Déclin

Préambule : définition

D’après le Trésor de la Langue Française

Substantif masculin.

Action de décliner (confer décliner1 ); résultat de cette action.

 B.—  [Avec une idée de perte de vitalité]

  1. [À propos d’une personne] Fait de perdre de sa force et de glisser vers la mort. Soleil, (…) maintenant que ma course rapide est sur son déclin, viens éclairer mon couchant d’un rayon de tes aurores éternelles (JACQUES-HENRI BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Harmonies de la nature, 1814, page 159) :
  2. La pluralité des êtres vivants sont soumis à la nécessité inflexible de la mort. Au bout d’un temps de fonctionnement (…) ils s’affaiblissent, dégénèrent, et finissent par périr, soit d’une mort naturelle qui n’est que la conclusion de leur déclin, soit d’une mort accidentelle qu’a favorisée la baisse de leur résistance.

JEAN ROSTAND, La Vie et ses problèmes,  1939, page 109.

 Par extension.  [À propos d’un groupe de personnes] :

  1. Il est donc naturel que les peuples, comme tout ce qui est vivant, aient leurs périodes de croissance et de déclin, miroir des saisons et des heures. La jeunesse répond au matin et au printemps, la maturité de l’âge à l’été et au milieu du jour, la vieillesse au soir et à l’automne.

LOUIS MÉNARD, Rêveries d’un païen mystique,  1876, page 130.

1

Dom

Avant d’écrire une histoire comme celle-ci, je me devais de prendre certaines décisions. La première, sans doute l’une des plus importante, car symbolique, tient en quelques mots : choix du prénom du personnage principal.

J’ai effectué des recherches sur le net, j’ai tapé prénom le plus porté en France, et le résultat est tombé très rapidement, en 0,21 seconde. Sur les 645 000 résultats, mon choix s’est fixé sur la deuxième entrée et là j’ai découvert que Jean était le prénom masculin le plus usité dans l’Hexagone. Sauf que, parmi les 1 286 041 existant, je ne connais aucun Jean. Alors j’ai parcouru d’un coup d’œil la liste des 90 postulants de la première page et en lisant l’ensemble des prénoms j’ai réalisé que mon personnage principal devait représenter la palette la plus large possible et ne pas écarter un sexe au détriment d’un autre.

Michel était un bon parti, avec 702 061 hommes et 123 055 femmes, mais je n’avais aucune envie d’écrire le prénom ainsi, Michel(le), tout au long de l’histoire. J’ai continué de fouiller.

Après mûre réflexion, j’ai opté pour Dominique. Pourquoi me direz-vous ? Je tenais à choisir un prénom commun, non pas quelconque, mais véritablement un nom commun, au premier sens du terme : la plus grande partie. Et avec Dominique je recouvrais d’un coup le champ masculin et féminin. Certes ce prénom est seulement huitième dans la liste, mais il représente 415 998 personnes ayant une moyenne d’âge de 56,1 ans. Le point faible de ce prénom est le pourcentage en rapport des 66,03 millions de Français, il frôle les 0,5 pourcent. Jean, le mieux placé ne dépasse pas 2, donc au final, Dominique ce n’est pas si mal.

Au-delà des chiffres, il existe un point humain, positif, qui balaie tout le reste. Je connais une Dominique, elle doit être dans ces âges et appréciera sûrement de voir son prénom endosser le rôle principal d’une histoire jouxtant l’Histoire.

Maintenant qu’il a un prénom, le héros ou héraut, tout dépendra de la manière dont vous aborderez la suite, ne sera pas un enfant de chœur, il aura un cœur et tentera, au travers de son regard, de vous décrire ce qu’il voit et pour résumer sa pensée : le déclin est là.

Oiseau de mauvais augure pour certains, prophète pour d’autres ou tout simplement un illuminé pour beaucoup, Dominique ne vacillera pas en décryptant les événements. La langue de bois, il l’a connue dans le passé, et aujourd’hui, avec le Big C qui le ronge, le temps des pincettes est dépassé. Il aime raconter que ces mots sont des électrochocs, seulement parfois ils tuent, mais ça, c’est la vie.

Avant de poursuivre et d’entrer dans le vif du sujet, un second choix se présente. Celui du narrateur.

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La bête

Tout a commencé voilà quatre jours. Mais avant de poursuivre, je vais vous préciser la situation qui est la mienne actuellement : je n’écris plus depuis six mois environ, pour diverses raisons, dont la principale est un problème de santé. Alors depuis ce que je nommerai, une convalescence forcée, je n’ai quasiment pas touché à mon ordinateur portable… du moins, jusqu’à il y a quatre jours justement.

J’en reviens au début : tout a commencé voilà quatre jours, le matin, au réveil. J’en ignore encore la raison, mais durant cinq minutes, j’ai perdu la vision du côté droit. Pas complètement, un filet jaunâtre a persisté pendant le mini black-out. Je suis immédiatement descendu pour prévenir mon épouse, mais avant que je puisse ajouter quelques maux de plus à son inquiétude, j’ai senti, ce que je nomme la bête, gronder dans ma tête.

La bête est en quelque sorte un cousin lointain de l’imagination, un proche parent de la création et surtout, le reflet du Diable. Elle m’a accompagné des nuits entières, quand, encore jeune, j’ai couché des centaines d’histoires sur mon clavier. La bête est une dévoreuse de temps, un monstre qui se glisse dans les songes et vient vous tirer par les pieds quand la nuit vient. Elle mord et lâche très rarement, et la plupart du temps, quand elle revient à l’attaque, la fulgurance est au rendez-vous. La fulgurance des histoires, j’entends.

C’est donc en descendant les marches, alors que je m’apprêtais à raconter à ma femme ma perte de vision, que la bête s’est manifestée. Au départ, j’ai senti un grondement sourd au creux de mon estomac, sans doute à cause de l’odeur du pain grillé montant depuis la cuisine, puis mes mains ont commencé à se rétracter à plusieurs reprises, la douleur s’infiltra jusqu’aux poignets. Je ne saurais vous la décrire sans en ressentir le souvenir, alors je m’abstiendrai. À cet instant, je sus qu’il n’était plus question de partir m’asseoir pour prendre le petit déjeuner, une mission autre m’attendait : écrire une histoire. Quel qu’en soit le prix à payer, je devais m’attabler à mon bureau et allumer mon PC et reprendre la route de l’écriture à l’endroit où elle m’avait abandonné six mois plus tôt.

En plus d’être imprévisible, la bête est cruelle aussi. Sur l’écran, un dossier « Projets en cours » me narguait, je pensais à mes zombies, mes vapeurs d’alcool, ma nitroglycérine et, les ignorant, j’ouvris un nouveau document vierge avec pour unique titre : La bête.

Depuis ce jour, je n’ai pas couché la moindre ligne.

En fait, si, j’ai écrit et j’ai effacé au fur et à mesure. Une nouvelle force m’habitait mais paradoxalement j’étais incapable de la maîtriser. Tout s’est accéléré les vingt-quatre dernières heures. La nuit dernière, une douleur m’a tiré de mon sommeil. Elle courrait de l’omoplate gauche à la droite, en passant par les cervicales. J’ai jeté un œil à mon téléphone portable : 3 h 15 et impossible de me rendormir. Se positionner sur l’un ou l’autre des côtés s’avérait être impossible, du fait de la douleur alors j’ai gardé les yeux ouverts en direction du plafond et j’ai songé à l’écriture, comme très souvent.

Mon esprit s’est attardé sur un appel à textes concernant La Route, et là, sans prévenir, j’ai été assiégé physiquement par un flot d’images. Des craquements ont retenti au niveau de mon cou, comme si une main invisible saisissait ma colonne vertébrale pour la tirer en arrière. Dire que je n’ai rien ressenti serait vous mentir, j’ai souffert le martyre, tandis qu’en parallèle des silhouettes isolées les uns des autres se dessinaient sur des îlots de terre, la scène était surplombée d’un ciel de plomb. Au milieu des formes humaines, j’entrevis des monceaux de pavés plus ou moins importants, chaque personnage possédait son lot de pierres. Leurs visages dénotaient de l’incompréhension plus que de l’inquiétude, mais rapidement, le film se déroula, entraînant les corps dans un cortège d’émotions intenses. Au fond, je savais ce qu’il allait advenir d’eux, la bête était en train de me dicter la marche à suivre pour écrire l’histoire, mais, car il y a un mais, je n’avais aucune envie de m’attarder sur cette fiction. Pourquoi ? Je crois qu’un questionnement plus profond m’empêchait d’accomplir ma tâche. Quand je s’attardais, ne serait-ce que deux minutes, sur les événements qui déchiraient l’humanité, l’interrogation suivante remontait à la surface de mes pensées : Est-ce que mes écrits valent encore la peine d’exister ?

La réalité s’est dérobée sous mes pas quand je me suis répété cela plusieurs fois. La bête m’a serré les tripes et je crois bien que j’ai crié. Au réveil, ma femme, qui n’avait rien entendu, s’est levée pour partir au travail sans se douter une seule seconde que son mari se rapprochait dangereusement de l’asile psychiatrique. Car c’est bien de ça qu’il est question aujourd’hui, non pas des douleurs incessantes, .mais de ma santé mentale.

Je me vois mal, à l’heure où j’écris ces mots dans le document créé voilà quatre jours, raconter à mes proches qu’une bête s’amuse à me torturer, m’obligeant à écrire des histoires d’une noirceur diabolique. Est-ce qu’ils seraient dans la capacité de discerner les doigts glissant sous mon épiderme ? Moi, je les distingue sans problème, ils n’arrêtent pas d’aller et venir, m’obligeant à presser les touches. J’ai beau fermer les yeux, j’entends les phrases se tisser dans mes tympans, je perçois les cris d’un enfant tentant d’échapper aux dents en lames de rasoir des poissons occupant les eaux sombres. Je n’ose songer à ma femme, quand elle rentrera, mais inexorablement, le douleur façonne ses traits au fond de mon être. Qui trouvera-t-elle assis derrière l’écran ? Je n’ai plus aucun doute maintenant. La bête, qui m’a si souvent aidé, est devenue aujourd’hui un organisme conquérant, qui n’a qu’une envie, me dévorer, prendre ce qu’il reste de moi et occuper l’espace vacant. Peut-être arrivera-t-il à atteindre ce que je n’ai pu faire avant le suicide de mon pseudo. Adviendra ce qu’il adviendra.

La bête est là.

 John Steelwood – 27 Janvier 2015 17h30-19h15

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1984

Orwell, au travers de son oeuvre 1984, livre publié en 1949 et considéré comme un roman d’anticipation, a pointé du doigt une dictature de la pensée qui ne cesse aujourd’hui de se dessiner autour de nous.  Quand on se concentre sur les événements qui émaillent le monde, on constate que la fiction est en passe de dépasser la réalité, de manière plus violente, plus cruelle. Orwell a dépeint une société où l’homme est devenu un être décérébré, vivant sous l’emprise de l’œil de Big Brother. De nos jours, ces mêmes personnages décérébrés sont vos voisins, des inconnus, des proches, Vous : ils ont tous comme point commun un abrutissement recouvrant d’œillères leurs regards .

L’homme (du plus pauvre en passant par la classe moyenne) n’est plus maître de son destin, sa liberté n’est qu’un leurre. Mais au final, l’homme a-t-il été libre un jour ? Un peu plus qu’aujourd’hui, un peu moins que demain : la différence entre hier et maintenant se cache dans ce confort, funeste écran de fumée révolutionnant la vie des ménages, qui apporte la sensation de ne pas subir et de penser que la vie d’avant « était plus difficile ». En fouillant un peu, on s’aperçoit qu’1 % des hommes tiennent les rênes et décident pour l’ensemble, non pas pour le bienfait des 6 milliards d’individus, mais pour leurs portefeuilles personnels, pour leur bien être. Alors quoi de mieux, pour tenir toute cette population en laisse, qu’un nivellement de la culture vers le bas. Quoi de mieux qu’une simplification massive pour éviter que le citoyen lambda réfléchisse. Réfléchir est dangereux, les 1% l’ont parfaitement compris. Orwell l’a parfaitement compris lui aussi. Voici un petit extrait de 1984 concernant cette simplification, caricaturale, qui nous tend les bras…

1984

Le novlangue était destiné, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but. […]

Les mots novlangues étaient divisés en trois classes distinctes, connues sous les noms de vocabulaire A, vocabulaire B (aussi appelé mots composés) et vocabulaire C. Il sera plus simple de discuter de chaque classe séparément, mais les particularités grammaticales de la langue pourront être traitées dans la partie consacrée au vocabulaire A car les mêmes règles s’appliquent aux trois catégories.

Vocabulaire A. – Le vocabulaire A comprenait les mots nécessaires à la vie de tous les jours, par exemple pour manger, boire, travailler, s’habiller, monter et descendre les escaliers, aller à bicyclette, jardiner, cuisiner, et ainsi de suite…[…] Il eût été tout à fait impossible d’employer le vocabulaire A à des fins littéraires ou à des discussions politiques ou philosophiques. Il était destiné seulement à exprimer des pensées simples, objectives, se rapportant en général à des objets concrets ou à des actes matériels. […]

Vocabulaire B. – Le vocabulaire B comprenait des mots formés pour des fins politiques, c’est-à-dire des mots qui, non seulement, dans tous les cas, avaient une signification politique, mais étaient destinés à imposer l’attitude mentale voulue à la personne qui les employait. […]

Mais la fonction spéciale de certains mots novlangue comme ancipensée, n’était pas tellement d’exprimer des idées que d’en détruire. On avait étendu le sens de ces mots, nécessairement peu nombreux, jusqu’à ce qu’ils embrassent des séries entières de mots qui, leur sens étant suffisamment rendu par un seul terme compréhensible, pouvaient alors être effacés et oubliés. […]

D’innombrables mots comme : honneur, justice, moralité, internationalisme, démocratie, science, religion, avaient simplement cessé d’exister. Quelques mots-couvertures les englobaient et, en les englobant, les supprimaient.  […]

Comparé au nôtre, le vocabulaire novlangue était minuscule. On imaginait constamment de nouveaux moyens de le réduire. Il différait, en vérité, de presque tous les autres en ceci qu’il s’appauvrissait chaque année au lieu de s’enrichir. Chaque réduction était un gain puisque, moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir. […]

Vocabulaire C. – Le vocabulaire C, ajouté aux deux autres, consistait entièrement en termes scientifiques et techniques. Ces termes ressemblaient aux termes scientifiques en usage aujourd’hui et étaient formés avec les mêmes racines. Mais on prenait soin, comme d’habitude, de les définir avec précision et de les débarrasser des significations indésirables. Ils suivaient les mêmes règles grammaticales que les mots des deux autres vocabulaires.

Très peu de mots du vocabulaire C étaient courants dans le langage journalier ou le langage politique. Les travailleurs ou techniciens pouvaient trouver tous les mots dont ils avaient besoin dans la liste consacrée à leur propre spécialité, mais ils avaient rarement plus qu’une connaissance superficielle des mots qui appartenaient aux autres listes. […].

On voit, par ce qui précède, qu’en novlangue, l’expression des opinions non orthodoxes était presque impossible, au-dessus d’un niveau très bas. […]

Lorsque l’ancilangue aurait, une fois pour toutes, été supplanté, le dernier lien avec le passé serait tranché. L’Histoire était récrite, mais des fragments de la littérature du passé survivraient çà et là, imparfaitement censurés et, aussi longtemps que l’on gardait l’ancilangue, il était possible de les lire. Mais de tels fragments, même si par hasard ils survivaient, seraient plus tard inintelligibles et intraduisibles.  […]

Une grande partie de la littérature du passé était, en vérité, déjà transformée dans ce sens. Des considérations de prestige rendirent désirable de conserver la mémoire de certaines figures historiques, tout en ralliant leurs œuvres à la philosophie de l’angsoc. On était en train de traduire divers auteurs comme Shakespeare, Milton, Swift, Byron, Dickens et d’autres. Quand ce travail serait achevé, leurs écrits originaux et tout ce qui survivait de la littérature du passé seraient détruits.

…

L’acte d’écrire

Tenter de combler un incommensurable vide, chercher les pièces, le chaînon manquant à son existence, pour garder l’esprit à flot : tel est le chemin qui me guide dans l’écriture depuis toujours. Alors je martèle, je coupe, je hache, je construis et détruis des vies factices, des ersatz d’existences, tout simplement pour avancer dans un dédale de mots, de phrases, de périphrases, le tout s’amoncelant à devenir un bourbier infect où parfois je m’enfonce. Respirer entre les virgules, s’arrêter le temps d’un point, d’un coup de poing dans le cœur, s’arrêter une minute, un jour, le plus souvent des semaines, avant de repartir plus fort encore, l’esprit plus aiguisé qu’un scalpel, le verbe prêt à coucher des textes sur papier.

Comme à chaque redémarrage de la machine, au départ, tout est confus. Un brouillard opaque m’empêche de discerner ce qu’il se passe au-delà de mon imagination, puis la bête commence à cracher des lettres, elles s’entrechoquent, se cognent, saignent. L’ensemble s’harmonise peu à peu. Rapidement, je me décale de la réalité et j’abandonne mes mains à cet être qui me surplombe, qui me regarde d’un je-ne-sais-où. La plupart du temps, je crois tenir les rênes, mais au final, j’ignore dans quelle contrée il m’entraîne. Je n’ai d’autres choix que le suivre, aveuglément, en toute confiance.

L’écriture est ma canne blanche.

Il n’est pas simple d’écrire, il est simple de faire semblant, de croire que l’on sait, de se méprendre sur ce que l’on vaut véritablement. Écrire est un acte fort qui demande à ouvrir son âme, à l’étaler sur la table et à la disséquer, mais attention, à ne jamais la blesser. Les raisons de s’épancher en prose sont nombreuses, souvent futiles et malvenues, l’important est de raconter ce qui est cousu sur le cœur, ne pas tromper le lecteur, rester vrai… tout en sachant manier le mensonge comme personne.

Entremêler les personnages, les lieux. Démêler au fil des chapitres l’intrigue tout en gardant en haleine la personne qui tient le livre. Garder à l’esprit que l’histoire ne nous appartient plus, dès lors qu’elle est terminée. Voilà à quoi il faut se préparer. Parfois le désert me happe, et le plus souvent, c’est la vie qui est responsable de cet état de fait. Alors dans ces instants de solitude indescriptible, il faut tenir la barre, ne pas sombrer, plonger son regard loin, très loin dans l’horizon et espérer en ressortir entier et vivant. Vivant surtout. Abandonner un bout de chair est quelque fois souhaitable pour rejoindre la terre ferme.

L’écriture est ma bouteille d’oxygène, mon opium et ma malédiction, le tout en même temps. Un ensemble de contradictions qui me maintient sur un fil traversant le grand canyon. Les vents soufflent, c’est certain. Les gens poussent aussi, c’est humain. Alors parfois j’avance, parfois je tombe, parfois je meurs. Aujourd’hui, je me relève et je regarde avec une certaine appréhension mon clavier. Va-t-il cliqueter comme avant ? J’ose l’espérer, car l’écriture est mon Tout. J’ai des projets plein le crâne, beaucoup ne s’affilient pas au Fantastique, beaucoup sont ancrés dans la réalité, dans ce monde en ébullition.

À ce jour, j’ai cessé de me répéter « à quoi ça sert d’écrire avec cette société qui part en sucette ? ».  J’ai pris acte de la connerie humaine environnante, alors je ne vais pas m’arrêter là, et ce quelque soient les coups que je prendrai. Je resterai digne, debout et je poursuivrai mon sacerdoce, jusqu’à ma fin. Ceux qui le souhaitent pourront venir cracher sur ma tombe quand je ne serai plus, mais attention, d’un coup  de main habile je vous saisirai le mollet sans regret et vous enverrai moisir dans les basses fosses pour l’éternité.

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Les réseaux sociaux

Les réseaux sociaux, tel Facebook, ont pour moi fait leur temps. Présent sur la plateforme de Mark Zuckerberg depuis 2010 afin de prendre contact avec des personnes du monde de l’édition, j’ai en 2015 une lassitude bien ancrée et le plaisir de surfer sur « FB » n’est plus là.

À cela plusieurs raisons :

1 – L’outil Facebook n’est pas (plus ?) adapté à mes envies. Liker c’est bien, mais insuffisant, car trop souvent un like prête à confusion du fait du sujet abordé. Donner son avis ne m’inspire plus, car il n’y a pas pire, quand on donne son opinion, que les réseaux sociaux. Aussitôt une horde nous tombe sur le paletot et s’échine à nous étriper parce que vous n’êtes pas du même avis. Je n’ai jamais été autant insulté dans mon existence en dehors des RS. Dans la vie réelle, heureusement, cela ne se déroule pas ainsi, sinon il y aurait des batailles à tous les coins de rues. M’inviter à des événements c’est « cool », mais la plupart du temps je zappe ces derniers, car impossible de les gérer de manière efficace.

2 – Les RS sont chronophages, ce n’est pas nouveau et quand le temps manque inexorablement, alors les réseaux sociaux deviennent un outil futile, voir contre-productif.

3 – J’écris, du moins je m’y attelle le plus souvent possible. Et  avec le recul, après 5 années à naviguer dans les affres des RS, je me rends compte que l’efficacité n’est plus là. Certes, les RS ont des atouts, un contact rapide, une capacité de proposer des informations de manière continuelle, mais rien ne vaut le terrain, les rencontres réelles. L’humain.

Pour moi, les RS resteront pour la suite un simple outil où je viendrai présenter mon travail. Vendre ? Non, j’ai vendu très peu via le net, et quasiment pas sur Facebook, alors quitte à dépenser mon temps pour promouvoir des livres, je le ferai via mon site et les lieux où je me rendrai.

Autre point, qui recoupe avec la réalité, est le dialogue via messagerie ou via les posts, avec d’autres interlocuteurs. J’ai rencontré trop souvent des gens parler à ma place. Certes, cela est arrivé dans le réel et cela arrivera encore, mais pas à ce niveau. Les RS ont cette force (si je puis m’exprimer ainsi) de grossir les traits, les défauts, et telle une loupe, placée au-dessus d’une feuille, concentre les rayons sur un point jusqu’à y mettre le feu.

Je n’ai plus envie de perdre mon temps en explications. Il y aura deux catégories de personnes, celle qui comprendra et l’autre. Les RS ne me conviennent plus, pas dans la façon dont ils sont utilisés aujourd’hui, alors c’est pourquoi j’y viendrai moins souvent. C’est déjà la cas depuis six mois. Je vais, non pas me couper du monde, mais me rapprocher d’un monde que j’ai délaissé trop longtemps. H2NO n’a pas vu le jour, je n’ai aucune raison à donner, aucune raison non plus de m’expliquer. Certains l’ont fait pour moi, certains m’ont dit de le faire, certains… Certains aiment tant parler pour les autres. Peu de personnes savent pourquoi je suis absent, peu de personnes savent combien je suis une personne qui n’aime pas me battre (je suis et je resterai un pacifique). Personne n’aime les conflits, moi je tente de les désamorcer, quand cela est encore possible, mais quand le dialogue est inexistant, quand on vous bloque, quand on vous vire, alors à quoi bon discuter, à quoi bon s’expliquer ? C’est l’effet FB. Dans la réalité, on ne peut occulter les gens, les retirer de notre champ de vision, dans la vraie vie, on se confronte et on prend ses responsabilités.

J’ai connu une époque où on tentait de pisser plus loin que son voisin, mais c’était il y a longtemps, quand je n’étais qu’un gosse. Je ne vais m’attarder plus longtemps, certaines cicatrices font mal, même quand elles sont refermées. Je vais poursuivre l’écriture, à l’ancienne, tranquille mimille, planté derrière mon écran et je vais continuer de soumettre mes textes.

Je vous dis à bientôt via mon blog et épisodiquement sur FB.

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J’enfile mes baskets et je sors dans la rue. Je vois des silhouettes et des gens marcher, se diriger d’un point A vers un quelconque point XYZ. Que pensent-ils ? A quoi songent ces hommes, ces femmes, qui déambulent ? Sont-ils conscients que le monde est prisonnier entre leurs mains, qu’ils détiennent les clefs, mais n’osent s’en servir ? Réalisent-ils qu’ils ne sont que des instruments utilisés par les puissants et ce depuis des décennies, des siècles ? On compare très souvent l’homme au mouton, à la bête qui avance dans le couloir de l’abattoir et qui penche la tête, les yeux perdus dans le vague. Une généralité d’une tristesse incroyable. Une généralité qui condamne trop le peuple, réduisant au fil des ans son identité, sa force motrice, sa liberté… Ah, la liberté. Quand je marche dans la rue et que je regarde tout ce monde, je me rends bien compte qu’elle n’est qu’illusion, qu’elle est devenue un prétexte qui nous fait croire que l’on vit vraiment. Quand j’avance, j’entends le bruit des chaînes, elles tintent, s’entrechoquent, mais personne n’y prend garde. Personne, même moi, car chaque bruit rendu par le métal est comme un torrent de lave s’engouffrant dans mon gosier. Je souffre. Je sens le soufre. Celui d’une démocratie invisible, celui d’une réalité biaisée par les médias, les discours politiques, l’indifférence générale. Nous avançons tous ensemble, chacun de notre côté. Un jour le bateau prendra l’eau, alors à ce moment, il faudra écoper. N’apprenons-nous pas de nos erreurs, du passé ? Je ne parle pas de nostalgie, mais de devoir de mémoire, pour nous, mais surtout pour nos enfants, héritiers de ce monde en suspend.

Jean-Marc Renaudie
Vision du monde