Histoire de zombies (12) Partie 2 – Laboratoire P4 à Lyon

Episode précédent – Embrasement

Ici débute la seconde partie du web-roman d’Histoire de zombies. Nous allons délaissé pour un temps le personnage du journal et nous pencher sur un second personnage prisonnier sur son lieu de travail. Il est évident qu’un lien va rassembler ce dernier avec Nathan (vu dans la première partie)

Seconde partieLaboratoire P4 à Lyon

Ils sont là, me fixant de leur regard vitreux au travers de la vitre blindée du laboratoire 6. L’un d’eux à son visage écrasé contre la baie vitrée, il n’arrête pas de claquer des dents ;  je sens bien qu’il ne désire qu’une seule chose : que j’ouvre cette satanée porte pour me dévorer.

Je connais très bien cet homme qui se cache derrière ce masque d’horreur. Avant qu’il ne se transforme subitement, il était le professeur Guilliani, un virologiste italien spécialisé dans l’étude du virus de Marburg. Habituellement charmeur avec le personnel féminin, il est devenu en l’espace de quelques heures un ersatz d’humain n’ayant plus que pour seul objectif : assouvir une faim irrépressible. Dorénavant, il ne différencie plus les femmes des hommes, seule la nourriture importe.

Son visage, de couleur grisâtre semble se décoller au niveau de ses tempes, ses yeux ont perdu leur éclat, ils n’ont plus rien permettant de raccrocher Guilliani au wagon de l’humanité. Non ! Ce fléau qui s’est abbattu sur les hommes, nous a relégués au statut d’espèce en voie de disparition. Nous, les êtres soi-disant supérieurs sont en phase d’être détrônés par ces monstres aux instincts primaires surdéveloppés. Je m’avance peut-être, mais j’ai ce sixième sens qui se met en alerte dans certaines situations critiques, et là, il tambourine dans mon crâne en hurlant « c’est la fin, c’est la faim ».

L’évolution telle que la concevait Darwin n’est plus qu’un vague souvenir. Elle s’est brisée en mille morceaux sanglants, dès que le premier mort-vivant est apparu. Depuis, les interrogations s’amoncellent dans mon esprit depuis presque trois heures, et pour l’instant, je n’ai aucune réponse à apporter, ne serait-ce que pour éteindre cet incendie qui brûle mes pensées.

L’avenir est devenu une utopie pour moi. Au fond, je sais que je ne suis plus un chercheur bardé de diplômes mais un rôti bardé de peur ; un simple morceau de viande. D’ailleurs, il suffit de jeter un œil à l’assistant du professeur Guilliani. Il s’acharne sur un avant-bras qu’il a arraché à un corps. Je vois bien qu’il n’a plus d’affect, il croque à pleines dents au niveau du poignet sans exprimer le moindre désir, la plus infime extase. Quant aux regrets, je n’y songe même pas.

Cela en est terrifiant.

Il est rapide, mais se perd en gestes mal coordonnés. Il déchiquette avec force ce mélange de chairs et d’os, et avale sans mâcher. Il n’est plus qu’une mécanique détraquée qui jamais n’arrivera à se repaître. Cela se lit dans son comportement. Il grogne, des filets de sang dessinent sur son visage des peintures de guerre. L’apocalypse est là, dans son regard, dans chacun de ses mouvements. Il n’a plus rien de commun avec moi, ou bien est-ce le contraire ? Je suis devenu l’anormalité, celui qui doit disparaître.

Depuis mon entrée dans le laboratoire, je n’ai plus aperçu la moindre présence humaine. La dernière fois que j’ai entendu une voix, c’était celle du responsable de la sécurité signalant qu’un incident majeur venait d’éclater à l’intérieur du centre Jean Mérieux. Depuis, c’est le silence radio et j’attends que l’on vienne me tirer de ce pétrin.

J’essaye de me concentrer, car je dois trouver un moyen de sortir d’ici, au cas où… Mais Guilliani s’acharne contre la vitre blindée. À force de se fracasser le visage contre elle, il a perdu toutes les dents de devant et continue à frapper encore et encore. Cela me renseigne sur un point, ces monstres ne ressentent pas la douleur – je suis bien avancé avec ça. Dans moins de cinq minutes la surface sera recouverte d’une épaisse couche de sang et de chair en putréfaction, je n’entendrai plus que le bruit sourd de la tête de mon compatriote s’écraser contre la paroi. Avec un peu de chance, il finira par s’ouvrir le crâne, car j’ose espérer qu’ils meurent ainsi, comme dans ces maudits films de séries Z. J’ai été amateur de ce genre cinématographique dans ma jeunesse et là, franchement, je n’en éprouve aucune fierté.

19089_1_other_wallpapers_zombie_behind_broken_glass

Episode suivant – Le binôme