Misery – Stephen King

Fous un écrivain à poil, fais le tour de ces cicatrices, et il te racontera en détail l’histoire de la plus petite d’entre elles. Les grandes sont à l’origine de tes romans, pas l’amnésie. C’est tout à fait utile d’avoir un peu de talent pour devenir écrivain, mais la seule chose qui soit absolument indispensable, c’est la capacité de se souvenir de la moindre cicatrice.

Stephen-King-by-Shane-Leonard

1984

Orwell, au travers de son oeuvre 1984, livre publié en 1949 et considéré comme un roman d’anticipation, a pointé du doigt une dictature de la pensée qui ne cesse aujourd’hui de se dessiner autour de nous.  Quand on se concentre sur les événements qui émaillent le monde, on constate que la fiction est en passe de dépasser la réalité, de manière plus violente, plus cruelle. Orwell a dépeint une société où l’homme est devenu un être décérébré, vivant sous l’emprise de l’œil de Big Brother. De nos jours, ces mêmes personnages décérébrés sont vos voisins, des inconnus, des proches, Vous : ils ont tous comme point commun un abrutissement recouvrant d’œillères leurs regards .

L’homme (du plus pauvre en passant par la classe moyenne) n’est plus maître de son destin, sa liberté n’est qu’un leurre. Mais au final, l’homme a-t-il été libre un jour ? Un peu plus qu’aujourd’hui, un peu moins que demain : la différence entre hier et maintenant se cache dans ce confort, funeste écran de fumée révolutionnant la vie des ménages, qui apporte la sensation de ne pas subir et de penser que la vie d’avant « était plus difficile ». En fouillant un peu, on s’aperçoit qu’1 % des hommes tiennent les rênes et décident pour l’ensemble, non pas pour le bienfait des 6 milliards d’individus, mais pour leurs portefeuilles personnels, pour leur bien être. Alors quoi de mieux, pour tenir toute cette population en laisse, qu’un nivellement de la culture vers le bas. Quoi de mieux qu’une simplification massive pour éviter que le citoyen lambda réfléchisse. Réfléchir est dangereux, les 1% l’ont parfaitement compris. Orwell l’a parfaitement compris lui aussi. Voici un petit extrait de 1984 concernant cette simplification, caricaturale, qui nous tend les bras…

1984

Le novlangue était destiné, non à étendre, mais à diminuer le domaine de la pensée, et la réduction au minimum du choix des mots aidait indirectement à atteindre ce but. […]

Les mots novlangues étaient divisés en trois classes distinctes, connues sous les noms de vocabulaire A, vocabulaire B (aussi appelé mots composés) et vocabulaire C. Il sera plus simple de discuter de chaque classe séparément, mais les particularités grammaticales de la langue pourront être traitées dans la partie consacrée au vocabulaire A car les mêmes règles s’appliquent aux trois catégories.

Vocabulaire A. – Le vocabulaire A comprenait les mots nécessaires à la vie de tous les jours, par exemple pour manger, boire, travailler, s’habiller, monter et descendre les escaliers, aller à bicyclette, jardiner, cuisiner, et ainsi de suite…[…] Il eût été tout à fait impossible d’employer le vocabulaire A à des fins littéraires ou à des discussions politiques ou philosophiques. Il était destiné seulement à exprimer des pensées simples, objectives, se rapportant en général à des objets concrets ou à des actes matériels. […]

Vocabulaire B. – Le vocabulaire B comprenait des mots formés pour des fins politiques, c’est-à-dire des mots qui, non seulement, dans tous les cas, avaient une signification politique, mais étaient destinés à imposer l’attitude mentale voulue à la personne qui les employait. […]

Mais la fonction spéciale de certains mots novlangue comme ancipensée, n’était pas tellement d’exprimer des idées que d’en détruire. On avait étendu le sens de ces mots, nécessairement peu nombreux, jusqu’à ce qu’ils embrassent des séries entières de mots qui, leur sens étant suffisamment rendu par un seul terme compréhensible, pouvaient alors être effacés et oubliés. […]

D’innombrables mots comme : honneur, justice, moralité, internationalisme, démocratie, science, religion, avaient simplement cessé d’exister. Quelques mots-couvertures les englobaient et, en les englobant, les supprimaient.  […]

Comparé au nôtre, le vocabulaire novlangue était minuscule. On imaginait constamment de nouveaux moyens de le réduire. Il différait, en vérité, de presque tous les autres en ceci qu’il s’appauvrissait chaque année au lieu de s’enrichir. Chaque réduction était un gain puisque, moins le choix est étendu, moindre est la tentation de réfléchir. […]

Vocabulaire C. – Le vocabulaire C, ajouté aux deux autres, consistait entièrement en termes scientifiques et techniques. Ces termes ressemblaient aux termes scientifiques en usage aujourd’hui et étaient formés avec les mêmes racines. Mais on prenait soin, comme d’habitude, de les définir avec précision et de les débarrasser des significations indésirables. Ils suivaient les mêmes règles grammaticales que les mots des deux autres vocabulaires.

Très peu de mots du vocabulaire C étaient courants dans le langage journalier ou le langage politique. Les travailleurs ou techniciens pouvaient trouver tous les mots dont ils avaient besoin dans la liste consacrée à leur propre spécialité, mais ils avaient rarement plus qu’une connaissance superficielle des mots qui appartenaient aux autres listes. […].

On voit, par ce qui précède, qu’en novlangue, l’expression des opinions non orthodoxes était presque impossible, au-dessus d’un niveau très bas. […]

Lorsque l’ancilangue aurait, une fois pour toutes, été supplanté, le dernier lien avec le passé serait tranché. L’Histoire était récrite, mais des fragments de la littérature du passé survivraient çà et là, imparfaitement censurés et, aussi longtemps que l’on gardait l’ancilangue, il était possible de les lire. Mais de tels fragments, même si par hasard ils survivaient, seraient plus tard inintelligibles et intraduisibles.  […]

Une grande partie de la littérature du passé était, en vérité, déjà transformée dans ce sens. Des considérations de prestige rendirent désirable de conserver la mémoire de certaines figures historiques, tout en ralliant leurs œuvres à la philosophie de l’angsoc. On était en train de traduire divers auteurs comme Shakespeare, Milton, Swift, Byron, Dickens et d’autres. Quand ce travail serait achevé, leurs écrits originaux et tout ce qui survivait de la littérature du passé seraient détruits.

…

J’enfile mes baskets et je sors dans la rue. Je vois des silhouettes et des gens marcher, se diriger d’un point A vers un quelconque point XYZ. Que pensent-ils ? A quoi songent ces hommes, ces femmes, qui déambulent ? Sont-ils conscients que le monde est prisonnier entre leurs mains, qu’ils détiennent les clefs, mais n’osent s’en servir ? Réalisent-ils qu’ils ne sont que des instruments utilisés par les puissants et ce depuis des décennies, des siècles ? On compare très souvent l’homme au mouton, à la bête qui avance dans le couloir de l’abattoir et qui penche la tête, les yeux perdus dans le vague. Une généralité d’une tristesse incroyable. Une généralité qui condamne trop le peuple, réduisant au fil des ans son identité, sa force motrice, sa liberté… Ah, la liberté. Quand je marche dans la rue et que je regarde tout ce monde, je me rends bien compte qu’elle n’est qu’illusion, qu’elle est devenue un prétexte qui nous fait croire que l’on vit vraiment. Quand j’avance, j’entends le bruit des chaînes, elles tintent, s’entrechoquent, mais personne n’y prend garde. Personne, même moi, car chaque bruit rendu par le métal est comme un torrent de lave s’engouffrant dans mon gosier. Je souffre. Je sens le soufre. Celui d’une démocratie invisible, celui d’une réalité biaisée par les médias, les discours politiques, l’indifférence générale. Nous avançons tous ensemble, chacun de notre côté. Un jour le bateau prendra l’eau, alors à ce moment, il faudra écoper. N’apprenons-nous pas de nos erreurs, du passé ? Je ne parle pas de nostalgie, mais de devoir de mémoire, pour nous, mais surtout pour nos enfants, héritiers de ce monde en suspend.

Jean-Marc Renaudie
Vision du monde

« Depuis ma naissance, ma vie est donnée en pâture aux internautes via les réseaux sociaux. Photos, commentaires, vidéos. Il vous suffit d’un clic pour me connaître dans ma globalité et de vous attardez pour me découvrir dans les détails. Lorsque mes parents sont décédés, je n’avais que 12 ans et pour seul héritage, ce compte dit social. J’ai continué ce qu’ils avaient commencé et j’ai raconté ma vie, mes déboires, mes joies. Aujourd’hui, on vient de m’apprendre que j’allais mourir d’un cancer. Je n’ai pas d’enfant, personne pour entretenir cette vie virtuelle.
J’ai donc décidé de souscrire au programme « Une IA pour l’éternité ». L’ensemble de ce que je suis sera transféré d’ici deux jours dans un programme. Rien ne changera pour vous, je serai toujours présente. Je continuerai de vivre.
Je vous donne rendez-vous à la semaine prochaine. »

Texte non finalisé, John Steelwood

« Il s’avançait dans le noir, une hache à la main, prêt à fendre des os, à tailler des chairs. Peu lui importait d’être arrêté par la police, car la voix lui dirait comment agir pour s’évader, elle avait toujours trouvé les solutions à ses problèmes.
En cet instant, il préférait ne pas s’attarder sur l’après de ses actes, l’envie de tuer était trop forte. Il devait à tout prix étancher cette envie qui le brûlait de l’intérieur.
Ses mains serrèrent le manche de son arme, elles étaient sèches. Il resta un instant immobile, puis il entra dans la lumière des phares. Il n’aimait pas agir dans les ténèbres, lui, ce qu’il préférait, c’était voir le visage de ses victimes et leur regard implorant. »

Texte non finalisé, John Steelwood

« Reprendre la route. User ses chaussures sur le bitume. Croire qu’il existe un ailleurs, meilleur, moins con. Avancer et ne pas s’encombrer de la stupidité humaine. S’abandonner à son avenir et délaisser son présent. Les projets sont vastes, et méritent de survivre à ce cloaque qu’est devenu le monde. »

Vision du monde, Jean-Marc Renaudie

« Regarder le passé et découvrir qu’l ne ressemble à rien. Enfin, pas vraiment, le voir et s’apercevoir qu’il n’est qu’un tas de détritus, une déchetterie à ciel ouvert parcourut par les hommes. Car il est ce grand magasin, cette salle d’attente, ce hall froid et pesant d’un hôpital. Il est cette morgue que personne ne voit, mais que tous parcourent, il est ce lieu où les corps se décomposent au fil des jours, où les esprits s’abîment à trop vouloir y croire. »

Vision du monde, Jean-Marc Renaudie