L’acte d’écrire

L’acte d’écrire

Tenter de combler un incommensurable vide, chercher les pièces, le chaînon manquant à son existence, pour garder l’esprit à flot : tel est le chemin qui me guide dans l’écriture depuis toujours. Alors je martèle, je coupe, je hache, je construis et détruis des vies factices, des ersatz d’existences, tout simplement pour avancer dans un dédale de mots, de phrases, de périphrases, le tout s’amoncelant à devenir un bourbier infect où parfois je m’enfonce. Respirer entre les virgules, s’arrêter le temps d’un point, d’un coup de poing dans le cœur, s’arrêter une minute, un jour, le plus souvent des semaines, avant de repartir plus fort encore, l’esprit plus aiguisé qu’un scalpel, le verbe prêt à coucher des textes sur papier.

Comme à chaque redémarrage de la machine, au départ, tout est confus. Un brouillard opaque m’empêche de discerner ce qu’il se passe au-delà de mon imagination, puis la bête commence à cracher des lettres, elles s’entrechoquent, se cognent, saignent. L’ensemble s’harmonise peu à peu. Rapidement, je me décale de la réalité et j’abandonne mes mains à cet être qui me surplombe, qui me regarde d’un je-ne-sais-où. La plupart du temps, je crois tenir les rênes, mais au final, j’ignore dans quelle contrée il m’entraîne. Je n’ai d’autres choix que le suivre, aveuglément, en toute confiance.

L’écriture est ma canne blanche.

Il n’est pas simple d’écrire, il est simple de faire semblant, de croire que l’on sait, de se méprendre sur ce que l’on vaut véritablement. Écrire est un acte fort qui demande à ouvrir son âme, à l’étaler sur la table et à la disséquer, mais attention, à ne jamais la blesser. Les raisons de s’épancher en prose sont nombreuses, souvent futiles et malvenues, l’important est de raconter ce qui est cousu sur le cœur, ne pas tromper le lecteur, rester vrai… tout en sachant manier le mensonge comme personne.

Entremêler les personnages, les lieux. Démêler au fil des chapitres l’intrigue tout en gardant en haleine la personne qui tient le livre. Garder à l’esprit que l’histoire ne nous appartient plus, dès lors qu’elle est terminée. Voilà à quoi il faut se préparer. Parfois le désert me happe, et le plus souvent, c’est la vie qui est responsable de cet état de fait. Alors dans ces instants de solitude indescriptible, il faut tenir la barre, ne pas sombrer, plonger son regard loin, très loin dans l’horizon et espérer en ressortir entier et vivant. Vivant surtout. Abandonner un bout de chair est quelque fois souhaitable pour rejoindre la terre ferme.

L’écriture est ma bouteille d’oxygène, mon opium et ma malédiction, le tout en même temps. Un ensemble de contradictions qui me maintient sur un fil traversant le grand canyon. Les vents soufflent, c’est certain. Les gens poussent aussi, c’est humain. Alors parfois j’avance, parfois je tombe, parfois je meurs. Aujourd’hui, je me relève et je regarde avec une certaine appréhension mon clavier. Va-t-il cliqueter comme avant ? J’ose l’espérer, car l’écriture est mon Tout. J’ai des projets plein le crâne, beaucoup ne s’affilient pas au Fantastique, beaucoup sont ancrés dans la réalité, dans ce monde en ébullition.

À ce jour, j’ai cessé de me répéter « à quoi ça sert d’écrire avec cette société qui part en sucette ? ».  J’ai pris acte de la connerie humaine environnante, alors je ne vais pas m’arrêter là, et ce quelque soient les coups que je prendrai. Je resterai digne, debout et je poursuivrai mon sacerdoce, jusqu’à ma fin. Ceux qui le souhaitent pourront venir cracher sur ma tombe quand je ne serai plus, mais attention, d’un coup  de main habile je vous saisirai le mollet sans regret et vous enverrai moisir dans les basses fosses pour l’éternité.

Je vous invite à visiter ces autres rubriques :

Chroniques de mes écrits

Bourse financière de l’humain – Human Flesh Stock Exchange

Textes et autres concoctions

Collectif des Fossoyeurs de Rêves

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