Histoire de zombies – Travelling arrière N°1

Episode précédent – Il est temps de mettre les voiles

Travelling arrière N°1

Les premiers morts-vivants sont apparus courant janvier, juste après le jour de l’an. Certaines sources ont indiqué aux médias nationaux que tout était parti du sud-est de la France, aux environs de Nice. Bien entendu, ce n’est qu’un exemple, une rumeur, une de plus qui alimente depuis ce jour ce mystère : d’où viennent-ils ?

Tout porte à croire, avec le recul sur les événements, que les zombies sont sortis de leur silence au même moment, un peu partout sur le territoire, comme si une voix les avait appelés. Mais la panique a véritablement débuté quand une bande d’écoliers s’est vue fondre sous les dents carnassières d’une horde de revenants. Les réseaux sociaux ont rapidement pris le relais de l’information, comme on dit « ça a fait boule de neige » et tout est devenu en l’espace d’une demi-journée complètement incontrôlable.

Le buzz était lancé. Les informations fusèrent, renseignant les internautes qu’une troupe de zombies s’était introduit dans la cour d’une école primaire non loin de la capitale, qu’ils avaient brisé vitres et portes avant de pénétrer dans l’établissement. Des détails morbides furent twitté, textoté, e-mailé, dans le pays, en Europe, mais aussi à l’autre bout du monde. En l’espace d’une heure, les Japonais qui rentraient chez eux après leur journée de travail, découvrirent qu’une vingtaine de gosses français avaient été tués aux alentours de dix heures du matin. En France, à l’autre bout de la ville, une mère qui avait déposé quatre de ses enfants sur les coups de 8h15, ne fut informée du décès des trois plus âgés que tard dans l’après-midi.

Les cris, les plaintes, les hurlements, accompagnèrent les annonces faites à la radio, à la télévision ainsi que sur les téléphones mobiles. Les plus optimistes annoncèrent qu’une dizaine de gamins avaient été tués, avant que la police n’intervienne pour prendre le contrôle. Mais dans la réalité, les policiers tombèrent sous les griffes des zombies. Leur gilet pare-balle ne servit à rien face à la rage des morts-vivants. Les dents claquèrent, mordirent à maintes reprises les personnes passant à la portée de la mort en marche et en l’espace d’une vingtaine de minutes, l’escouade de policiers envoyée sur les lieux vint grossir le groupe des zombies. Deux agents des forces de l’ordre finirent déchiquetés sur le sol de la salle de motricité, dévorés avec acharnement par une troupe de gamins au regard vitreux et aux mouvements saccadés.

Seul un enfant parvint à se cacher ce jour-là, le quatrième d’une fratrie anéantie. Il échappa à la vigilance de ses camarades décédés en se cachant sous un escalier de service. Il y resta de longues heures, baignant dans sa peur et son urine et ne rentra chez lui que le soir, lorsque les morts-vivants quittèrent les lieux pour répandre le mal au-delà des frontières de la ville.

Les photos et les vidéos de cet événement se répandirent comme la peste sur la toile. L’un de ces films, montrant une dizaine d’enfants s’acharnant sur un policier, lui extrayant les organes à même la main, faisant craquer les cottes pour atteindre les poumons et le cœur, fut consulté plus de 500 000 fois en moins de quatre heures dans le monde entier. Cette surcharge des réseaux provoqua des coupures parcellaires du maillage informatique. Une première au niveau mondial.

La télévision relaya la tragédie dans un flash spécial aux alentour de 14h12. Le journaliste parla des heures et des heures sans apporter la moindre réponse. Tous, même les dirigeants, furent incapables de nommer ou d’expliquer ce qu’il se déroulait dans le pays.

L’horreur s’était invitée à la table des puissants et personne ne sut comment réagir face à cela.

Durant les trois jours suivants, les attaques de mort-vivants se multiplièrent dans les grandes métropoles. À Paris, l’assemblée nationale fut envahie en pleine séance plénière. Pour les politiques présents, l’ordre du jour était de voter des amendements concernant une loi pour limiter le nombre de ressortissants étrangers provenant de la zone hors union européenne, mais quand les zombies débarquèrent dans les allées, déambulant, grognant, crachant des filets d’hémoglobine, les hommes politiques mirent tout en pratique pour se sauver.

Quand les premiers politiciens tombèrent sous les mâchoires acérées des morts-vivants, quand les premiers membres arrachés roulèrent sur les bancs rouge sang de l’assemblée, tous comptèrent sur leur instinct de survie pour s’en sortir indemne. Les familles politiques explosèrent, les zombies rendirent caduques les alliances les plus fortes et en une dizaine de minutes, les morts furent plus nombreux que les vivants. Seuls quelques députés purent s’échapper par un corridor voilé par une porte dérobée à l’arrière de l’hémicycle. Ils débouchèrent une centaine de mètres plus loin sur un Quai d’Orsay en proie à la folie meurtrière. Le mal continuait de s’étendre.

Depuis ce jour, le plan Vigipirate écarlate est de mise sur l’ensemble du territoire. Personne ne sait s’il sera levé un jour.

Des voix ont indiqué que les premiers cas révélés de morts-vivants sont apparus au nord de l’Europe, contredisant ainsi la première hypothèse d’une contamination provenant du sud de la France. Ces mêmes voix ont ajouté que les morts avaient envahi en l’espace d’une semaine toute la zone septentrionale du vieux continent, des foutaises pour les survivants.

Aujourd’hui, dans ce capharnaüm qu’est devenue la société, plus personne ne s’aventure à échafauder des théories concernant l’apparition de ces revenants. Le plus important pour les citoyens n’était pas de survivre, mais de mourir correctement, avec dignité, le plus tard possible et si le moment venait à les saisir, ils espéraient que ce soit avec une balle dans la tête. Personne n’avait envie de revenir pour manger son frère, son fils, sa femme. Personne.

Comme dans ce vieux film de Romero, beaucoup de personnes se sont réfugiées dans les supermarchés, mais la nourriture n’est pas éternelle. Les stocks ont baissé et les mesures draconiennes pour économiser les vivres s’avèrent être difficile à mettre en pratique. Des clans se forment, de nouvelles alliances aussi. Les lois sont dépassées, il n’y a plus ni faible ni fort, mais seulement des hommes capables de tout pour défendre ce qu’il leur reste.

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Episode suivant (11) – Embrasement

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