Le Parloir d’Ebediah – Dossier #0002 – Gaëlle Dupille

Je me nomme Ebediah, je ne suis ni avocat, ni juge, ni coupable, je suis un être qui erre dans le parloir  des âmes humaines. Aujourd’hui, je continue ma série de visites dans ces prisons de chairs. J’ai fouillé dans les dossiers et j’ai découvert celui de Gaëlle.

Parloir – Dossier #0002 – Gaëlle Dupille

Ebediah : Bonjour, Gaëlle. Ça va ? Les cordes qui te maintiennent à la chaise ne sont pas trop serrées ? J’aimerais pour commencer, que tu déclines ton identité, que tu présentes aux lecteurs ton actualité et que tu attendes ma seconde question. Okay ?

Gaëlle Dupille : Merci Ebediah, je vais bien… Enfin, mes cordes sont un petit peu serrées, mais je vais devoir faire avec pour le moment. Par contre, la lampe que tu as braquée sur mes yeux me brûle vraiment la rétine… Si tu pouvais le changer de place, j’apprécierais beaucoup…  merci.  Pour réponse à ta question, je suis Gaëlle Dupille. Age : 37. Je suis originaire de Bordeaux et vis au Canada la moitié de l’année.

L’une de mes nouvelles, « Lucy », vient d’être publiée il y a 2 mois dans le recueil « Naissance » (catégorie anticipation). J’attends avec impatience la publication prochaine de l’une de mes nouvelles SF/érotique, « La première colonie », chez L’Ivre-book (le 27 septembre) et un peu plus tard celle de mon recueil de nouvelles horreur/fantastique « La main du diable et autres contes macabres », toujours chez L’ivre-book.

Une autre de mes nouvelles, « Le Cysgodion », va quant à elle figurer dans une anthologie pour Halloween.

Dis-moi, tu vas me garder longtemps ici ?

Ebediah : Le temps nécessaire pour que tu te dévoiles aux yeux des lecteurs. Ah ! La lampe te brûle les yeux, attends… Je n’aime pas voir les personnes que j’interroge souffrir… si vite. J’aimerais savoir depuis quand tu écris et surtout, je souhaiterais que tu nous révèles la véritable envie qui te pousse à sombrer dans le mauvais genre, car l’horreur est un mauvais genre, n’est-ce pas.

1278530_630395097005552_1952420213_n-272x300

Gaëlle Dupille :  Merci, ça va mieux. Tu es plus gentil que je ne le croyais.

Nous sommes bien d’accord, l’horreur est un « mauvais genre » et je revendique haut et fort d’être l’une de ses adeptes.

J’écris depuis plus de 20 ans en amateur. Je n’ai cependant officiellement plongé dans le monde de l’édition que depuis un peu plus d’un an seulement. J’ai un faible pour le format court des nouvelles, qui permet d’aller d’un texte à l’autre assez rapidement (enfin, quand je parle de rapidité, tout est relatif pour un auteur). J’ai en projet l’écriture de 3 romans, mais c’est un recueil de nouvelles qui occupe mon temps libre en ce moment.

Pourquoi l’horreur ? C’est une question que je me suis moi-même posée à plusieurs reprises. J’ai lu un article écrit par un psychiatre, il y a plusieurs années. Il disait que les auteurs ou scénaristes d’histoires d’horreur sont en fait de grands trouillards qui aiment jouer à se faire peur, tout en gardant le contrôle, un peu comme une auto psychothérapie.  Ce serait aussi une façon de se rassurer : puisque c’est moi qui écris l’histoire, puisque je suis celui qui crée ces monstres, ils n’existent forcément pas et ne vivent que dans mon imagination ! Je ne sais pas s’il a raison, mais il est vrai que j’étais une jeune enfant à l’imagination débordante, qui voyait des créatures monstrueuses un peu partout dans l’obscurité ou sous mon lit ! Je ne suis pas la seule, presque tous les enfants ont ce genre de peurs.

En réalité, j’ai toujours aimé le théâtre (j’aurais adoré être actrice) et écrire ces horribles histoires est une façon de les vivre au travers de personnages, de faire monter mon adrénaline en vivant d’autres vies hors du commun. Une façon de s’échapper de la monotonie de toute vie « traditionnelle », aussi riche soit-elle, mais sans courir le moindre danger. Finalement, en y réfléchissant, c’est bien une réponse de trouillarde, ce psy a peut-être raison, après tout !

J’espère que mes réponses te satisfont, Ebediah.

Ebediah : J’aime quand on me répond à cœur ouvert, et ce, sans qu’une goutte de sang ne soit versée. Je te remercie. Je vais maintenant te parler d’un sujet qui a récemment croisé mon regard, j’ai ouï dire qu’un de tes textes va être publié dans une anthologie. Je connais son titre, Le Cysgodion. Sans en révéler l’intrigue, peux-tu m’en dire un peu plus sur ce texte ?

Gaëlle Dupille : Ta question s’enchaîne à merveille avec ma réponse précédente, puisqu’il y est question d’un monstre caché sous le lit de Simon, un jeune Québécois de 10 ans. Le Cysgodion est le nom de cette créature, qui va rapidement demander au jeune garçon de lui rendre des services bien particuliers s’il veut rester en vie. C’est une histoire très sombre, surtout destinée aux amateurs d’horreur. C’est aussi ma façon de rendre hommage à un épisode de la « Cinquième Dimension » intitulé « L’ombre de la nuit » et  m’avait fichu une trouille bleue quand j’étais petite !

Cette nouvelle figurera dans l’anthologie « Les Contes de l’Ombre ».

Ebediah : Ombre, nuit, horreur, monstre. Au moins, le lecteur sait à quoi s’attendre en lisant tes histoires. Nous sommes bientôt arrivés à la fin de cet interrogatoire. Quittons un instant ce monde ténébreux et parle-nous de la femme qui se cache derrière le masque d’un auteur de mauvais genres. Comment es-tu perçue par tes proches, les gens qui savent que tu écris des histoires sombres, très très noires ?

Gaëlle Dupille : Étrangement, les gens sont souvent surpris lorsqu’ils découvrent que je suis auteure et plus encore lorsque je leur raconte les thèmes de mes écrits. Il paraîtrait que j’ai l’air trop sage et trop gentil pour écrire de telles horreurs ! Écrivain ? Mais pourtant je porte des vêtements de « vraie » femme et du maquillage ? Les auteures des littératures de l’imaginaire ne sont-elles pas des folles alcooliques, difformes, échevelées et au regard perdu ? Et bien il faut croire que non ! Les stéréotypes ont la vie dure…  Je suis donc « sage » à l’extérieur, mais à l’intérieur, pourtant, ça bouillonne !

Ma famille (qui me connaît bien) n’a jamais été étonnée par mon penchant pour les histoires sombres et glauques. Il semble que pour eux, cela ait été naturel. Quant à ma propre mère, c’est elle qui m’a transmis sa passion pour le fantastique et l’horreur… Elle est franchement ravie que je n’écrive pas des histoires dégoulinantes de guimauve.

Mon conjoint Canadien est, lui aussi, un grand amateur d’histoires d’horreur, tout comme mes amis, qu’ils soient eux-mêmes auteurs ou non. Je suis donc bien entourée.

Dans la vie de tous les jours, je suis malgré tout une femme normale, qui aime la marche en forêt, le yoga, les voyages, la cuisine (j’adore cuisiner, en réalité et j’ai même reçu un prix culinaire pour un gâteau dont j’ai imaginé la recette, en 2007 !), les chats (surtout les noirs), les orages et la musique (avec un gros faible pour The Editors, The Pogues, The Clash,  Rob Zombie et The Cure). Chose un peu étrange, je l’avoue : j’adore mes cauchemars, même les plus effrayants, puisque 90 % de mes nouvelles ou romans en sont directement inspirés…

Ebediah : Ah ah ah. Quand j’entends ça, je me dis que Monsieur Poirier (tu sais de qui je parle), un homme que tu as eu comme voisin et John, un autre fossoyeur, comme instituteur, doit avoir eu sur toi (et John) une drôle d’aura. D’ailleurs, penses-tu que des personnes que tu croises dans ta vie possèdent ce don d’influer sur ce que tu deviendras ? Si tu réponds rapidement, alors je délierai tes liens et tu pourras repartir sans craindre pour ton existence.

la-premic3a8re-colonie-copie

Gaëlle Dupille : Ah, monsieur Poirier et sa casquette à carreaux ! Un sacré phénomène et un homme très sympathique, en tant que voisin, en tout cas. Je me souviens de son humour cinglant ! Un dimanche, des Témoins des Jéhovah avaient sonné à sa porte pour lui dire que « Jésus avait un message pour lui ». En bon militant communiste et athée, il leur avait répondu du tac au tac « Qu’il le laisse dans ma boîte aux lettres ». J’étais très jeune à l’époque, mais ça m’avait fait mourir de rire !  Pour la petite histoire, j’adorais son fox-terrier (Philémon), même si tout le monde s’en fiche complètement !

De nombreuses personnes que j’ai croisées dans ma vie l’ont effectivement influencée, j’en suis convaincue. Par exemple, avoir revu mon vieil ami Olivier (que je salue !) m’a inspiré mon premier roman (sur lequel je retravaille actuellement) et m’a donné envie de devenir officiellement auteure. Avoir croisé le chemin des Fossoyeurs de Rêves a décuplé mon envie d’écrire et m’a rassurée sur la normalité (relative) des idées folles qui me trottent dans la tête. Ma prof d’anglais de 6ème (une harpie) m’a donné l’envie d’être bilingue (ce qui est désormais le cas) le jour où elle m’a dit que je n’arriverais jamais à aligner 2 mots d’anglais ! Mon bilinguisme m’a permis de rencontrer mon conjoint, anglophone, qui lui-même a beaucoup changé ma vie et influencé mes écrits ou mes idées en général (je l’en remercie, d’ailleurs).

Ce que je suis est indiscutablement le résultat de rencontres, bonnes ou mauvaises, mais j’aime à croire que même les mauvaises avaient une raison menant à un résultat positif. Je pense aussi qu’aucune rencontre marquante n’est le fruit du hasard. Je suis convaincue que tout est planifié et que chaque rencontre importante est une nouvelle pièce de notre gigantesque puzzle cosmique. Il y a certaines personnes que l’on doit croiser, c’est « obligatoire » et la vie nous fait les recroiser si on les a manquées une première fois.

C’est le cas de l’auteur Jean-Marc Renaudie, qui était presque mon voisin, qui a été à l’école à côté de la mienne durant une décennie et que j’ai « recroisé » 20 plus tard sur un site littéraire et avec qui j’ai sympathisé, sans même savoir que l’on venait de la même insignifiante petite ville. Pourquoi ? Lui ou moi devons être une pièce d’un puzzle, sans doute, peut-être même celui de quelqu’un d’autre, qui sait ?  Et tout cela est planifié par qui, par quoi ? Comme la plupart des gens, j’aimerais bien le savoir…

Je peux partir maintenant ? C’est vrai ?

Ebediah : Merci à toi, Gaëlle. Tu peux repartir tranquille…

Son site : http://gaelledupille.wordpress.com/
Site de l’imaginarius (son webzine) : http://imaginariuswebzine.wordpress.com/
Site du collectif d’auteurs « Les fossoyeurs de rêves » : http://lesfossoyeursdereves.wix.com/officiel

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s