Sang – Poème pour l’au-delà

Sang

Je pense à toi et j’ai le sang qui pleure
Tandis que mon âme compte les heures
Se dérobe un peu plus à chacun de mes pas
Et n’arrive plus à vivre sans un mot de toi
Elle, ta belle-fille, panse mon cœur au fil des jours
Ne sait comment faire pour m’aider
A accepter ce départ
Et me voit vivre avec mes maux, seul, dans le noir.

Ton sang pulse dans mes veines
Je le sens se figer quand je pense à toi
A ton regard, au son de ta voix
Il me chante cette sempiternelle rengaine
Me dit que ce froid qui me glace ne s’en ira pas
Me raconte que le passé est mort avec toi
Le temps s’est joué de nous
Le temps, voleur, t’a foutu dans un trou
Et ne rendra jamais cette absence de trois ans
A détruit à jamais cette attente de tes petits-enfants.

Je n’ai de toi que des photos, des vidéos,
Et ce sang.
Je regarde mes veines, je le vois, je te vois
Il dessine des chemins sur mes bras
Il irrigue ce corps qui ressemble à une coquille
Car depuis ce jour, depuis ce lent, ce triste Adieu
Les larmes coupent et tailladent l’homme que je suis
Me bousculent, moi, l’inébranlable
Me transpercent et me tuent à petit feu.

Le temps, on me l’a dit, sera lent avec ma douleur
Il tardera à soigner la plaie qui me sépare
De ce vide que tu as laissé en partant.
Je n’ai pas l’intention de te dire Adieu
Je n’ai aucune envie de perdre ton image
Alors pour te parler, je ferme les yeux
Je suis ton fils, je suis ton sang
Et crois-moi, un jour, tu seras fier
Car ,quitte à visiter les Enfers,
J’écrirai encore et toujours, à en perdre haleine
J’écrirai s’il le faut, à l’encre de mes veines.

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Histoire de zombies (13) – Le binôme

Episode précédent – Laboratoire P4 à Lyon

Au même moment, à l’extérieur du laboratoire Jean Mérieux

Les voitures étaient à l’arrêt sur l’avenue Gammier. Le soleil, qui invitait les gens à se balader, tapait avec férocité le bitume surchauffé. Plusieurs alarmes s’étaient déclenchées, et le sol se noyait sous les bouts de verre Sécurit. Au milieu de tout cela, au milieu de ces traces de sang et de ces morceaux de chair, des centaines de corps jonchaient le macadam, immobiles. La plupartétaient démembrés, d’autres voyaient leurs boyaux se dérouler tel un serpent ensanglanté, mais tous avaient en commun cette particularité : un crâne explosé.

« Ils en arrivent encore par là. »

Le son de la voix fut suivi par le bruit caractéristique d’un AK-47, puis par un celui d’un corps qui tombe sur la chaussée.

Depuis plusieurs jours, la troupe, à laquelle appartenait Sylvain, parcourait les rues du quartier et tentait de nettoyer la zone pour parvenir au seuil du laboratoire P4 de Lyon. Tous espéraient avoir des réponses quant à l’origine des attaques des morts-vivants et pénétrer dans ce bâtiment, représentaient pour tous la dernière chance de mettre un terme à cette hécatombe. Tous pensaient qu’à l’intérieur de cette structure, il devait y avoir une personne capable d’annihiler, à l’aide d’un vaccin, ce fléau qui s’était abattu dans le pays, sur l’Europe entière.

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Sylvain faisait équipe avec Romain, un Dijonnais de passage dans la ville pour une convention sur les films d’horreur. Avant de se retrouver à errer dans les rues de Lyon, Romain avait établi un projet de vie, ce dernier avait rythmé une année de son existence. Aujourd’hui, avec l’apparition des zombies, tout abandonner comme il l’avait prévu pour se réfugier dans le Cantal afin d’y réaliser son rêve, devenir écrivain, n’existait plus que sous forme d’illusions.

Dorénavant, en lieu et place d’un stylo pour écrire des histoires, il tenait fermement un fusil-mitrailleur et réécrivait le monde en temps réel ; à coup de balles de 7.62 mm.

De son côté, Sylvain se trouvait à des milliers de kilomètres de son pays, le Québec lui manquait, mais il songeait surtout à sa compagne et ses enfants, dont il n’avait plus aucune nouvelle depuis la chute en cascade des réseaux. La fermeture des aéroports internationaux l’obligeait à prendre son mal en patience. Aux derniers échos, qui dataient d’environ une quinzaine de jours, Toronto comptait plus de morts que de vivants, Montréal résistait encore, et des poches de combattants s’étaient formées dans les bourgades alentour. Sylvain essayait de ne pas s’attarder sur le visage de ses proches qui vivaient à Trois rivières, il devait d’abord se protéger lui-même et ainsi, garder l’espoir qu’un jour il franchirait de nouveau l’Atlantique.

Romain précédait son binôme de quelques pas. Le regard à l’affût, il indiqua d’un index pointé vers sa droite, un zombie en train de se repaître du corps d’un policier. Il se glissa derrière le mort-vivant, extirpa un poignard de son équipement et le planta d’un coup sec dans l’occiput. Le zombie s’effondra sans avoir pu émettre le moindre grognement.

Tous deux avaient été envoyés en éclaireurs, et plus le laboratoire se rapprochait, plus le danger augmentait. Pour quelle raison, ils l’ignoraient. Soudainement, des mouvements en amont de leur chemin obligèrent Romain à prendre la parole.

« Un groupe arrive sur notre gauche, avertit Romain. Il te reste des munitions ? Tout en jetant un œil à Sylvain, ainsi qu’aux  morts-vivants marchant dans leur direction, Romain tira des poches de son treillis deux chargeurs de trente cartouches.

— Moi, il ne me reste plus qu’un seul chargeur et une dizaine de balles. Et vu le nombre, je crois qu’on est plutôt dans le trou, ponctua Sylvain.

— Ne perds pas espoir, dis-toi qu’on participe à une Zombie walk, plaisanta Roman tout en pointant son arme sur la dizaine de morts-vivants remontant l’avenue.

Il lâcha une première salve, trois zombies tombèrent sur le sol. Puis une seconde. Sylvain l’imita. Ce dernier n’aimait pas du tout cette situation ; d’ailleurs, Sylvain se demanda qui dans le monde apprécierait de dégommer des corps sans vie. Hormis le Diable, il ne voyait personne d’autre. Sur cette pensée, il reprit le fil de la discussion et lança à son comparse :

— Moi, j’aurais plutôt dit que cette ville ressemble à l’antichambre de l’Enfer. »

Il vida le restant de son chargeur sur le groupe de morts-vivants et pria intérieurement de ne pas perdre ce qu’il lui restait de plus cher : son humanité.

Episode suivant – troisième partie Laboratoire P4 à Lyon

Slam de la rentrée

Hier soir, c’était la rentrée Slam sur Nancy, « Au Royal ». Organisés par TiPiment sous l’égide de Fred, les KwaféSlam sont devenus depuis quelques mois un événement incontournable sur Nancy et sa banlieue. Si vous venez (le prochain aura lieu le premier mercredi d’octobre, le 3) alors vous y rencontrerez des slameuses et slameurs de talent : Tanguy, Adrien, MCchezpas (ch’sais pas comment ça s’écrit, sorry), Cerise (pas celle de Groupama, une autre avec des textes bien sympas), Mabouya, Momo, Jojo et bien d’autre encore.

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Pour compléter cet article, je vous présente le texte que j’ai lu (que j’ai écrit avant de partir)

Bonne lecture et à bientôt

Je veux vous faire rire
Je veux vous faire pleurer
Mais j’ai pas envie de lire
J’ai qu’une envie, me casser
Je vous cache pas que, slamer, j’y ai songé tout l’été
Mais à chaque fois, j’ai préféré oublié
J’ai tenté d’écrire des textes, mais de mon stylo n’est sorti qu’un amas de mots sans véritable consistance.
Une bouillie de lettres, qui bout à bout, ne formèrent qu’un vide incroyablement dense.
J’ai réfléchi, dans mon coin.
J’ai pensé, « vas-y, tu risques rien »
En fait, en venant ici, je risque tout
Car en me pointant sur cette scène, je ne suis plus rien, juste un homme avec son micro,
Un mec dénudé, le cœur à vif, se demandant pourquoi on l’écoute sans dire un mot.
« Mais pourquoi il nous bassine avec ses problèmes ? »
J’ai pas de réponse à donner.
Oh, mais, j’suis peut-être un peu amer, avec moi-même
Car en lisant ce slam écrit dans l’après-midi, j’ai songé à cette faucheuse qui d’une crise cardiaque, à faucher mon père avant que je puisse lui dire une dernière fois « je t’aime »
Alors oui, ce soir, j’avais dans l’idée de vous faire rire,
De raconter des conneries, des histoires bien salace, juste pour le plaisir
Mais j’ai pas envie.
Le temps me manque, le cœur aussi.
De plus, je n’ai pas plus envie de vous voir verser une larme
Car mon seul but, si tenté qu’il fonctionne, est de voir dans vos yeux cette flamme.
Celle qui raconte que vous passez un bon moment
Celle qui vous fait réfléchir sur votre vie, vos instants.
J’ignore si j’atteindrai mon but
J’ignore d’ailleurs si ce soir avec Monique, nous croiserons les… Brefs.

Là normalement, votre esprit a rempli la case vide
D’ailleurs j’en vois certains qui esquissent un sourire, un brin sordide.

Mais bon, revenons en à nos moutons
Ne nous perdons le fil de ma mono-discussion.
Donc, je suis là ce soir au Royal,
Je viens monopoliser pour 180 secondes la parole; C’est cool, ce genre de truc, j’ai jamais osé à l’école
Vous croyez que c’est facile de parler ainsi devant une troupe de spectateur complètement éberlué ?
Vous vous trompez, je suis à fond dans les starting bloc et je me demande quand je décollerai.
Pourtant, croyez-moi, j’essaye de ne pas mâcher mes mots ; De ne pas m’embrouiller dans les phrases écrites en taille 10 sur ma page
Freinant un peu plus chaque fois mon décollage
Et c’est pas facile.
Parfois j’aimerais improviser, mais si je pars comme ça, alors vous aurez droit au One Man show de la soirée.
Et franchement, je sais pas si vous y gagnerez
Encore une fois, j’ignore ce qui a bien pu me pousser dans ce bar
Mais en vous voyant tous, là, bien calme, (pour certain le regard absent), je me dis que j’ai pas fait le déplacement pour rien.
Qu’avec votre seule présence;
Mon cœur, enfin, a retrouvé le rythme de son aisance.
Je ne sais si je vous ai fait rire
Je ne sais si je vous ai fait pleurer
Qu’importe le résultat si au fond, vous vous êtes pas trop emmerdé.
Merci à vous, et bonne soirée.

Slam à mon père

Ce slam, je l’ai écrit pour mon père et je lui ai lu avant qu’on ne l’emmène au cimetière. Ce texte est pour lui et aujourd’hui, je le partage avec vous, sans doute pour faire face et continuer d’avancer, car on n’arrive à rien à ressasser le temps.

Un jour, tu m’as fait écouter un CD
Et j’dois dire qu’tu m’as bluffé
C’était l’histoire d’un gars avec sa canne
Il s’appelait Grand Corps Malade

Son truc à lui, c’était le slam
Des vers tirés directement de son âme
Alors aujourd’hui ce texte il est pour toi
Toi le mari, le papy, le papa

Maintenant,
J’sais qu’où qu’tu sois tu gardes les yeux ouverts
j’sais qu’tu es là tout près de nous
Qu’tu nous dis de pas s’en faire

Alors pour sécher nos larmes
J’ai composé ce petit slam
Pour qu’encore ton cœur résonne,
Au rythme de nos voix, frissonne

Aujourd’hui nous sommes tous là
Réunis ici, près de toi
Nous sommes tous venus te dire au revoir.
Une putain de dernière fois

Quant à moi, tu resteras à jamais gravé dans mon regard
Plus que tout, quand j’me regarderai dans l’miroir
Il n’y a jamais eu un jour où je ne pense à toi
Dorénavant, j’sais qu’à chaque pas, tu seras là

Mais quand j’y pense
Qu’la vie a été bête
Toi, moi, les autres
À craquer trop d’allumettes
Mais à cette heure, tout est oublié entre nous
Car je pense à toi
Ton visage et ta voix
Tu manques déjà
Papa

Maintenant,
J’sais qu’où qu’tu sois, tu gardes les yeux ouverts
Qu’tu es heureux, nous dis de pas s’en faire

Alors de mon côté, j’vais continuer ma vie
Poursuivre mes livres et mes écrits
Mon cœur battra toujours pour toi
Au rythme des rimes, du ciel, tu les liras

Mais avant de te laisser
Rejoindre ton paradis étoilé
Il y a quelques mots que j’ai extraits de mes veines
Alors aujourd’hui j’t’l’dis : « Papa, je t’aime »

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[Undefined life]

[Undefined life]

Il râpe l’intérieur de mon corps. Il use ma carcasse, m’enchaîne à lui, car en son absence, tout s’efface. Véhicule, mon sang transporte mes maux, les filtre, les tord, les amalgame en un monceau de phrases, en un tout qui tente d’émerger, qui s’essaye à respirer, sans résultat.

Goutte à goutte, les lettres tombent sur cette feuille quadrillée, traçant des courbes syntoxiques que mon cœur à jamais ne pourra oublier. L’agrammaticalité guide ma mort, et chaque jour qui s’écoule, je frôle cette vie qui jamais n’atteindra les réponses à mes interrogations infinies.

D’un geste, je coupe, d’un autre, je panse. Ironie de l’espoir, de croire qu’à force de souffrir, on finit par mourir.

Au final, « je panse donc je suis » n’est qu’un idiome philosophique détourné, un sophisme pour beaucoup ; pas pour moi.

Tant que coulera cette seine écarlate dans mes veines, le noir rejoindra la blancheur de ces pages, puis un jour ou une nuit, tout s’arrêtera. Le temps figera ma vie sur un Polaroid, et ce corps refroidi commencera son lent voyage de décomposition, abandonnant chaque atome de ce cadavre au fond d’une boîte, délaissant « ce qui a été » pour le transformer en « ce qui sera ».

Mon souvenir se lovera dans les bras fragiles de ceux qui restent, puis à son tour, il s’estompera peu à peu pour s’indexer à une mémoire collective, une sorte de dictionnaire de l’humanité relatant les touts, les riens.

Ainsi va la vie, elle passe et trépasse pour s’abandonner à son destin. Emportée par son navire, son sang, elle apprend, désapprend, comprend, tout en gardant cette note dans le regard ; celle de ne pas rester plus longtemps.

Je le sens, il râpe l’intérieur de mon corps, depuis ma naissance, il s’écoule avec ses lames tranchantes dans mes artères. L’abandon n’est pas loin, mais tant que vibrent les heures, je continuerai d’écrire, de noircir d’une plume affutée les pages de ce carnet. Ce n’est pas une promesse, mais une réalité.

John Steelwood – 2012