Zombie, Baudelaire et cie

Ce soir, c’est spécial. Je suis en train de lire « Le Spleen de Paris » de Charles Baudelaire et quand je suis arrivé au chapitre XXV – La belle Dorothée, j’ai eu comme un flash. Bref, j’ai repris l’intégralité de ce passage et je l’ai assaisonné à ma manière. Pour vous faire une idée, je vais poster le texte de Charles Baudelaire (l’original), puis le mien (qui n’est pas à prendre au sérieux)

Sur ce, bonne lecture.

La Belle Dorothée de Charles Baudelaire

Le soleil accable la ville de sa lumière droite et terrible; le sable est éblouissant et la mer miroite. Le monde stupéfié s’affaisse lâchement et fait la sieste, une sieste qui est une espèce de mort savoureuse où le dormeur, à demi éveillé, goûte les voluptés de son anéantissement.

Cependant Dorothée, forte et fière comme le soleil, s’avance dans la rue déserte, seule vivante à cette heure sous l’immense azur, et faisant sur la lumière une tache éclatante et noire.

Elle s’avance, balançant mollement son torse si mince sur ses hanches si larges. Sa robe de soie collante, d’un ton clair et rose, tranche vivement sur les ténèbres de sa peau et moule exactement sa taille longue, son dos creux et sa gorge pointue.

Son ombrelle rouge, tamisant la lumière, projette sur son visage sombre le fard sanglant de ses reflets.

Le poids de son énorme chevelure presque bleue tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant et paresseux. De lourdes pendeloques gazouillent secrètement à ses mignonnes oreilles.

De temps en temps la brise de mer soulève par le coin sa jupe flottante et montre sa jambe luisante et superbe; et son pied, pareil aux pieds des déesses de marbre que l’Europe enferme dans ses musées, imprime fidèlement sa forme sur le sable fin. Car Dorothée est si prodigieusement coquette, que le plaisir d’être admirée l’emporte chez elle sur l’orgueil de l’affranchie, et, bien qu’elle soit libre, elle marche sans souliers.

Elle s’avance ainsi, harmonieusement, heureuse de vivre et souriant d’un blanc sourire, comme si elle apercevait au loin dans l’espace un miroir reflétant sa démarche et sa beauté.

A l’heure où les chiens eux-mêmes gémissent de douleur sous le soleil qui les mord, quel puissant motif fait donc aller ainsi la paresseuse Dorothée, belle et froide comme le bronze?

Pourquoi a-t-elle quitté sa petite case si coquettement arrangée, dont les fleurs et les nattes font à si peu de frais un parfait boudoir; où elle prend tant de plaisir à se peigner, à fumer, à se faire éventer ou à se regarder dans le miroir de ses grands éventails de plumes, pendant que la mer, qui bat la plage à cent pas de là, fait à ses rêveries indécises un puissant et monotone accompagnement, et que la marmite de fer, où cuit un ragoût de crabes au riz et au safran, lui envoie, du fond de la cour, ses parfums excitants?

Peut-être a-t-elle un rendez-vous avec quelque jeune officier qui, sur des plages lointaines, a entendu parler par ses camarades de la célèbre Dorothée. Infailliblement elle le priera, la simple créature, de lui décrire le bal de l’Opéra, et lui demandera si on peut y aller pieds nus, comme aux danses du dimanche, où les vieilles Cafrines elles-mêmes deviennent ivres et furieuses de joie; et puis encore si les belles dames de Paris sont toutes plus belles qu’elle.

Dorothée est admirée et choyée de tous, et elle serait parfaitement heureuse si elle n’était obligée d’entasser piastre sur piastre pour racheter sa petite soeur qui a bien onze ans, et qui est déjà mûre, et si belle! Elle réussira sans doute, la bonne Dorothée; le maître de l’enfant est si avare, trop avare pour comprendre une autre beauté que celle des écus !

La Monstrueuse Dorothée de John Steelwood

La lune grignote la ville de sa lumière froide et frémissante ; le sable est éclatant sous ses rayons, tandis que la mer se noie dans sa noirceur. Le monde pétrifié s’effondre lâchement et meurt d’une sieste qui est une espèce de mort dévoreuse où le survivant, à demi éveillé, tente de se détacher à la fatalité de son anéantissement.

Cependant Dorothée, morte et fiévreuse comme le soleil, se balance lentement dans la rue déserte, seule morte à cette heure sous l’immense voie lactée, et faisant sur le crépuscule naissant une tache sombre et inquiétante.

Elle s’avance, mouvant mollement son torse décharné, reposant sur des hanches aux os saillant. Sa robe de soie déchirée, d’un ton couleur chair et sang, tranche singulièrement sur sa peau grisâtre et se détache exactement au niveau de sa taille, laissant apparaître un dos crevé par un pieu de métal.

Son ombrelle rouge, ne tamisant plus rien que les raies lunaires, se perd dans les ombres de son visage, dessinant une sombre trainée sanglante aux reflets incertains.

Le poids de son énorme chevelure ébène pend sur le côté, entraînant sa tête livide et lui donne un air abattu et pernicieux. De lourdes pendeloques s’accrochent indéfectiblement à ses oreilles diaphanes.

Fugacement, la brise de mer soulève par un lambeau sa jupe déchiquetée et montre sa jambe maigre et noueuse ; et son pied, sans rapport avec les pieds des femmes pleines de vie, s’enfonce lourdement sur le sable fin. Car Dorothée est si inexorablement décédée, qu’il n’émane d’elle ni plaisir d’être admirée, ni orgueil de son passé doré, et, bien qu’elle soit morte, elle marche sans sourciller, droit devant.

Elle claudique ainsi, maladroitement, grognant sans raison et souriant d’un noir sourire, comme si elle apercevait au loin dans l’espace un morceau de choix reflétant son dîner.

À l’heure où les chiens eux-mêmes geignent de douleur sous le couvert de la nuit, quel puissant motif fait donc aller ainsi la monstrueuse Dorothée, morte et froide comme le bronze ?

Pourquoi est-elle devenue ainsi, elle la femme coquette, au foyer si joliment arrangé, dont les plates-bandes et les hibiscus font à si peu de frais un parfait jardin ; aujourd’hui elle n’est plus apte à discuter, à flâner, à se faire admirer ou à boire un verre. Elle préfère s’attarder sur cet enfant, qui court sur la plage à une cinquantaine de mètres de sa position, et qui emporte dans son sillage ses rêves devenus inutiles et inconsistants. Elle le considère comme ce repas qu’il n’est nul besoin de cuire et qui provoque en elle des parfums excitants.

Elle n’a plus rien qui l’attend, ni ce jeune homme qui, sur la grève, est étendu éviscéré près de son frère par la non-morte Dorothée, ni l’avenir. Tragiquement, elle ne se souviendra pas de lui, et gardera cependant dans sa panse un morceau de son souvenir, ainsi qu’une vieille chevalière et un doigt dénudé, comme celui qui termine sa main droite, dévorée par un chien enragé.

Dorothée est crainte et fuis de tous, et elle serait franchement malheureuse si elle se souvenait d’avoir découpé morceau par morceau sa petite sœur qui a bien onze ans, et qui hante depuis ses boyaux, et ses tripes ! Elle réussira sans doute, la bonne Dorothée à se saisir de l’enfant apeuré, trop fatigué, il finira par fléchir et avant de comprendre, succombera à l’âpreté de sa mâchoire !

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