurs proies. Ce qui provoque au passage une modification de leur dentition, rendant leurs incisives et leurs prémolaires plus effilées, donc plus dangereuses./…

…/Parlons de la teinte de l’émail. La plupart du temps les dents des zombies prennent une couleur jaune, parfois noire, j’ai pu isoler le germe responsable de cette coloration en pratiquant à plusieurs reprises des extractions chirurgicales sur des zombies en parfait état. Il faut savoir qu’au cours du vieillissement, l’émail se colore naturellement et devient perméable(2). Les principaux responsables de cette modification sont de type exogène (tabac, aliments, mauvaise hygiène et tétracycline(3)), mais dans le cas des morts-vivants, le responsable est de type endogène, c’est-à-dire qu’il est issu de l’organisme.

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Pour effectuer toutes les mesures nécessaires, je me suis entouré de Tiumbo(4). Je l’ai rencontré lors de mon voyage sur l’île de Java(5). Durant les trois années passées sur cette île, j’ai pu, lors de ces opérations, relever toutes les informations nécessaires, dont cet extrait de liquide aqueux, de couleur brun qui est, semble-t-il, le responsable de cette transformation. J’ai constaté que ce fluide pénétrait par le biais de la pulpe à l’intérieur de la dent, traversant d’une première part le cément, puis la dentine avant d’atteindre l’émail/…

…/Pour se prémunir des morsures, l’homme doit prévoir diverses parades pour protéger ses membres, ainsi que certaines parties de son corps comme le cou et les épaules. L’homme qui subit une attaque de morts-vivants à toujours tendance à protéger son visage en levant son avant-bras. Ce qui est une erreur, car en agissant ainsi, le zombie a tout le loisir de planter ses incisives dans sa chair et de le contaminer par le biais de ses dents, qui, je le rappelle, sont perméableq et laissent passer ce liquide brunâtre…/

(1) Note du traducteur : Le professeur Romero entend en parlant d’humain, d’être viable, en parfaite santé.

(2) Note du Professeur Romero : Dans le cas qui nous intéresse ici, les morts-vivants, j’ai pu constater que le vieillissement de la dentition s’accélère dès l’arrêt du système sympathique. Les premières traces apparaissent en règle générale dans l’heure suivant le décès.

(3) NDT : La tétracycline est un antibiotique utilisé depuis des dizaines d’années pour le traitement des infections respiratoires. Il s’agit d’un colorant jaune puissant qui se fixe sur les os et les dents en formation, d’où les contre-indications chez l’enfant et les femmes enceintes.

(4) NDT : Pour la communauté scientifique, Tiumbo n’est autre qu’un sauvage. Le professeur Romero s’est vu reprocher par ces pères l’intégralité de son travail sur les zombies, sans doute parce que le professeur a souhaité cosigner l’ensemble avec l’homme médecine. Tous les articles ont été édités dans la revue Nature.

(5) NDT : Le professeur Romero a délaissé les croyances haïtienne et les rituels vaudous pour se rendre sur l’île de Java en Indonésie. D’après une source, dont il n’a pas révélé la provenance, il subsiste dans une zone reculée de ce pays un groupe ethnique pratiquant le rituel du Passage. Ce rituel secret serait réservé aux grands chefs désirant atteindre le kekal mimpi (le rêve éternel).

Histoire de zombies (11) – Embrasement

Episode précédent – Travelling arrière N°1

Journal, entrée du 04 Février 2045, 06h02

Après quelques minutes, j’ai enfin réussi à glisser les boules Quiès dans mes tympans. Marie avait le coup de main, les bouchons de cire n’arrêtaient pas de glisser, mais c’est bon, tout est rentré dans l’ordre. La télécommande de la chaine hifi dans ma poche et la lampe torche dans la main gauche, je pénètre dans la cuisine et avant d’ouvrir la porte donnant sur le jardin, j’éteins la lumière. Je connais la maison par cœur, retrouver mon chemin dans l’obscurité entre les meubles me sera facile.

Je dépose doucement mes doigts sur la poignée, avant de l’abaisser. Un souffle d’air glacial s’engouffre aussitôt dans la pièce, me cisaillant temporairement la respiration. Je sens l’odeur du jardin, il est là, juste sous mes yeux, mais je ne vois rien. Il plane également dans l’atmosphère une senteur de pourriture intense, elle vient se greffer à mes narines et me susurre dans le creux de l’âme que je serai un jour ou l’autre l’un d’eux. C’était inévitable.

Dehors la nuit s’accroche encore à la terre. J’allume la torche pour exorciser les ténèbres. La lumière me révèle l’horreur déposée au milieu de mon jardin, elle dévoile des traces de sang se mêlant à des morceaux de corps et en braquant le faisceau sur la droite, mon cœur cesse un instant de battre en voyant les morts-vivants, debout, me fixant d’un œil torve. Ils se sont regroupés comme de simples moutons prêts à franchir le seuil de l’abattoir. L’image est plutôt mal choisie, car en cette seconde, j’ai la sensation d’être ce ruminant que l’on tire dans une stalle pour l’abattre d’un coup de merlin.

Je m’attarde sur eux, leur faciès d’horreur me stupéfait. Je distingue des lambeaux de chair aussi épais que du papier OCB se détacher de leur corps. Ces derniers révèlent une chair sombre, exsangue, une chair d’où des vers blancs s’échappent, fourmillant en tous sens, avant de tomber sur le sol. En voyant cela, j’effectue un mouvement de recul. Je n’avais pas imaginé rencontrer un jour une telle horreur. Ces morts-vivants devaient être de véritables nids pour les vermines.

D’ailleurs, je me suis souvent interrogé sur leur physiologie, et en les dévisageant, laissant mon regard parcourir les nombreuses plaies recouvrant leur corps, les interrogations fusèrent dans mon esprit. J’espère qu’elles trouveront une réponse quand j’aurai quitté cet endroit.

— Reste attentif Nathan, susurré-je.

Oui, je dois me concentrer sur cette tâche qui m’attend. En premier lieu, les attirer dans la maison, ce ne sera pas difficile.

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Je les regarde, ils se frottent les uns contre les autres. La température extérieure ne doit pas dépasser les deux degrés. Pour confirmation, ce nuage de vapeur qui s’échappe de ma bouche à chacune de mes respirations. Je ne m’en rends pas compte que maintenant ; je tremble. Pourtant je n’ai pas froid. Je parcours rapidement avec ma lampe la troupe présente dans mon jardin, je décompte une dizaine de zombies. Je tremble encore, et je sens que ces frissonnements ne viennent pas de cette atmosphère glacée, mais qu’ils émanent des tréfonds de mon être.

Je ne veux pas songer à la peur, car je sais qu’elle en est la cause.

Il faut que je m’occupe l’esprit, que je pense à ce plan que j’ai échafaudé. Avant cela, je braque une ultime fois la lampe dans leur direction et le faisceau se fixe sur un enfant, un trop jeune gamin. Il a la cage thoracique perforée. J’ignore s’il me voit. J’aperçois sa bouche s’ouvrir à plusieurs reprises. Je ne suis qu’un bout de barbaque pour lui, songé-je en voyant sa mâchoire du bas menaçant de se décrocher à chacun de ses mouvements.

Le monde semble s’arrêter. Nous devenons tous deux des chiens de faïence, nous observant, nous scrutant, nous détaillant. Puis j’esquisse un geste avec ma main libre et l’équilibre se fendille.

Aussitôt, la poursuite s’engage, il s’avance lentement, d’un pas traînant, mais cela ne dure pas. J’ai vu des zombies à l’allure mécanique se mouvoir avec difficulté, mais ce gosse n’est pas comme les autres. Voyant la lumière de la lampe s’éloigner, il accélère le pas en s’approchant de moi. Je le vois ouvrir sa gueule béante, chargée de chicots noir et jaune, mais je ne l’entends pas. À cet instant, j’ai envie de retirer les boules Quiès de mes tympans, car ne pas entendre la mort se tenir aussi près de moi me terrifie. J’en regrette presque leur geignement de bête. Je recule, et j’en oublie un instant mon plan. Je n’avais pas pensé que je pouvais flancher devant eux, alors je continue de faire marche arrière jusqu’à ce que mes fesses butent contre la table de la cuisine.

Un instant, j’abandonne le visage de ce gosse aux ténèbres, car j’ai perdu mes repères. Je ne sais plus où je suis. Mes mains tâtonnent, ne cherchent plus à savoir pourquoi elles tremblent, et s’emparent d’une bouteille en verre. Dans le halo baignant la pièce, je lis Rhum planteur sur l’étiquette. Je comprends que je n’aurai pas le temps de partir, ce gosse est trop rapide – ou bien est-ce ma conscience qui s’effondre devant l’horreur, sans doute un peu des deux – Soudainement, j’entends un bruit roque résonner dans mon dos, j’ai perdu sans m’en rendre compte un bouchon de cire. Ce vagissement guttural m’incite à accélérer le mouvement. La mort est proche.

Je me souviens alors que j’ai rangé des allumettes dans le tiroir de la table. Je m’empare de la boîte et j’en craque une. La suite se déroule rapidement. Je jette la bouteille de rhum en direction de la porte du jardin, le verre se brise, il est suivi d’un grondement. Des bruits de pas se font entendre sur le carrelage, le gosse est là à deux mètres de ma position. Je décide alors de jeter l’allumette dans sa direction. En deux secondes, le gosse s’embrase.

Je n’aurais pas dû, l’odeur est infecte. Le feu n’empêche pas les autres zombies de s’engouffrer dans la cuisine. Les flammes lèchent déjà le plafond. Je ne reste pas pour observer le spectacle, j’en ai assez supporté jusqu’à maintenant.

Je tourne les talons et je parviens tant bien que mal à rejoindre le salon. Tout à coup une pensée me traverse l’esprit, le genre de pensée que l’on aimerait avoir avant de faire un choix, mais il était trop tard. Tu n’as pas pensé au gaz Nathan. Cours ! Mais cours putain. Et j’ai couru sans me soucier des packs d’eau, j’ai juste pris mon sac au passage avant de me jeter par la fenêtre ouverte.

Lorsque mon corps toucha la pelouse côté façade, j’entendis un Braoum étourdissant. La maison s’embrasa à son tour.

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Histoire de zombies – Travelling arrière N°1

Episode précédent – Il est temps de mettre les voiles

Travelling arrière N°1

Les premiers morts-vivants sont apparus courant janvier, juste après le jour de l’an. Certaines sources ont indiqué aux médias nationaux que tout était parti du sud-est de la France, aux environs de Nice. Bien entendu, ce n’est qu’un exemple, une rumeur, une de plus qui alimente depuis ce jour ce mystère : d’où viennent-ils ?

Tout porte à croire, avec le recul sur les événements, que les zombies sont sortis de leur silence au même moment, un peu partout sur le territoire, comme si une voix les avait appelés. Mais la panique a véritablement débuté quand une bande d’écoliers s’est vue fondre sous les dents carnassières d’une horde de revenants. Les réseaux sociaux ont rapidement pris le relais de l’information, comme on dit « ça a fait boule de neige » et tout est devenu en l’espace d’une demi-journée complètement incontrôlable.

Le buzz était lancé. Les informations fusèrent, renseignant les internautes qu’une troupe de zombies s’était introduit dans la cour d’une école primaire non loin de la capitale, qu’ils avaient brisé vitres et portes avant de pénétrer dans l’établissement. Des détails morbides furent twitté, textoté, e-mailé, dans le pays, en Europe, mais aussi à l’autre bout du monde. En l’espace d’une heure, les Japonais qui rentraient chez eux après leur journée de travail, découvrirent qu’une vingtaine de gosses français avaient été tués aux alentours de dix heures du matin. En France, à l’autre bout de la ville, une mère qui avait déposé quatre de ses enfants sur les coups de 8h15, ne fut informée du décès des trois plus âgés que tard dans l’après-midi.

Les cris, les plaintes, les hurlements, accompagnèrent les annonces faites à la radio, à la télévision ainsi que sur les téléphones mobiles. Les plus optimistes annoncèrent qu’une dizaine de gamins avaient été tués, avant que la police n’intervienne pour prendre le contrôle. Mais dans la réalité, les policiers tombèrent sous les griffes des zombies. Leur gilet pare-balle ne servit à rien face à la rage des morts-vivants. Les dents claquèrent, mordirent à maintes reprises les personnes passant à la portée de la mort en marche et en l’espace d’une vingtaine de minutes, l’escouade de policiers envoyée sur les lieux vint grossir le groupe des zombies. Deux agents des forces de l’ordre finirent déchiquetés sur le sol de la salle de motricité, dévorés avec acharnement par une troupe de gamins au regard vitreux et aux mouvements saccadés.

Seul un enfant parvint à se cacher ce jour-là, le quatrième d’une fratrie anéantie. Il échappa à la vigilance de ses camarades décédés en se cachant sous un escalier de service. Il y resta de longues heures, baignant dans sa peur et son urine et ne rentra chez lui que le soir, lorsque les morts-vivants quittèrent les lieux pour répandre le mal au-delà des frontières de la ville.

Les photos et les vidéos de cet événement se répandirent comme la peste sur la toile. L’un de ces films, montrant une dizaine d’enfants s’acharnant sur un policier, lui extrayant les organes à même la main, faisant craquer les cottes pour atteindre les poumons et le cœur, fut consulté plus de 500 000 fois en moins de quatre heures dans le monde entier. Cette surcharge des réseaux provoqua des coupures parcellaires du maillage informatique. Une première au niveau mondial.

La télévision relaya la tragédie dans un flash spécial aux alentour de 14h12. Le journaliste parla des heures et des heures sans apporter la moindre réponse. Tous, même les dirigeants, furent incapables de nommer ou d’expliquer ce qu’il se déroulait dans le pays.

L’horreur s’était invitée à la table des puissants et personne ne sut comment réagir face à cela.

Durant les trois jours suivants, les attaques de mort-vivants se multiplièrent dans les grandes métropoles. À Paris, l’assemblée nationale fut envahie en pleine séance plénière. Pour les politiques présents, l’ordre du jour était de voter des amendements concernant une loi pour limiter le nombre de ressortissants étrangers provenant de la zone hors union européenne, mais quand les zombies débarquèrent dans les allées, déambulant, grognant, crachant des filets d’hémoglobine, les hommes politiques mirent tout en pratique pour se sauver.

Quand les premiers politiciens tombèrent sous les mâchoires acérées des morts-vivants, quand les premiers membres arrachés roulèrent sur les bancs rouge sang de l’assemblée, tous comptèrent sur leur instinct de survie pour s’en sortir indemne. Les familles politiques explosèrent, les zombies rendirent caduques les alliances les plus fortes et en une dizaine de minutes, les morts furent plus nombreux que les vivants. Seuls quelques députés purent s’échapper par un corridor voilé par une porte dérobée à l’arrière de l’hémicycle. Ils débouchèrent une centaine de mètres plus loin sur un Quai d’Orsay en proie à la folie meurtrière. Le mal continuait de s’étendre.

Depuis ce jour, le plan Vigipirate écarlate est de mise sur l’ensemble du territoire. Personne ne sait s’il sera levé un jour.

Des voix ont indiqué que les premiers cas révélés de morts-vivants sont apparus au nord de l’Europe, contredisant ainsi la première hypothèse d’une contamination provenant du sud de la France. Ces mêmes voix ont ajouté que les morts avaient envahi en l’espace d’une semaine toute la zone septentrionale du vieux continent, des foutaises pour les survivants.

Aujourd’hui, dans ce capharnaüm qu’est devenue la société, plus personne ne s’aventure à échafauder des théories concernant l’apparition de ces revenants. Le plus important pour les citoyens n’était pas de survivre, mais de mourir correctement, avec dignité, le plus tard possible et si le moment venait à les saisir, ils espéraient que ce soit avec une balle dans la tête. Personne n’avait envie de revenir pour manger son frère, son fils, sa femme. Personne.

Comme dans ce vieux film de Romero, beaucoup de personnes se sont réfugiées dans les supermarchés, mais la nourriture n’est pas éternelle. Les stocks ont baissé et les mesures draconiennes pour économiser les vivres s’avèrent être difficile à mettre en pratique. Des clans se forment, de nouvelles alliances aussi. Les lois sont dépassées, il n’y a plus ni faible ni fort, mais seulement des hommes capables de tout pour défendre ce qu’il leur reste.

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Histoire de zombies (10) – Il est temps de mettre les voiles

Episode précédent (9) – Marie

Journal, entrée du 04 Février 2045, 05h00

Il est temps de mettre les voiles.

Mon sac est prêt. J’ai fouillé dans l’armoire à pharmacie, j’ai dégoté une boîte d’Efferalgan, ceux qui fondent sous la langue, des pansements, des bandes, de l’antiseptique, une paire de ciseaux, une pince à épiler et un spray d’arnica. Je n’ai aucun antibiotique, en fait, nous étions Marie et moi, très rarement malade, et dès que nous avions un traitement, nous nous empressions, quand il arrivait à son terme, de rapporter les emballages entamés à la pharmacie. Parfois, certains comportements ne s’expliquent pas. Nous étions ainsi, point barre.

Dehors, il fait encore nuit. J’entends des grognements provenir de l’arrière-cour. Je sens bien depuis quelques jours comme un changement dans le comportement des morts-vivants errant autour de la maison.

D’ici une heure, deux au maximum, ils rentreront. D’une manière ou d’une autre, ils seront là et envahiront les pièces les unes après les autres. Ils me chercheront, dodelinant de la tête, jetant des regards en direction de la salle me servant de bibliothèque, puis de l’étage. Ceux qui n’ont plus d’yeux se contenteront de tâter le terrain et trouveront une main courante. Ils s’agripperont à la rampe et grimperont marche après marche vers ce palier déservant mon bureau et les chambres situées en retrait.

Ils pénétreront dans chacune de ces pièces et ils mettront tout à sac, se cognant aux meubles bas, renversant mes archives, les livres, les bibelots. Ils piétineront ma vie tout en lâchant des grommellements. De la bave s’écoulera de leurs gencives atrophiées, des morceaux de chair se détacheront et viendront se coller sur les photos prisonnières dans ces cadres que nous avions achetés avec Marie. Les zombies me chercheront, dans les armoires, sous le lit, dans les recoins, mais leurs mains squelettiques saisiront le vide. Elles déchireront les draps, tous ces vêtements achetés chez Brummel. Ses articulations aux teintes grisonnantes gratteront les tapisseries, chercheront un endroit, une issue et finalement, toutes ses mains tendues ne trouveront rien. Car je serai parti depuis longtemps.

Mon existence parmi les hommes est terminée. Aujourd’hui, je ne suis plus l’époux, le frère, le fils, je ne suis plus rien de tout ça. Je suis un survivant, et j’emporte avec moi mon journal, des stylos, une lampe torche, des couteaux, une gourde, et bien d’autres choses qui me seront utiles. Mon sac à dos est bourré à mort. Je mets de côté les derniers packs d’eau, juste là, dans le salon, tout près de la fenêtre. J’ai dans l’idée de démarrer le Cayenne, et de tracer ma route jusqu’à trouver un autre endroit où je pourrai respirer un peu, juste un instant, avant de repartir.

Je m’occuperai de changer les pneus plus loin. J’espère que les jantes tiendront. De toute manière, je n’ai plus que ça, l’espoir. Et encore, en songeant à Francis, je me dis que ce jeune avait espéré avant moi, quand son père l’a coursé dans le jardin, quand les autres zombies l’ont choppé pour le découper en deux, puis quand je l’ai tiré dans la maison. Je crois qu’il a espéré jusqu’au bout qu’une personne s’approche de lui, lui pince la joue en lui murmurant réveille-toi Francis, tout ça c’était qu’un putain de cauchemar, les zombies n’existent pas, tu es encore en un seul morceau. Mais personne n’est venu sortir ce gosse de cette rêverie, je crois même qu’il m’a entrainé avec lui, car depuis qu’il est mort dans ma salle de bain, je suis comme anesthésié de la vie.

Je marche au ralenti et tout autour de moi, plus rien n’a vraiment de consistance. J’avance, mais je tiens debout dans un unique but : détruire le plus de morts-vivants possible avant qu’à mon tour je tombe sous leur coupe. Peut-être trouverai-je un autre but quand j’aurai quitté cette maison, mais pour l’instant, je n’ai que ça en tête : massacrer du zombie.

En remontant de la cave vers quatre heures du matin, j’en ai profité pour rapporter avec moi un bidon d’acétone. Il est neuf, je l’ai acheté voilà trois mois pour décaper de vieux meubles entassés dans les combles. Je comptais m’en occuper ce printemps, mais maintenant ces cinq litres ne me serviront plus à rien, si ce n’est à les vider sur les tapis du rez-de-chaussée, histoire d’allumer un immense barbecue sauce zombie.

Car je ne partirai pas de cet endroit sans avoir mis le feu à cette horde de dégénérés qui s’engouffrera dans les lieux, dès que j’aurai ouvert la porte de la cuisine.

J’ai tout planifié.

J’ai descendu la chaîne hifi, une Bose, un modèle surpuissant, capable de délivrer 200 watts. J’ai aussi récupéré les deux dernières boules Quiès dans la table de nuit de Marie. Elles atténueront le bruit. J’ignore si mon plan à une quelconque raison de fonctionner, mais comme je l’ai dit précédemment, j’ai pu noter quelques points concernant ces monstres. Je remercie Francis pour ça.

Vous savez, quand on est désespéré, on est capable de tout. Et tandis que je me torturai l’esprit, cherchant une idée pour ralentir la rage de ces bêtes ignobles, j’ai collé un casque sur les oreilles de Francis, c’était quoi, deux heures avant que je lui défonce la boîte crânienne. J’ai tourné le bouton du son au maximum et je lui ai balancé ce morceau d’anthologie d’AC/DC, Highway To Hell, car j’avais envie qu’il file directement en Enfer, juste histoire qu’il soit le premier d’une longue liste. Je désirais voir Francis dans le rôle d’un ambassadeur des morts, qui les accueillerait au seuil des grandes forges pour un repos éternel, sans possibilité de revenir en arrière.

À cet instant, je dois avouer que j’ai songé au film de Tim Burton, Mars Attack, sauf qu’ici au lieu de voir exploser la tête du gosse, j’ai assisté à une tout autre réaction. Moins violente, mais très instructive. Francis a immédiatement cessé de me regarder. Il a détourné ses yeux injectés de sang de mon visage et s’est mis à fixer un point devant lui. J’ai eu cette impression qu’il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. D’ailleurs, dans les secondes qui suivirent, il a commencé à se débattre comme un forcené, il s’est échiné à fouetter l’air avec véhémence, juste là, devant sa face en voie de décomposition. Puis j’ai éteint et Francis s’est aussitôt remis à me fixer, découvrant des gencives d’où perlaient des croutes de sang. Il a tenté de me donner des coups de griffes, sans résultat. Et j’ai continué ce manège cinq minutes, alternant la musique et le silence, et lorsque j’en ai eu assez de le voir s’exciter de la sorte, j’ai arrêté et j’ai noté cette information dans mon calepin.

Ce geste n’a pour moi ni queue ni tête. Je ne suis pas un scientifique, mais grâce à cette expérience réalisée dans ma salle de bain, je savais qu’il existait une issue pour ficher le camp de cet endroit. Le tout était de savoir, est-ce que ça va fonctionner avec les autres ? Je priai que oui.

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Histoire de zombies (9) – Marie

Episode précédent (8)

Journal, entrée du 03 Février 2045, 17h45

Je ne peux plus rester dans cette maison. Depuis que j’ai défoncé le crâne de Francis avec le fusil à aiguiser, j’ai comme qui dirait un sixième sens qui m’invite à me tirer de cet endroit au plus vite. Les zombies sont encore peu présents dans le quartier, et c’est sans doute pour ça que je dois saisir ma chance. Je sais que j’arriverai à me faufiler entre eux pour décamper. Ils tenteront de me happer avec leurs doigts tordus, ils essayeront de me déchirer la peau, mais ils n’y arriveront pas. Je veux vivre. Pas seulement pour moi, mais aussi pour tout ce que je laisserai derrière, dans cette maison. Car m’éloigner de ma demeure me causera une véritable souffrance ; elle recèle tout ce que j’ai été ces dix dernières années.

En écrivant cela, je pense évidemment à Marie, à cette photo posée sur la commode dans l’entrée. Je n’avais pas parlé d’elle jusqu’à présent, mais, paraît-il, écrire ce qui nous tiraille, permet d’apaiser pour un temps la douleur. J’aimerais le croire. Sa disparition restera à jamais un poids sur ma conscience.

Je commence donc : j’ai été… Non, je suis marié à Marie, mais elle n’est plus. Elle est enterrée dans la cave, enroulée dans un drap de lin. J’ai creusé sa tombe voilà trente et un jour. Deux jours exactement après les premières incursions zombies dans la ville.

Quand l’épidémie a débuté, nous vivions tous les deux dans cette maison, dans ce quartier banlieusard. Nous n’avions aucune crainte concernant notre avenir, nous étions ce que l’on appelle plus communément des bobos, des bourgeois bohêmes. Avec 4 000 euros par mois, nous ne craignions pas les lendemains. Nous n’étions pas du genre à jeter l’argent par les fenêtres, Marie a toujours été un petit écureuil, plus que moi, mais nous aimions nous faire plaisir. Preuve en est ce Porshe Cayenne blanc que Marie adorait conduire. De ce dernier, il me reste les clefs de contacts. Il est garé dans l’allée de la maison, avec deux pneus crevés et le pare-brise en miettes et le capot bosselé, recouvert de sang.

Bref. Je me souviens parfaitement de ce jour, quand Marie et moi sommes allés rendre visite à sa mère qui habitait un patelin voisin d’une vingtaine de kilomètres de chez nous. Nous n’écoutions pas la radio, nous étions des adeptes du lecteur MP3 intégré. Elle s’était JJG, Goldman, en boucle, moi, j’étais et je le suis encore, un afficionado d’AC/DC. Justement, tandis qu’Hells Bells grondait dans l’habitacle à proximité de Blenod-la-Forêt, nous avons vu un garçon traverser la route une centaine de mètres devant nous. Une précision ; je conduisais.

Marie a aussitôt posé sa main sur mon bras droit, me signifiant dans ce geste de ralentir. Je me suis arrêté. L’enfant s’était lui aussi figé au milieu de la chaussée. De notre position, nous ne pouvions voir son visage. De plus avec le soleil qui nous faisait face, la visibilité s’en trouva nettement réduite. C’est à cet instant que Marie proposa de descendre du véhicule.

Cet enfant, qui ne devait pas avoir plus de sept ans, n’avait aucune raison d’être seul dans cet endroit. Nous avions en mémoire les enlèvements qui avait eu lieu plusieurs mois auparavant. Des corps avaient été retrouvés par des brigades canines non loin d’ici. Un véritable charnier. La presse en avait fait la une des jours. « Quatorze corps d’enfants retrouvés entassés dans une fosse non loin de Blénod », et, avec Marie, quand nous avons vu ce gosse perdu au milieu de nulle part, semblant déboussolé, notre premier réflexe a été de songer à ce meurtrier qui courrait toujours.

— Je descends, m’a-t-elle annoncé et moi, je l’ai laissé agir à sa guise. D’ailleurs, qu’aurais-je pu faire d’autre ? Abandonner ce gamin et révéler à Marie qu’un zombie allait lui tomber dessus ? Foutaises, je n’ai pas retenu Marie, car si j’avais été à sa place, j’aurais exactement fait la même chose.

La situation me paraît tellement absurde quand j’y songe. Elle est descendue du Cayenne parce que j’étais au volant, et j’étais assis sur le siège conducteur parce que je n’avais pas envie d’arriver trop tôt chez ma belle-mère. Lors de ces visites imposées, j’étais plutôt du genre à freiner des talons, tandis que Marie avait tendance à presser l’accélérateur. Comme je l’ai dit, elle aimait conduire cette voiture, alors j’avais pris les devants. Et c’est par ce concours de circonstances, qu’elle fut toute désignée pour rejoindre l’enfant.

La scène s’est déroulée très rapidement. Les médias ont raconté par la suite, avant l’arrêt des images sur les ondes, que les zombies étaient des êtres lents, dénués de la moindre capacité à réagir rapidement. J’ai constaté ce jour-là, alors que Marie s’agenouillait devant l’enfant en pleurs, que les généralités resteront quels que soient les sujet abordés, de simples généralités, des putains de généralités.

Marie n’a pas eu le temps de réagir. L’autre est sortie du bois par la droite, par ce même chemin qu’avait emprunté l’enfant une minute plus tôt.

Au début, je n’ai pas compris la menace que représentait cette femme vêtue d’une robe déchirée, la tête de guingois, les bras tendus tel un somnambule qui se dirigeait vers Marie. Les zombies n’étaient qu’un mythe, une histoire pour faire peur aux adolescentes en chaleur. J’étais à cent lieues de croire qu’une telle horreur pouvait exister, et le temps que les connexions se fassent dans ma tête,  j’ai vu cette femme se jeter sur Marie, la saisissant par les cheveux avant de lui planter un poing rageur dans l’occiput. Marie n’a pas eu le temps de hurler, j’ai vu son sang jaillir sur le visage de l’enfant ; il n’avait pas bougé d’un pouce, pétrifié d’horreur.

Je revois encore la main de l’inconnue transpercer le crâne de Marie, rejaillissant par les orbites, les doigts avides de déchirer les chairs. Cette image restera gravée dans ma mémoire. Elle me hante la nuit. Et comme à chaque fois que cette vision me troue l’âme, je presse l’accélérateur du Cayenne et je fonce en ligne droite sur cette femme. Je la vois percuter le pare-choc, puis le capot. Je l’aperçois s’écraser contre le pare-brise qui s’étoile avant de tomber en mille morceaux. Et quand enfin, le calme revient, quand j’arrive à trouver la force de sortir du véhicule, je vois ce gosse étendu sur la route, le visage en partie coincé sous la roue avant gauche. Dommage collatéral, j’ai songé égoïstement en voyant Marie inerte, une Marie à qui je n’avais pas eu le temps de dire adieu.

Je me suis assis sur le bitume et je l’ai prise dans mes bras. J’ai caressé ses cheveux. De son visage, il ne restait plus rien. Je n’ai pas pleuré. Je n’en avais pas la force. Je me suis imaginé, Marie et moi, devenir l’espace d’un instant les nouveaux personnages d’une Pietà, à la seule différence que je ne n’avais aucune intention d’endosser le rôle de la Mater dolorosa.

Je regarde la photo de Marie posée sur la commode et je songe combien j’aurais aimé ne pas avoir pris le volant sous le prétexte que je n’aimais pas ma belle-mère. Nous aurions évité ce drame, nous serions rentrés précipitamment après l’annonce faite à la radio d’une invasion de corps sans vie. Nous… Nous… Nous serions peut-être morts dans un accident, morts, mais ensemble.

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Histoire de zombies (8) – Francis est mort

Histoire de zombies 7
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Journal, entrée du 02 Février 2045, 10h00

Le gosse est mort, définitivement hors-service.

J’ai eu tort de croire qu’il s’en sortirait. Les blessures étaient trop importantes. Il lui manquait la moitié du foie et je crois bien, je ne suis pas médecin¸ que la rate a également été arrachée par les zombies lors de l’attaque voilà maintenant quatre jours. Chose étrange, Francis n’a pas souffert. Tout le temps qu’il a passé auprès de moi, je ne l’ai pas entendu une seule seconde se plaindre.

Il y a de quoi relativiser, mine de rien. Moi qui n’arrête pas de m’appesantir sur mon avenir depuis ces dernières semaines, je crois que je ne verrai plus le monde avec les mêmes yeux dorénavant. Francis, un petit geek sans envergure, est mort avec sa dignité. Non, rien à dire là-dessus. Là où tout a commencé à partir en vrille, c’est quand il est mort justement. Je n’avais jamais vu ça sous cet angle jusqu’à présent, mais qu’est-ce qu’un zombie peut se plaindre quand même.

Quand Francis a expiré son dernier souffle, il y a deux jours environ. Je n’ai eu que très peu de temps pour tirer son corps à l’étage et le glisser dans la baignoire. Je ne saurai dire combien de temps exactement, mais après avoir posé un pied sur le palier du premier, j’ai senti les premiers soubresauts envahir ses bras. J’ai d’abord vu ses doigts se mouvoir de manière mécanique. J’ai eu l’impression qu’ils cherchaient à saisir un objet, les pouces n’arrêtant pas de presser dans le vide un bouton invisible.

— Tu as trop joué à la Playstation Francis, avais-je lancé, juste histoire de détendre l’atmosphère.

Heureusement, je suis un adepte de l’humour noir, je crois que si je n’avais pas eu ce recul nécessaire, Francis m’aurait choppé au niveau des couilles quand son bras s’est soudainement détendu comme un ressort. Ma vigilance m’a sauvé et c’est quand il a ouvert un œil, puis l’autre, que j’ai commencé à accélérer le pas. Il ne me restait plus beaucoup de temps avant qu’il ne se mette à grogner.

Je serais incapable de reproduire ce son guttural vomi par toute cette horde de mort-vivant, du moins tant que je vivrai, et quand Francis lâcha cette série de notes discordantes pour la première fois, je sus que la mort l’avait finalement rejetée pour le renvoyer au pays des vivants avec cette tare, celle d’errer à la recherche de chair fraîche, patientant qu’une âme charitable vienne lui transpercer le cerveau.

Ce que je ne fis pas dans l’immédiat.

Durant les dernières quarante-huit heures, j’ai gardé la porte de la salle de bain farouchement fermée. Je n’avais aucunement envie de voir Francis débouler dans le salon, tandis que je piquais un roupillon pour récupérer de mon escapade dans le jardin. Et justement, en parlant de force, l’autre point qui échappe encore à mon entendement reste cette puissance dégagée par les zombies. Je dis ça en parlant de Francis, car quand je l’ai balancé dans la baignoire, il s’est agrippé à mon pantalon en denim. Il a serré si fort, qu’il m’en a arraché un bout. J’ai d’ailleurs senti ses doigts d’une froideur étonnante, frôler mon épiderme.

Une chose est certaine. Quand je quitterai cette maison, et je pense de plus en plus avancer mon départ dans les jours qui viennent, il faudra que je me documente sur ces monstres. Si je me lance comme ça dans la nature, je sais que je ne survivrai pas longtemps. Bien que lents et désorganisés, les zombies ont cette faculté de ne jamais lâcher prise. Ils ne se posent plus de question, ils avancent, grattent, griffent, déchirent, arrachent et ce sans véritable espoir d’atteindre leur proie, pas dans l’immédiat dans tous les cas, mais ils s’obstinent. En fait, leur principal atout est qu’ils ont le temps, ils ne se lassent pas, ne se démotivent pas.

Moi j’ai manqué baisser les bras une bonne vingtaine de fois depuis que j’ai levé le siège dans ma maison, et je sais que je serai tenté de capituler encore par la suite. C’est ainsi, je suis vivant, donc, je doute.

Ce n’est plus le cas de Francis. Il a dorénavant rejoins les siens. Mais avant qu’il ne parte, un fusil à aiguiser planté entre ses deux orbites proéminentes, j’ai eu le temps de noter quelques renseignements dans un calepin. J’ajouterai une note à mon journal pour y détailler tout ce que j’ai pu relever en l’espace de deux jours. Je possède un livre, l’art de la guerre de Sun Tzu, à l’intérieur, il explique au lecteur combien il est important de connaître les faiblesses de son ennemi pour atteindre un but, celui de la victoire. Je vais donc exploiter mes analyses et tendre à mettre en place une tactique, qui, je l’espère, me permettre de m’en tirer sans une égratignure.

C’est plutôt marrant en y songeant, moi qui ait été réformé P4, je me vois glisser peu à peu dans la peau d’un stratège pour combattre le fléau zombies. J’en rirais tellement cette farce me semble absurde. Mais il me suffit d’un regard à Francis pour comprendre qu’il n’existe désormais plus de place à la pitié. Je me trompe peut-être, mais ça, seul le temps le dira. Et comme je l’ai dit, le temps appartient aux morts-vivants maintenant.

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La langue française – 4 – Les … (points de suspension)

Je ne poste pas cet article par hasard… En fait, je lis beaucoup et dans certains écrits (souvent dans ceux provenant d’auteurs amateurs), les points de suspension sont utilisés à outrance.

Bien entendu rien ne dit qu’il faut en user parcimonieusement, mais croyez-moi, quand dans un texte d’une vingtaine de pages, vous relevez pas moins d’une centaine de …, ça devient très vite lassant. 

Points de suspension

Les points de suspension marquent une interruption de la phrase, cette interruption peut même avoir lieu au milieu d’un mot (Vous avez vraiment vu un fantô…). Elle peut être très riche en nuances : l’indécision, l’hésitation, le respect des convenances, la réticence, etc. Les points de suspension peuvent marquer, souvent en fin de texte, un inachèvement qui sollicite l’imagination du lecteur. (Des fleuves indolents, des horizons tranquilles, des nuages d’argent…)

Les points de suspension vont toujours par trois. Ils se confondent avec le point final et le point abréviatif. Ils peuvent accompagner la virgule (Il ne sait rien…, il ne voit rien…), le point-virgule, le point d’exclamation ou d’interrogation (Il faut espérer qu’il en tire un profit, sinon ?…). Selon le sens, on place ses divers signes de ponctuation avant ou après les points de suspension. Avant s’ils terminent la phrase, après si la suspension est pensée comme pouvant se prolonger.

On ne met jamais de points de suspension après etc. Les points de suspension ne forcent la majuscule que s’ils se confondent avec une ponctuation de fin de phrase.

(cette définition des points de suspension est issue du logiciel de correction Cordial)