Histoire de zombies (14) Partie 3 – Laboratoire P4 à Lyon

Episode précédent – Le binôme

J’aperçois une montre se détacher du membre et avant que cette dernière ne se fracasse sur le sol, je sais le professeur John Matthew, l’Américain de l’équipe, ne rentrera jamais dans son pays pour retrouver sa famille.

Hormis Guilliani et son assistant, dont j’ignore le nom, je distingue un autre chercheur qui erre de l’autre côté de la zone tampon. Il avance et bute contre la porte de sortie, recule d’un pas et répète son geste en boucle. L’absence de lumière dans cette partie de la zone m’empêche de discerner clairement l’identité de cette silhouette. Je suppose qu’il s’agit de Marc Petry, un compatriote suisse, mais cela peut tout aussi bien être Christian Million, un chercheur venu de la faculté de Paris Descartes, l’un des meilleurs éléments en ce qui concerne la virologie moléculaire et médicale.

Mais bon, tout ça, c’était avant que tout parte en vrille, aujourd’hui, tous mes collègues semblent avoir atteint au moins l’un des deux seuls états possibles sur cette planète : anthropophage ou nourriture.

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De mon côté, je représente sans aucun doute un troisième état que je sais éphémère. Je suis isolé dans cette partie du laboratoire Jean Mérieux, avec pour seul moyen de communication un Interphone qui refuse de fonctionner. Décidément, rien ne me permet d’espérer sortir de ce bâtiment. Moi, le chanceux par nature, je me retrouve dans une merde incommensurable – je n’ai pas d’autres mots pour définir ma position actuelle.

Je suis un scientifique et j’ai pour habitude de tout relativiser. Aussi, il m’est difficile, ne serait-ce qu’en songe, de prononcer le mot zombie. Tout cela est et restera pour moi une hérésie de la nature. Au cœur de ce centre de recherche, à qui j’ai donné dix ans de ma vie, nous n’avons jamais laissé de place pour ce genre de phénomènes. Je suis immunologue spécialisé dans la fièvre de Lassa et chaque jour depuis le début de mes recherches, je travaille à combattre les virus les plus mortels.

Dernièrement, mon équipe a réussi à isoler des protéines de surface, permettant ainsi d’activer la production d’anticorps, mais avec cette apparition soudaine de morts-vivants au sein même du laboratoire P4 où je travaille, j’ai peu d’espoir de croire qu’il existe une solution ailleurs pour endiguer ce phénomène. La fièvre hémorragique est reléguée face à ça, au simple rang de rhume des foins.

Je sais que l’espoir est presque mort, mais je n’ai aucune envie de devenir l’un des leurs. Rien que l’idée de sentir leurs mâchoires me dépecer m’ôte, pour l’instant, tout geste inconsidéré de l’esprit. Ouvrir et tenter de fuir reste pour le moment la plus mauvaise idée au monde. Je dois garder cette vision en tête pour rester en vie, et ne pas m’endormir.

Tomber dans un sommeil profond est pour l’instant ma plus grande hantise, sans doute parce que je connais par cœur les procédures de sécurité en matière d’évacuation d’urgence. Pour l’instant, l’heure est à la réflexion et non à l’atermoiement. Le sas me séparant de la zone tampon me maintient pour l’instant loin de ces bêtes avides de chairs. Je croise les doigts (de manière imagée, car avec ma combinaison ce mouvement m’est tout simplement interdit) pour que cette séparation se maintienne et ce, tant que je garderai les yeux ouverts. Le temps reste mon pire ennemi, mais il est aussi celui qui m’aidera à trouver une solution pour m’évader. J’ai toujours travaillé dans l’urgence et là, elle est devenue extrême.

Les capteurs de ma combinaison enregistrent chaque battement de mon cœur, calculent l’humidité intérieure, régulent le débit d’oxygène et effectuent une centaine d’autres calculs qui m’échappent. Je connais la plus importante, elle résonne sous la forme d’un poum-poum régulier au creux de mes tympans : mon pouls. Si, pour une raison quelconque, ce dernier venait à chuter rapidement, alors le protocole d’évacuation se déroulerait comme il a été établi dans le cahier des charges.

Episode suivant – Histoire de zombies (15) Partie 4 – Laboratoire P4 à Lyon – Côté zone tampon

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