Histoire de zombies (15) Partie 4 – Laboratoire P4 à Lyon – Côté zone tampon

Episode précédent – Histoire de zombies (14) Partie 3 – Laboratoire P4 à Lyon

Laboratoire P4 – Jean Mérieux – Côté Zone tampon

L’air ambiant est saturé d’une odeur de pestilence. Des morceaux de corps jonchent le sol : mains, bras, intestins, chairs déchirées… Des presque hommes, des déjà morts, sont penchés sur des corps inertes, fouillant leurs entrailles pour y trouver leur pitance, déchiquetant la viande accrochée sur des os d’une blancheur écoeurante.

Ils se nourrissent. Avalent sans mâcher. Ils ne déglutissent plus, depuis leur résurrection, ils en sont incapables.

L’horreur est devenue légion, effaçant l’ancienne réalité, celle qui n’était pas parfaite, mais au moins acceptable. L’humanité s’est détournée de la vie des hommes, les abandonnant à ce sort peu enviable : celui d’être dévoré vivant par les leurs, par leurs morts.

Dans l’enceinte du laboratoire, un mal étrange, inconnu, s’est propagé. Personne ne sait comment il a franchi les barrières de sécurité, personne n’a vu venir la mort en marche quand l’un des employés a eu une crise cardiaque, ni quand un autre a tenté de le réanimer et s’est fait arracher les lèvres d’un coup de dent. Personne n’a compris la raison de cette colère qui s’est répandue rapidement, contaminant chaque organisme, anéantissant les espoirs les plus tenaces, enterrant avant l’heure l’humanité dans un cercueil de faim et d’errance.

Et pour terminer ce triste constat, quelques-uns seulement ont accepté malgré eux ce nouveau monde en train de se dessiner, mais pour cette catégorie de personnes condamnées à survivre, l’avenir appartient au passé. Seul le présent à son mot à dire maintenant. Et là, en cet instant, celui qui porte le badge avec pour nom Pr Guilliani, avance en direction de cette forme humaine recluse de l’autre côté de la paroi.

De son humanité, il ne véhicule plus qu’un souvenir, une forme que l’on comparerait à un homme perdu dans l’ombre. Car Guilliani n’est à cet instant, plus qu’un zombie, un être n’ayant qu’un seul but, se nourrir de chair humaine. De chair fraîche encore palpitante, de sang encore chaud. Quand estil du reste ? Des émotions, de la vie, du ciel, de l’amitié, du temps, du plaisir, de la haine, de la peur… Rien, il ne reste rien de tout cela dans son esprit, ou alors bien caché quelque part, pourrissant lentement, comme son corps. Inexorablement.

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Guilliani ne quitte pas du regard cette forme enfermée dans le laboratoire. Elle est son unique nourriture, sa seule source de viande capable d’apaiser pour un temps sa faim. Car depuis qu’il s’est redressé, depuis son retour à la vie, son ventre est serré, ses entrailles bouillonnent d’une envie carnassière.

La fringale ne le quitte plus.

Jamais il n’avait ressenti une telle rage en lui, mais là, en cet instant, le monde ne tournait plus vraiment rond. D’ailleurs, le monde avait perdu de sa luminosité, il était recouvert d’une membrane grise, déprimante. Guilliani voyait ce voilage terne recouvrir sa vision, mais cela ne changeait rien, l’important n’était pas la couleur de la chair, ni même son odeur ou son goût, l’important était de l’ingérer comme pour remplir un vide. Un vide immense et incommensurable.

Lentement, il s’avance en direction de son garde-manger et fixe la silhouette avec une attention qu’il n’aurait jamais atteinte de son vivant. La silhouette porte une blouse blanche, comme lui, mais cela ne l’émeut pas, cela ne réveille rien en lui. Il n’exprime ni regret, ni peine, ni pitié en s’attardant sur ce visage qu’il ne peut nommer et qu’il a pourtant côtoyé deux années durant. En fait, toutes ses pensées s’entrechoquent, s’entremêlent et forment un magma incompréhensible. Il ouvre la bouche pour former un mot, seulement les syllabes elles aussi se cognent et finissent par former un grognement long et profond : Grrrrraaaaaa.

Maladroitement, il écrase son nez contre la vitre, en lâchant un râle pesant, un râle signifiant « putain, j’ai faim, tu vas sortir de là oui, on va pas y passer la nuit », mais il ne peut plus parler. Ses cordes vocales ne fonctionnent plus, du moins, son cerveau n’arrive plus à actionner le bon levier. Il sait une chose par contre : il veut bouffer cette carne de blouse blanche et sans prévenir, il commence à se cogner la tête contre la paroi en verre.

Episode suivant – Histoire de zombies (16) Le binôme devant le laboratoire P4 à Lyon

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