Atelier d’écriture (4.2) suite et fin.

Après avoir choisi un celle que/celui que (exercice précédent), j’ai écrit ce texte (recopié tel quel de mon cahier)

Il est comme cette montagne qui peuple mes nuits, d’une force et d’une grandeur incroyable, malgré sa petite taille. Mais il est immobile surtout. Planté dans sa chaise longue en bois, au tissu usé par son corps, il reste des journées entières à contempler le monde qui l’entoure. Seulement, personne n’appartient à ce cocon qu’il se tisse… enfin presque.

Je suis l’unique personne de la famille avec qui il parle, les autres ne sont que des interlocuteurs le renseignant sur l’heure des repas et celle du coucher. Chaussé d’une paire de charentaise bleue, vêtu d’un indémodable pantalon de travail bleu nuit et d’un chandail détendu, il respire l’air de ses souvenirs, c’est son passé qui le maintient en vie.

Assis devant la porte de son salon/cuisine, un marronnier bat la mesure dans le bruissement des feuilles. Le matin, le soleil s’invite par l’allée, puis lentement, sur un rythme propre à la vieillesse, il décline derrière la maison, c’est à cet instant que j’arrive généralement.

À sa droite, il tient une canne par le pommeau. Il s’en sert rarement, car il ne se lève presque jamais. Il est heureux ainsi, il me fait signe d’approcher, me glisse des mots dans l’oreille et sourit. Je l’ignore, où je ne veux pas l’accepter, mais d’ici quelque temps, il partira. De son fait ou non, il me laissera. Je le contourne et du bout du pied, je frappe cette pierre ronde qui retient ouvert son volet. « Que deviendras-tu ? » songé-je en regardant ce triste caillou. C’est idiot, mais quand on est jeune, on ne voit pas la mort comme il se doit. On ne la respecte pas. Quand on est môme, on est immortel et les souvenirs n’existent pas encore.

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Histoire de zombies (16) – Le binôme devant le laboratoire P4

Episode précédent – Histoire de zombies (15) Laboratoire P4 à Lyon, côté zone tampon

Laboratoire P4 avec le binôme

Le fusil-mitrailleur entre les mains, Romain resta un instant immobile, le doigt pressé sur la gâchette. Plus aucune balle ne sortait du canon, quant aux zombies, certains se relevèrent, simplement touchés autrement qu’à la tête, mais plus inquiétant encore, restait cette autre troupe qui surgit au détour d’un immeuble.

« Putain, c’est à croire qu’ils arrivent en bus pour être aussi nombreux », lâcha Sylvain.

Refoulé vers l’entrée du laboratoire P4, le binôme recula rapidement, enjambant les objets divers abandonnés sur la chaussée. Le temps n’était plus leur allié, d’ailleurs à cet instant ils songeaient plus à une caisse de munitions qu’à quelques secondes de tranquillité. Le temps ne tuait pas les morts-vivants, le 7.62mm, oui. Seulement, ce genre de trouvaille n’arrivait que dans les scénarios de films, pas dans la réalité.

« C’est fermé, annonça Sylvain. En cognant des deux poings contre la vitre. Il jeta un œil à l’intérieur du hall et ne vit personne. Putain, on est coincé mec, ils vont nous tuer.

— Tu crois ? Non, ils vont en bouffer un et l’autre deviendra comme eux. On tire à pile ou face ?

— Quand tu t’y mets, t’es… Mais putain, qu’est-ce que tu fous. »

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Romain cogna à plusieurs reprises avec la crosse du fusil contre la porte en verre. Cette dernière s’étoila, sans se briser. Sans attendre que la paroi se fissure, Sylvain descendit les quelques marches tout en gardant un œil sur les zombies. Ces derniers se tenaient à une vingtaine de mètres, ils déambulaient maladroitement entre les voitures et ne cessaient de se prendre les pieds dans les obstacles.

Il s’aventura dans leur direction et commença à fouiller dans tout le fatras jeté à même la route. Sylvain s’attarda sur un sac, ouvrit la Fermeture Éclair et en extirpa une bouteille de parfum, un livre de poche, des sous-vêtements, rien d’important, rien d’utile. Il n’osait plus regarder par-dessus son épaule, car il savait qu’à chaque regard, il perdait du temps, à chaque seconde donnée aux zombies, il en perdait une. De son côté, Romain continuait de cogner de toutes ses forces contre la vitre. Elle ne cédait toujours pas.

Sylvain donna un regard circulaire et vit dans ce capharnaüm, des habitants ayant fui leur travail, leur logement, avec mallettes, sacs, valises, abandonnant tout à la rue, s’effaçant devant cette barbarie ambulante qui dévorait les enfants, déchirait les chairs. Relativiser, il le fallait, Sylvain en était conscient, voilà pourquoi devant tout ça, au final, il importait peu d’abandonner derrière soi des ensembles sortis des plus grandes boutiques à la mode, il importait peu d’emporter dans un sac une console avec des jeux PEGI 18, invitant à découper du zombie, il importait peu de s’attarder à transporter le futile quand des mains décharnées tentaient de vous saisir pour croquer votre visage.

Cette rue, songea Sylvain, devait être comme des milliers d’autres rues à travers le monde, recouvertes du squelette de Monsieur Consommation, les objets éparpillés comme autant d’os blanchissant sous le soleil de plomb. Et tout ce fatras étalé, au milieu de la rue, invitait presque à s’émouvoir de ce qu’il restait de l’humanité, mais Sylvain avait l’esprit ailleurs.

Ce n’était pas l’espoir qui le poussait à explorer cet amas d’objets hétéroclites, ce n’était pas la peur de mourir, de ne jamais revoir sa femme et ses enfants, qui dirigeaient ses actes. Ce qui brûlait Sylvain de l’intérieur était un sentiment plus inavouable.

Il désirait décapiter tous ces morts-vivants pour apaiser une douleur qui pétrifiait son âme depuis deux jours. Si mourir était une finalité inévitable, Sylvain comptait mettre à profit cette souffrance qu’il gardait emmurée, pour tailler quelques bouts de barbaque grommelant, avant de mourir ou avant de rejoindre les siens.

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Voilà pourquoi, ressasser tout cela ne servait à rien de tout, car Sylvain songeait assez régulièrement à cette horreur qui l’avait perverti quarante-huit plus tôt. Il sentait encore l’odeur du sang remonter à ses narines, il revoyait ce massacre auquel il avait assisté ; celui d’une mère de famille dans la banlieue lyonnaise. Il avait vu cette femme tenter de fuir une horde de bouffeurs. Elle criait : « sauvez mon bébé ». Oui, Sylvain l’entendait encore articuler ces quelques mots, comme si elle se tenait là, près du sac qu’il serrait dans la main droite. Tu dois t’endurcir mon gars, sinon le prochain, ce sera toi. La voix était celle de Laurent, le chef du groupuscule auquel il appartenait. Il avait posé une main amicale sur son épaule, lorsque les bouffeurs avaient attrapé leur repas. Il l’avait laissé, quand la peau de la jeune femme craqua de toute part, puis il l’avait retiré quand Sylvain prononça : « Il faut intervenir, elle n’est qu’à quelques mètres ». Sylvain se souvenait de chacun de ses mots, de chaque respiration, de chaque regard lancé, et malgré l’avertissement qu’il avait reçu quand il avait rejoint le groupe, il avait tenté de descendre pour récupérer le bébé.

Sylvain ferma les yeux, il était là-bas.

Le bébé gémit, allongé dans son siège auto posé dans un chariot. Sylvain revoit sa main flotter à une dizaine de centimètres au-dessus de l’enfant, il sent son odeur, mais des bras le retiennent, des voix lui intiment d’obéir, tu veux finir comme eux, on peut te balancer. Sans doute, à cause, ou grâce, à l’image de sa propre famille, il renonce à secourir l’enfant, l’abandonnant aux griffes des bouffeurs. Ils sont là, trois, avides, pris d’une faim insatiable, ils se jettent sur ce petit bout de chair qui n’arrête plus de hurler. Le sang gicle, les entrailles sont rapidement atteintes et s’accrochent aux barreaux du chariot. Sylvain vomit et une voix lui indique que le rituel de passage est terminé et qu’il fait partie des leurs. Oui, mais à quel prix.

Sylvain aimerait effacer ces images de son esprit, mais il se savait contaminé par ce souvenir, et ce jusqu’à sa mort. Il repensa à ce rituel, à ces paroles prononcées par Laurent lors de leur première rencontre, et jamais, s’il avait compris les desseins du groupe, il n’aurait accepté de les rejoindre pour participer à un tel avilissement de l’espèce humaine. Dans son existence, des visions d’horreur insoutenables, Sylvain en avait lu dans des livres, il en avait également visionné des centaines sur grand écran, sur son poste de télévision, ainsi que sur son ordinateur portable, mais jamais il n’avait « participé » à une curée. Le mot convenait parfaitement, mais il préférait garder cette définition du rituel pour lui, il n’avait aucune envie de finir comme cette femme et cet enfant. Il était piégé et il n’avait aucune possibilité de faire machine arrière.

À l’origine, Sylvain n’était en rien un être primal, mais depuis cette expérience qu’il ne pouvait que regretter, il sentait qu’un bout de son humanité avait comme disparu. Il n’en avait pas parlé au groupe, ni à Romain, mais depuis cette expérience, il se sentait investi d’une force capable d’éviscérer un zombie à main nue. C’était sans compter sur ces grognements qui la ramenèrent dans le présent, et quand il se retourna, une main enserrait déjà son épaule. Il sursauta, tomba à la renverse et vit un cadavre le surplombant ; les dents dénaturées, l’œil torve, les cheveux en broussaille. La bête gronda et se ne se jeta pas sur lui, elle s’effondra sur son corps.

Plus haut, un bruit de verre brisé retentit.

à suivre…

Atelier d’écriture (4.1) Celle qui et celui qui…

Cet exercice est basé sur les ateliers d’écriture de François Bon. Ce dernier est lui-même inspiré d’un texte de Saint-John Perse, on pourrait l’appeler l’exercice des celui qui. Saint-John Perse écrit: «Celui qui erre, à la mi-nuit, sur les galeries de pierre…; celui qui s’est levé avant le jour…». Comme avec François Bon, il nous a été demandé d’effectuer la démarche des celui-qui avec des personnes de notre entourage (ou imaginaire).

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François Bon

Durée : une dizaine de minutes environ

Celle qui a beaucoup pleuré à force d’aimer.

Celui qui est entré au S.A.C. et l’a toujours caché.

Celle qui fabriquait le foie gras et les graillons et restait toujours seule dans la cuisine.

Celle qui te sourit et te plante sans hésiter un couteau dans le dos.

Celle qui prenait des antidépresseurs pour atténuer ses pleurs.

Celui qui jouait à la belote tout en se roulant des cigarettes.

Celui qui ne parlait à personne, juste à ce môme que j’étais.

Celui qui n’existait pas, mais que tous connaissaient.

Celui que l’on croyait honnête et a plaqué ses, sa famille et les autres.

Celle qui disait toujours sa vérité, car elle était un peu cinglée.

Celui qui allait aux toilettes et ne pissait jamais à côté.

Celle qui n’a pas compris et ne saura jamais.

Celui qui a de la jugeotte et de la repartie.

Celle qui a oublié d’être bête et le prouve.

Celle qui aime, simplement.

Celui qui n’avait pas de bol et plus de femme.

Celui qui était communiste et vivait comme un capitaliste.

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Saint John Perse

Le dernier exercice de l’atelier d’écriture découle de cette liste. Je posterai un article ce week-end.

Atelier d’écriture (3) Travail sur le temps, les changements…

Cet exercice est inspiré d’une scène écrite par Paul Auster (auteur de Smoke) : celle d’un homme prenant au fil des jours une photo depuis la fenêtre de son appartement, toujours la même pose, mais à des instants T différents.

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Pour la mise en pratique, nous avons dû choisir un endroit dans la médiathèque, que nous devrons garder jusqu’au dernier exercice, ainsi, comme le personnage de Paul Auster, nous noterons tout ce que nous verrons au fil des séances (cet exercice débutera chaque séance dès le prochain atelier). De mon côté, j’ai pris l’initiative de lister ce qui m’entourait sans prendre garde de construire une trame.

Durée de l’exercice : 15 minutes

Lieu : secteur jeunesse, sur la chaise attenante au local du service de documentation.

Face à moi, les bacs bleus, le long du mur, sous les fenêtres, les bacs jaunes, à ma droite, quatre bacs rouges. Derrière moi, j’entends les voix de Stéphanie et de Sophie du service jeunesse. À ma gauche, une mamie avec deux enfants. L’un d’eux jette ses chaussures, il gémit. Au-delà des vitres (face à moi), c’est Keenan qui s’occupe des retours. Toujours à droite, trois portes, closes.

Stéphanie sort et me souhaite meilleurs vœux. Sophie part avec une pile de livres dans la salle « l’heure du conte ». À ma gauche, bacs bleus, deux sièges, puis bacs blancs. Les deux enfants reviennent en riant, ils se préparent à quitter les lieux. J’aperçois (face et droite), trois gros coussins orange de formes triangulaires. Dans le bac bleu face à la chaise, deux livres sont devant : « Le rêve de l’ours » de Norac et Joas et « La croûte » de Moundlic et Tallec.

Sur la vitre (face), une affiche « Albums contes » blanche et contours jaunes. Sophie remet les albums dans les bacs. À ma gauche (près de l’heure du conte), Edith (une nouvelle pour les ateliers) est assise et effectue le même travail que moi.

À ma gauche, longeant le mur, deux bacs blancs au bout, puis dix bacs bleus, cinq fauteuils dont un à l’assise déchirée et deux poufs collés contre les bacs bleus (escargot et abeille) Le sol est propre. Au plafond, j’aperçois des auréoles, vestiges d’infiltrations.

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Photo tirée du film « Smoke » avec Harvey Keitel

Atelier d’écriture (2) Bigotelle

Compte rendu du premier atelier d’écriture du 16 janvier 2013 – Partie 2

Le second exercice est inspiré de « La grammaire est une chanson douce » d’Erick Orsenna. Après la lecture d’un  passage du livre, où apparaît le personnage de la nommeuse, le mot bigotelle est lancé. À partir de ce mot et en s’inspirant de la nommeuse présente dans le livre d’Orsenna, il nous a fallu donner une définition du mot bigotelle, le faire naître sous une forme.

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Durée de cet exercice, environ 20-25 minutes (lecture comprise)

Mon texte :

« Loin de son logis, perdue dans une rue malfamée du quartier dit « du malaise », la nommeuse continua de décrire les mots oubliés. Elle s’attarda sur l’un d’eux plus particulièrement : bigotelle. Ce dernier surgit d’un trou, d’où s’écoulait une huile épaisse, aux fragrances insoutenables. D’aspect velu, il rampait rapidement sur le sol, cherchait un coin pour se cacher, puis pénétrait dans une fissure pour en ressortir aussitôt. Il n’avait de cesse de bouger, et ses pattes, rappelant celles d’un insecte, chitineuses et fines, l’emmenèrent se lover dans le cœur d’une vieille femme toute de noir vêtue. La nommeuse épela le mot et lentement, il devint ce ragot dans la bouche de la vieille bigote, répandant ainsi son fiel dans l’oreille d’une autre. Car pour qu’une bigotelle existe, il fallait être deux. »

J’étais parti sur la base que bigotelle venait du mot bigot, ce qui est évidemment faux. Voici ce qu’est une véritable bigotelle : Anciennement, pièce d’étoffe ou de cuir dont on se servait pour tenir la moustache relevée.

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Atelier d’écriture (1) Le logorallye

Compte rendu du premier atelier d’écriture du 16 janvier 2013 – Partie 1

Nous avons débuté la séance par un logorallye. En quoi consiste ce jeu ? Le responsable de l’atelier donne un mot, puis chaque participant, en partant de cette base commune, doit écrire deux mots. De ces nouveaux termes, deux autres surgiront et ainsi de suite. Ici, nous nous sommes contentés de 15 mots.

Durée de cet exercice, environ 5 minutes (grand maximum)

logorallye 16 01 2013A partir de ces mots, il nous a été demandé d’écrire un texte, avec pour unique consigne : vous n’êtes pas obligés d’utiliser tous les termes.

Pour ma part, j’ai utilisé 10 mots :

Elle dit de moi que j’ai de l’humour, que je serai toujours, malgré mes dettes et mon manque de talent, un comique en devenir. Si elle m’avait vu sur cette scène, allongé dans ce cercueil factice, mimant un mort, jamais elle ne m’aurait embauché pour ce tournage. Mais, paraît-il, l’Amour rend aveugle.

Suite de l’atelier bientôt

Chronique de « Les attaques de la boulangerie » d’Haruki Murakami

Chronique vidéo de « Les attaques de la boulangerie » d’Haruki Murakami

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Biographie

Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma à l’université Waseda, avant d’ouvrir un club de jazz à Tokyo en 1974. Son premier roman Écoute le chant du vent (1979), un titre emprunté à Truman Capote, lui a valu le prix Gunzo et un succès immédiat. Suivront La Course au mouton sauvage, La Fin des temps, La Ballade de l’impossible, Danse, Danse, Danse et L’éléphant s’évapore (Seuil, 1990, 92, 94, 95 et 98). Exilé en Grèce en 1988, en Italie, puis aux États-Unis, où il écrit ses Chroniques de l’oiseau à ressort (Seuil, 2001) et Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil (Belfond, 2002 ; 10/18, 2003), il rentre au Japon en 1995, écrit deux livres de non-fiction sur le séisme de Kobe et l’attentat de la secte Aum, un recueil de nouvelles, Après le tremblement de terre (10/18, 2002), Les Amants du spoutnik (Belfond, 2003 ; 10/18, 2004) et le superbe Kafka sur le rivage (Belfond, 2006). Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu récemment le prestigieux Yomiuri Prize et le prix Kafka 2006.

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