eMortel

Je ne vous cacherai pas que les temps sont assez agréables pour mon activité professionnelle. J’exerce le métier d’entrepreneur de pompes funèbre et avec ce qui tombe en ce moment (je parle des corps de mes compatriotes évidemment), les carnets de commandes se remplissent à la vitesse grand V. Je ne sais qui je dois remercier pour l’aubaine financière, peut-être un laboratoire secret du gouvernement, peut-être un virus inconnu parvenu jusqu’à nous grâce aux échanges commerciaux. Quoi qu’il en soit, la montée en flèche de la mortalité a reboosté mon commerce. Il faut dire, depuis deux ans, avec les soins palliatifs améliorés, avec la cure de jouvence du docteur Voronoff (ancêtre du greffeur de couilles de singes), la vie, même si elle parvient toujours à son terme, avait une fâcheuse tendance à s’allonger, voire à ne jamais se terminer.

Je suis pour le partage des richesses, donc quand j’aurai ma part du gâteau, d’ici six mois, si tout se passe aussi bien que je l’espère, alors je vendrai mon activité et m’envolerai pour la Guadeloupe et ainsi prendre une retraite anticipée. J’ai écouté les informations et ils racontent que l’épidémie atteindra (d’après des experts en je ne sais quelle spécialité) son pic dans deux semaines, en attendant, je dois prendre mes précautions.

Pour survivre à l’hécatombe, je me dois d’éviter tout contact.

croquemort

En attendant que le monde se calme, j’en profite pour vous présenter l’offre incontournable du moment, notre produit-phare : eMortel. Un pied de nez à toutes ces personnes qui souhaitaient vivre éternellement. Après tout aujourd’hui, tout est « connecté », et avec notre offre, la mort l’est également. L’idée est simple, nous l’avons testée avec des confrères : eMortel a buzzé à mort aux États-Unis. Il suffit de prélever un morceau du corps, d’en extraire l’ADN et de reconstituer l’identité numérique.

Point fort pour notre congrégation : nous ne traitons plus de la main à la main, donc pas de contamination possible. Des accès Skype sont disponibles pour nous présenter et les familles, après paiements, peuvent déposer un bout de cadavre dans une boîte spéciale.

Chaque « client », après identification dans le système, sera chiffré avec une clef asymétrique. L’importance d’une telle sécurité ? Aucune profanation possible. La personne décédée se verra exister dans la sphère virtuelle jusqu’à la fin des temps.

Vous me direz : Et si internet meurt, que devient le mort ?

La réponse est simple. eMortel est composé de deux parties. La première, vous la connaissez, je viens de la présenter. La seconde est rattachée au monde physique. Nous utilisons pour cela la gravure au carborundum. La technique consiste à coller sur une surface des grains polyédriques très durs (en carbone de silicium) représentant la chaîne ADN du mort, d’autres données peuvent être implantées, mais un surcoût sera alors facturé (n’hésitez pas à vous tourner vers votre assurance, certaines prennent en charge une partie des frais). La plaque, ainsi gravée, est ensuite acheminée dans une enceinte sécurisée située au cœur de la Provence, dans l’un des deux anciens poste de commande de tir des missiles nucléaires.

J’ai eu l’occasion de visiter le site, il peut stocker jusqu’à 15 milliards de plaques eMortel.

N’hésitez donc pas à nous contacter si vous vous retrouvez face à la mort, nous serons là pour vous guider et vous accompagner dans votre peine. J’espère à très bientôt (ce n’est jamais bon de souffrir trop longtemps)

 

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Conseil lecture #1

Shining

Je démarre cette rubrique avec mon premier Stephen King, lu sur le tard, vers l’âge de 18 ans. Le billet est illustré avec la version poche que j’ai eu entre les mains à l’époque (1991).

Quatrième de couverture :

Shining, c’est Danny, l’enfant médium dont la seule présence réveille les forces maléfiques d’un palace vide et coupé du monde. C’est là qu’un destin cruel a jeté Danny et ses parents.
     C’est là que le don de l’enfant va faire surgir des monstres, des fantômes, des corps innommables. Le passé du palace maudit envahit le présent… et veut la mort de Danny. Il est seul entre une mère terrorisée et un père devenu fou…
     Shining, un film de Stanley Kubrick, un succés sans précédent : « La vague de terreur qui balaya l’Amérique ». Grand Prix du Festival d’Avoriaz.

téléchargement

 

Avec le recul, si j’avais la possibilité de redémarrer une lecture des romans de Stephen King, alors je m’orienterai en tout premier choix sur Carrie, et m’attarder sur Shining au bout du 3ème ou 4ème livre. Sans doute à cause de la force qui se dégage de l’Overlook et de ses personnages. Un roman à lire, à mettre de côté une paire d’années avant de se replonger dans l’horreur et le redécouvrir plus flippant que jamais.

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