Challenge Lovecraft

 

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Parfois il est bon de se lancer des challenges. C’est exactement ce qu’il s’est passé plus tôt dans la journée lors d’une discussion avec mon compère Fossoyeur de Rêves, Romain Billot.

Il m’a donné le nom d’un Dieu Lovecraftien : Azathoth

Des infos ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Azathoth

Maintenant, il ne me reste plus qu’à plancher sur le sujet et écrire une histoire et ainsi valider mon challenge.

Je vous en dirai plus d’ici quelques jours.

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Cher moi

Ce texte est inspiré du projet « Dear me » où a participé mon auteur fétiche : Stephen King.

À l’occasion, je mettrai à jour mon Cher Moi.

« Cher moi,

Tu es surpris, je comprends. Bientôt 40 ans et je respire encore. Toi qui croyais que tu allais mourir avant tes 25 ans. Et bien, tu t’es mis le doigt dans l’œil. Je sais que la période actuelle est des plus sombres pour toi, que tu n’as qu’une envie : partir de cette maison, loin de nos parents et ne jamais revenir, mourir, quelque part, loin des tiens. Sache que d’ici deux ans, tu vas rencontrer une personne, tu vas la considérer tel un phare, il deviendra ton meilleur ami et c’est grâce à lui que tu vas émerger lentement de cette fange qui t’entoure. Cependant, cette rencontre ne t’empêchera pas de jouer avec la mort dans ta voiture, d’ailleurs, tu la frôleras de manière physique et significative à deux reprises, dont une fois sur une corniche surplombant Monaco (tu garderas en tête l’image de la ville des années et tu écriras une nouvelle sur cette expérience, « un fauteuil pour Monsieur Ingelton »).

En écrivant cette lettre, je me dis que tu es un putain de romantique. Il suffit de voir la manière dont tu aimerais disparaître : Tu rêves de mourir comme James Dean, mais au volant d’une voiture plus modeste (et oui, petit moyen, petite auto), seulement cela ne se produira pas. Tu verras, tu fixeras cette idée au fond de ton être, celle de ne jamais te coller derrière le volant d’une voiture puissante. Tu aimes la vitesse, mais tu ne le dis pas. Elle te grise, t’attire, l’idée persiste aujourd’hui : dans les deux sens.

Tu as 16 ans, et tu es seul, tu n’as pas de petite amie, même si tu y songes. Des filles prêtes attention à toi, mais tu sembles ne rien voir, surtout les blondes. Les blondes te révulsent et tu ne sais pas encore pourquoi. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Comprendre te fera grandir. Tout ce qui t’entoure n’est que ténèbres et mort. Tu ne vis pas dans la même réalité que les autres. Tes amis se demandent pourquoi tu te mets en retrait et tu n’oses pas leur avouer que tu réfléchis sur ta condition d’homme, car ils sont plutôt du genre à se soucier de leur acné et des Mobylettes. Chaque matin, depuis trois ans, tu penses à cette dent qui a bousillé ton adolescence, et à ses doigts qui ne cessent de se bloquer, et tu songes à la Norvège, à cette fille que tu as invitée à danser sur ce bateau de croisière et qui désirait passer un moment avec toi. Un simple moment que tu lui as donné, sans l’embrasser, car tu ne pouvais pas, à cause de cet accident. Je sais que tu as souffert et que tu souffres encore aujourd’hui en songeant à ça, mais sache que cette fille, tu la garderas en mémoire à jamais ; son visage derrière la vitre du bus, ainsi que ce geste qu’elle te lance. Un moment de bonheur dans une vie tourmentée, un instant qui te permettra de rester éveiller.

Je ne te parlerai pas de ce que l’on sait, tous les deux. De ces secrets inavouables. D’ailleurs pendant longtemps, j’ai cru que c’était à cause d’eux que tu voulais mourir (j’ai du mal à employer le je parfois, je ne me défile pas, je te le jure). J’ai eu tort. Il fallait juste les accepter, ce qu’aujourd’hui j’ai fait. Tu n’as plus aucune inquiétude à te faire sur ce point.

Pour tes études (je sais que tu t’en fous, que tu ne prêtes aucun intérêt aux résultats, mais je te le dis quand même), tu auras ton BEP, et ton BAC Pro avec mention (je dois avouer qu’à ce jour, je m’en fous toujours autant, cependant tu te souviendras de ce coup de téléphone pour t’annoncer les résultats, de ce haussement d’épaules que personne ne verra et de cette pensée qui traversera ton esprit : « je m’en doutais »). Tu iras ensuite à l’IUT, juste parce qu’on te dira que les bacs pro n’y vont pas. D’ailleurs, on te fera sentir que tu n’es pas le bienvenu. Trois bacs Troisro sur 110. Des gars qui pètent plus haut que leur cul, l’amphi en sera blindé. Ton DUT, tu le passeras à Nice, la cité des Anges et des richard.

Dans les couloirs d’université, tu ne te laisseras pas marcher sur les pieds par les filières générales. Tu provoqueras ce prof de compta et tu iras le voir pour lui balancer « Merci de m’avoir planté au devoir surveillé, 20/20, c’est dur quand même ». Il ne répondra pas, car il se souviendra du jour où il avait décidé de te réduire en miettes tout simplement parce que tu venais d’un bac Pro.

Après, tu passeras un entretien dans une grande école de commerce. 12 places à saisir, très convoitées. Sur dossier et entretien. Tu seras pris, mais tu refuseras de t’y rendre, car tu auras à cet instant, ta réponse.

Tu te demandes pourquoi je te dis ça, c’est pour te montrer que tu vaux quelque chose, que tu as une conscience et des valeurs. En ce moment tu crois que tu ne sers à rien, que ta vie n’a aucun sens. Je ne juge pas ton parcours, il deviendra le mien, mais quand tu verras les occasions se présenter pour entrer dans de bonnes écoles, dites « réputées », des chances que tu les refuseras, tu ne sauras pas encore qui tu es vraiment. Des propositions d’embauches vont suivre la plupart de tes stages, deux dans des sociétés reconnues mondialement, des propositions que tu déclineras, pourquoi ? Parce que tu avances en aveugle, sans attache et que tu as cette idée ancrée au plus profond de toi : celle que bientôt les lumières s’éteindront à jamais.

Tu te trompes. Je suis encore là. Je respire. Je suis vivant, donc, toi aussi.

Tu échapperas à la mort et ce qui est certain, c’est que tu n’échapperas pas au travail. Ne regarde pas cette phrase comme si je te traitais de fainéant, tu comprends ce que je veux dire. Tu n’as pas peur de bosser, ce qui t’inquiète c’est de le faire avec d’autres. Car finalement, tu n’accordes et tu n’accorderas, que très peu ta confiance aux gens que tu vas croiser. Pour l’avoir, ils devront montrer patte blanche et encore. T’inquiète, je suis toujours aussi parano à presque quarante balais. C’est ce qui, au final, nous a maintenus en vie.

Bref, pour en revenir au travail, tu partiras sur Paris avec des rêves et tu quitteras cette région sans avoir pu les réaliser. Trop accaparé par les cons qui sévissent dans la banque pour laquelle tu vas travailler, tu verras ta vie se transformer en lambeaux. La déchéance, tu vas la croiser, chez les autres, beaucoup. Chez toi, tu emporteras dans tes bagages des souvenirs neurotoxiques, des images qui te bouffent à l’heure actuelle et qui persisteront à te gangréner l’esprit des années entières. Aujourd’hui, je te rassure, j’ai réglé la plupart de ces problèmes. Paris, tu la quitteras comme on quitte une femme, sans un regard en arrière, et avec des regrets, oui, les seuls regrets dans ta vie, car tu l’aimais (et je l’aime encore) cette putain de ville, car elle n’est en rien responsable de tes rêves brisés. Tu devras t’en prendre à toi, rien qu’à toi. Désolé.

Tu l’as compris, j’ai démissionné de ce poste à la con où j’étais en contact permanent avec les traders, des brasseurs de frics roulant en Z3. L’urgence chez eux portait un nom : ASAP. As soon as possible, aussi tôt que possible, ce qui signifiait dans leur langue : « et vite sinon j’appelle mon supérieur qui… etc… etc… » Des blaireaux. Tu apprendras beaucoup avec eux, jusqu’où le mépris peut aller. Ce Paris là, je n’en ai que faire, je l’abandonne à toutes ces personnes sordides qui croiseront ta route durant ce périple dans le quartier de La Défense.

La seconde raison de ce divorce avec ce boulot est très simple. Tu te souviens quand tu avais neuf ans. Tu as écrit une histoire dans la veine des jeux de rôle dont on est le héros. Tu as dessiné les plans et tu as pensé que tu n’étais pas encore mûre pour écrire. Et bien aujourd’hui, tu écris des livres, pour la jeunesse, pour les plus grands aussi. Tu as quelques textes d’édités sous ton vrai nom, et d’autres sous un pseudo. Ce pseudo, tu vas le découvrir bientôt, il va naître cet été quand tu vas partir aux States. Je t’en dis pas plus, mais tu verras, tout redémarre là-bas, dans la ville de Lexington et quand tu visiteras Chicago.

Et oui mon gars, tu vas réaliser ton rêve, celui que tu as mis entre parenthèses neuf longues années. Mais bon, t’excite pas, c’est pas la panacée. Ce monde (celui de l’édition) n’échappe pas aux règles régissant les comportements de l’homme, il est infesté de requins. Tu en croiseras des deux côtés, éditeurs et auteurs (beaucoup plus de ce côté de la barrière 😉 ç c’est un smiley, le monde en est truffé de nos jours). Tu y perdras quelques  plumes, mais je te fais confiance, tu diras Amen quelques fois, mais ensuite tu prendras tes précautions.

Pour en revenir à tes débuts, tout s’enclenchera lors d’un stage pour Matra, tu n’es pas obligé de lire ce qui va suivre, mais c’est un tellement bon souvenir que je ne peux m’empêcher de te raconter.

Tout a démarré entre midi et deux, tu travaillais sur la programmation d’un autocommutateur et comme tu avais terminé le boulot vitesse grand V, tu t’es planté devant le moniteur de contrôle (un Minitel, d’ailleurs le Minitel n’existe plus aujourd’hui, ils l’ont retiré du service depuis l’an dernier) et tu as commencé à écrire, écrire, écrire, jusqu’à remplir la page. Tu n’avais pas d’imprimante, alors tu as tout repris à la main. C’était le début de ton premier roman « Parallèle », qui est devenu « d’un monde à l’autre ». Seule l’une de tes sœurs et ta femme l’ont lu.

Tu vois, je te surprends encore. Oui, tu es marié. Quant à tes sœurs, elles ne sont plus qu’un funeste souvenir aujourd’hui. Je te dirai rien de plus les concernant, je te laisse vivre ce qu’il s’est passé avec elles, quoi qu’il en soit, elles ne valent pas la peine qu’on s’attarde sur elles. Ça fiche un coup, je sais, toi qui croyais que… Mais bon, là tu vas te rendre au mariage de la plus grande, tu vas te poser des questions, et tu vas espérer. Tu vas déchanter, et pleurer.

Tu es donc marié et tu as deux enfants. On vit dans l’est de la France, loin du bruit qu’occasionne le reste de la famille. Comme je te l’ai indiqué plus haut, des cons tu en verras partout, pas seulement ailleurs (excuse, c’est une private joke, tu la comprendras quand tu seras en 2013 ma poule 😉 )

Sinon, je sais qu’en ce moment, la mort est ton amie. Elle danse dans ton esprit, mais bientôt, tu apprendras qu’il ne sert à rien de te punir à cause des autres. Tu es, paradoxalement, guidé par un espoir incroyable, je crois que c’est ce qui, au final, a manqué de nous effacer de cette Terre. Cette mort, tu vas la personnifier dans tes nouvelles, tu vas réaliser une véritable thérapie en te plongeant dans l’écriture et quand, des années plus tard, tu croiseras le chemin d’un thérapeute, tu auras cette réponse : « Vous avez très bien analysé votre situation. Ce n’est pas vous que je devrais voir au final, mais votre mère ». Oui, ta mère, notre mère. Tu écriras un livre sur votre relation. Tu vas la tuer « littérairement parlant » et tu vas réaliser une chose. Tu comprendras qu’elle n’était, comme toi, qu’une victime. J’aimerais te dire que j’ai des regrets d’avoir perdu tout ce temps pour en arriver à cette conclusion, mais tu le sais, nous avons ce principe de ne jamais rien regretter. Si ce n’est Paris. C’est ainsi.

En 2012, ta vie va exploser en plein vol. Tu voudras mourir à nouveau, tu souhaiteras anéantir tout ton travail, rêver que ta vie s’arrête, mais tes enfants, leurs visages, leurs présences, feront pencher la balance du bon côté. 2012, c’est loin pour toi, alors je te dis simplement : continue de parler à ton père quoi qu’il advienne. Même si tu penses qu’il ne t’écoute pas, profite de sa présence. Car quand le temps fige les pleurs, ils restent à jamais gravés dans le cœur, notre cœur. Pas de besoin de te faire un dessin, je sais que tu as compris.

Je ne vais pas m’attarder plus longtemps, tu en sais déjà trop. Ah oui, une dernière chose, quand tu iras aux States cet été, amuse toi et profite de la vie. Ce voyage va être primordial pour celui que je suis aujourd’hui. Tu y resteras un mois, le plus beau de ta vie d’adolescent.

PS : Ne change pas

Je t’aime ma poule.

John »

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eMortel

Je ne vous cacherai pas que les temps sont assez agréables pour mon activité professionnelle. J’exerce le métier d’entrepreneur de pompes funèbre et avec ce qui tombe en ce moment (je parle des corps de mes compatriotes évidemment), les carnets de commandes se remplissent à la vitesse grand V. Je ne sais qui je dois remercier pour l’aubaine financière, peut-être un laboratoire secret du gouvernement, peut-être un virus inconnu parvenu jusqu’à nous grâce aux échanges commerciaux. Quoi qu’il en soit, la montée en flèche de la mortalité a reboosté mon commerce. Il faut dire, depuis deux ans, avec les soins palliatifs améliorés, avec la cure de jouvence du docteur Voronoff (ancêtre du greffeur de couilles de singes), la vie, même si elle parvient toujours à son terme, avait une fâcheuse tendance à s’allonger, voire à ne jamais se terminer.

Je suis pour le partage des richesses, donc quand j’aurai ma part du gâteau, d’ici six mois, si tout se passe aussi bien que je l’espère, alors je vendrai mon activité et m’envolerai pour la Guadeloupe et ainsi prendre une retraite anticipée. J’ai écouté les informations et ils racontent que l’épidémie atteindra (d’après des experts en je ne sais quelle spécialité) son pic dans deux semaines, en attendant, je dois prendre mes précautions.

Pour survivre à l’hécatombe, je me dois d’éviter tout contact.

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En attendant que le monde se calme, j’en profite pour vous présenter l’offre incontournable du moment, notre produit-phare : eMortel. Un pied de nez à toutes ces personnes qui souhaitaient vivre éternellement. Après tout aujourd’hui, tout est « connecté », et avec notre offre, la mort l’est également. L’idée est simple, nous l’avons testée avec des confrères : eMortel a buzzé à mort aux États-Unis. Il suffit de prélever un morceau du corps, d’en extraire l’ADN et de reconstituer l’identité numérique.

Point fort pour notre congrégation : nous ne traitons plus de la main à la main, donc pas de contamination possible. Des accès Skype sont disponibles pour nous présenter et les familles, après paiements, peuvent déposer un bout de cadavre dans une boîte spéciale.

Chaque « client », après identification dans le système, sera chiffré avec une clef asymétrique. L’importance d’une telle sécurité ? Aucune profanation possible. La personne décédée se verra exister dans la sphère virtuelle jusqu’à la fin des temps.

Vous me direz : Et si internet meurt, que devient le mort ?

La réponse est simple. eMortel est composé de deux parties. La première, vous la connaissez, je viens de la présenter. La seconde est rattachée au monde physique. Nous utilisons pour cela la gravure au carborundum. La technique consiste à coller sur une surface des grains polyédriques très durs (en carbone de silicium) représentant la chaîne ADN du mort, d’autres données peuvent être implantées, mais un surcoût sera alors facturé (n’hésitez pas à vous tourner vers votre assurance, certaines prennent en charge une partie des frais). La plaque, ainsi gravée, est ensuite acheminée dans une enceinte sécurisée située au cœur de la Provence, dans l’un des deux anciens poste de commande de tir des missiles nucléaires.

J’ai eu l’occasion de visiter le site, il peut stocker jusqu’à 15 milliards de plaques eMortel.

N’hésitez donc pas à nous contacter si vous vous retrouvez face à la mort, nous serons là pour vous guider et vous accompagner dans votre peine. J’espère à très bientôt (ce n’est jamais bon de souffrir trop longtemps)

 

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Foire Grasse Année 2120

!!! Ceci est une fiction, une simple dystopie !!!

« Oyez ! Oyez ! Approchez messieurs-dames. Venez goûter le tout nouveau fuseau lorrain issu de l’agriculture et l’élevage Obligatoire »

En cette veille de mardi gras, la foire grasse de Lunéville a démarré sur les chapeaux de roues. La température est assez agréable, douze degrés. Comme tous les ans depuis un siècle, les habitants et les visiteurs sont présents au rendez-vous. Je me balade dans les allées et me dirige vers l’ancien tribunal des prud’homme, reconverti depuis trois décennies en salle de shoot.

Avant de partir de la maison, j’ai relu les notes de mon grand-père (il était auteur). Ce qui m’a le plus marqué dans ses écrits, reste la bourse financière de l’humain qu’il a inventé de toute pièce, en s’inspirant de faits se produisant un peu partout sur le globe.

S’il vivait encore, il se rendrait compte qu’il a fait preuve de clairvoyance. J’en ai froid dans le dos. En 2076, 34 ans avant ma naissance, sont apparues les premières lois universelles et l’Human Flesh Stock Exchange. La cause ? La surpopulation mondiale et l’absence prolongée d’un conflit majeur.

Pas de guerre totale = pas de mort, CQFD.

Pour contrôler les ressources alimentaires, insuffisantes pour 12 milliards de bouches, les gouvernements se sont entendus pour établir de nouvelles règles. La première est le coût que représente un être humain à la société. Un écrémage (qui a duré une dizaine d’années et se poursuit à un niveau moindre aujourd’hui) a été réalisé. Les plus faibles ont été « recyclés ». Les termes massacres, extermination, génocide et bien d’autres, ont été supprimés des dictionnaires. Je les connais, car j’ai déniché un vieux livre dans les archives de mon aïeul.

De nos jours, il est normal de donner sa vie à la société, littéralement et physiquement. J’appartiens aux Réfractaires du système, car je sais ce qui se trame dans les arcanes politiques. Nous ne sommes plus de la chair à canon, mais de la chair tout court. Nos organes, quand notre nom sort au niveau de la sélection hebdomadaire, sont automatiquement envoyés sur le marché, la bourse, la HFSE, et ce afin de remplir les caisses de l’Etat, et ce afin de payer sa dette à la société.

Je suis jeune, en bonne santé, j’ai encore le temps avant de voir mon identité surgir au milieu d’un millier d’autres, avant de devenir un produit consommable, avant de me retrouver sur les étals des bouchers et des banques alimentaires, ou des hôpitaux de réimplantation. Mon frère n’a pas eu cette chance. Handicapé moteur suite à un accident de vélo, il est tombé sous le coup de la loi Leonetti, revue et corrigée et trahie en 2080 : « Toute personne présentant des troubles moteurs sera systématiquement ajoutée à la liste des personnes éligibles au bon fonctionnement de la société et aidera, par le don de son corps, à maintenir la population du monde à un niveau raisonnable. » Bref, une euthanasie obligatoire. C’est ce qu’il arrive à vos amis, votre famille, vos enfants, quand l’intégrité physique et mental sont remis en cause.

Et ce mot, don. Ce mot me fait rire, jaune. Personne ne dit rien. Nous sommes une minorité à voir ce qui se passe, les autres… des moutons. Je les entends bêler et acheter les saucissons issus de l’agriculture et l’élevage obligatoire. Je les vois plonger leurs mains dans des bols pour en ressortir du bout des doigts un morceau de viande qu’ils enfournent dans leur gueule, des bouts d’humains. Oui, après la cannibalisation de nos esprits au siècle dernier par le biais des « médias imposés », les humains sont devenus des cannibales à part entière, mais tous ferment les yeux pour de ne pas voir, pour ne pas se voir et mourir de honte.

Il est temps que les paupières s’ouvrent. Je sais qu’il n’y a pas d’alternatives, alors en ce lundi de février 2120, jour de la foire grasse à Lunéville, je vais devoir marquer les esprits et si en cela je dois tuer quelques personnes, alors… Adviendra ce qu’il adviendra !

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Les mots disparaissent

Dur le réveil. Mauvais trip ou sale rêve, je l’ignorais jusqu’à ce que je me lève pour me diriger fissa dans mon bureau. En fait, je me suis planté grave. J’ai attrapé mon Larousse version XXXL, puis le gros Robert de 6 kilos et j’ai feuilleté l’ensemble pour tenter d’effacer les images qui trottaient dans mon esprit, pour essayer de me rassurer.

En vain.

Les mots coopération, action, aide, soutien et j’en passe, n’existent plus. Ils ont été purement et simplement enlevés des dicos. Comment ? Je l’ignore. D’ailleurs, mon gros Robert a perdu deux bons kilos et pas moins de quatre cents pages. À l’heure où j’écris ces mots sur mon blog, je songe à 1984, à Fahrenheit 451, et déjà parano à la base, voilà que j’ai la sensation d’être épié.

Je crois (j’ai été vérifié) apercevoir des caméras plantées au-dessus de l’armoire, juste là dans un coin un peu sombre, et puis ici aussi, juste dans l’espace entre le mur et une bibliothèque. Je crois, mais je sais qu’elles existent, qu’elles sont là, qu’elles apparaissent et disparaissent juste pour me rendre fou.

Le gouvernement a commencé à effacer les mots des livres, les romans pour la jeunesse (nous sommes nombreux à l’avoir remarqué depuis quelques mois) ont été simplifiés. Plus de Club des 5 façon Enid Blyton, juste un résumé, un putain de résumé. Bientôt les mots, que je qualifierais de primordiaux, disparaîtront de l’esprit des citoyens, ils ne sortiront plus de leur bouche. Liberté sera sans doute le dernier, pour l’instant il vit encore dans mes dictionnaire. J’ai passé mon doigt sur sa définition, je l’ai sentie palpiter, comme prise de convulsions.

Le réveil a été rude aujourd’hui, mais demain ? J’ai peur, peur d’oublier, alors j’écris… Sans doute en vain, car le gouvernement contrôle tout, le net, les vidéos, les sons, nos vies, nos morts… Dès ce soir, je commence à vider la pièce du rez-de-chaussée, je repeins tout en blanc et je barricade les fenêtres. Là, ILS n’arriveront plus à cacher leurs caméras BigB, ILS ne pourront pas intervenir sans que je les voie arriver avec leur grande seringue pour me faire entrer dans les rangs. Joyeux mouton !

Il faut que je prenne une grande bouteille d’eau et des cachets pour lutter contre le sommeil.

Je dois tenir… Je dois tenir…

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L’écriture

Les interrogations sont nombreuses quant à la question de l’écriture.

Trop ou pas. Elles sont là, m’obsèdent, me tiraillent de tous les côtés. Il serait si simple de lâcher prise, de ne plus regarder ce monde qui se tisse sous mon regard. Oui, tout serait tellement plus facile, décrocher, poser sa conscience sur le bord de la route et attendre qu’une voiture l’écrase. Métaphoriquement parlant, bien évidemment.

Mais je n’en ai pas envie de ça. Du moins, pas complètement. Je ne dois pas me voiler la face.

Dans écrire, il y a en tout premier lieu la notion de besoin, elle dépasse l’envie, qui elle, varie en fonction des aléas du temps et des rencontres. Le besoin est présent, il me brûle, m’irradie, il est constitué de projets, d’histoires en gestation, de personnages aux contours encore flous, il est le suc de la créativité, car sans ce besoin, tout ne serait que coquille vide.

L’envie vient en second et c’est sans doute là que le bât blesse… pour l’instant. Pour donner envie,  avoir envie, il faut tout d’abord se définir un but. Seulement, là, une question se pose : Pourquoi transcrire sur des feuilles blanches ce qui traverse mon esprit  alors que la société part en sucette, que les gens sont plus individualistes que jamais ? Bien entendu, les réponses foisonnent : pour les enfants, pour sa femme, pour la gloire (sic), pour l’argent (re-sic)… Non, je m’égare. Cynisme quant tu me tiens.

Avant tout cela, il y a le Soi. Pensez à soi. Comprendre ce qui me pousse à p(ren)(er)dre du temps pour coucher des histoires, songeant qu’au-delà de la création, il y aura des visages, souvent inconnus, des jaloux, des cons. Ils sont légions, les cons et personnellement, je ne les supporte plus. Est-ce les cons qui aujourd’hui m’empêchent de poursuivre dans la sérénité ?

Un peu, mais pas que.

Vous me direz : « Et les gens biens, tu y penses ? » Oui, mais face à la horde de macaques décérébrés, ils ne font pas le poids. Du moins pour l’instant. Demain peut-être, ou même ce soir, ou dans une heure, ou après avoir terminé cet article, une étincelle viendra me foutre le feu au derche juste pour me signaler qu’il est temps, temps de se réveiller, temps de ne plus se perdre en conjonctures, temps de ne plus véritablement songer à « ce qui pourrait » mais à « ce qu’il va ».

Je me comprends, c’est le principal, mais pour combien de temps encore. (Excusez-moi pour les répétitions, mais elles sont stylistiquement volontaires… )

Ecrire reste pour moi comme une respiration. Chaque fois que je ne cogne pas mon clavier (l’écriture est un combat : on frappe, on tape, on cogne, on martèle, on se saigne), je me retrouve en apnée. Mon organisme commence à ne plus s’oxygéner correctement et puis… Bref, c’est pas le top, mais je suis en partie responsable de cet état. Cela ressemble à du sadomasochisme… C’est du sadomasochisme. La douleur m’aide à produire. La souffrance est l’énergie première, un putain de puits où coulent à flots les sombres pensées, celles qui aident à la transformation de la matière en un produit « consommable » : l’histoire.

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Déclin

Préambule : définition

D’après le Trésor de la Langue Française

Substantif masculin.

Action de décliner (confer décliner1 ); résultat de cette action.

 B.—  [Avec une idée de perte de vitalité]

  1. [À propos d’une personne] Fait de perdre de sa force et de glisser vers la mort. Soleil, (…) maintenant que ma course rapide est sur son déclin, viens éclairer mon couchant d’un rayon de tes aurores éternelles (JACQUES-HENRI BERNARDIN DE SAINT-PIERRE, Harmonies de la nature, 1814, page 159) :
  2. La pluralité des êtres vivants sont soumis à la nécessité inflexible de la mort. Au bout d’un temps de fonctionnement (…) ils s’affaiblissent, dégénèrent, et finissent par périr, soit d’une mort naturelle qui n’est que la conclusion de leur déclin, soit d’une mort accidentelle qu’a favorisée la baisse de leur résistance.

JEAN ROSTAND, La Vie et ses problèmes,  1939, page 109.

 Par extension.  [À propos d’un groupe de personnes] :

  1. Il est donc naturel que les peuples, comme tout ce qui est vivant, aient leurs périodes de croissance et de déclin, miroir des saisons et des heures. La jeunesse répond au matin et au printemps, la maturité de l’âge à l’été et au milieu du jour, la vieillesse au soir et à l’automne.

LOUIS MÉNARD, Rêveries d’un païen mystique,  1876, page 130.

1

Dom

Avant d’écrire une histoire comme celle-ci, je me devais de prendre certaines décisions. La première, sans doute l’une des plus importante, car symbolique, tient en quelques mots : choix du prénom du personnage principal.

J’ai effectué des recherches sur le net, j’ai tapé prénom le plus porté en France, et le résultat est tombé très rapidement, en 0,21 seconde. Sur les 645 000 résultats, mon choix s’est fixé sur la deuxième entrée et là j’ai découvert que Jean était le prénom masculin le plus usité dans l’Hexagone. Sauf que, parmi les 1 286 041 existant, je ne connais aucun Jean. Alors j’ai parcouru d’un coup d’œil la liste des 90 postulants de la première page et en lisant l’ensemble des prénoms j’ai réalisé que mon personnage principal devait représenter la palette la plus large possible et ne pas écarter un sexe au détriment d’un autre.

Michel était un bon parti, avec 702 061 hommes et 123 055 femmes, mais je n’avais aucune envie d’écrire le prénom ainsi, Michel(le), tout au long de l’histoire. J’ai continué de fouiller.

Après mûre réflexion, j’ai opté pour Dominique. Pourquoi me direz-vous ? Je tenais à choisir un prénom commun, non pas quelconque, mais véritablement un nom commun, au premier sens du terme : la plus grande partie. Et avec Dominique je recouvrais d’un coup le champ masculin et féminin. Certes ce prénom est seulement huitième dans la liste, mais il représente 415 998 personnes ayant une moyenne d’âge de 56,1 ans. Le point faible de ce prénom est le pourcentage en rapport des 66,03 millions de Français, il frôle les 0,5 pourcent. Jean, le mieux placé ne dépasse pas 2, donc au final, Dominique ce n’est pas si mal.

Au-delà des chiffres, il existe un point humain, positif, qui balaie tout le reste. Je connais une Dominique, elle doit être dans ces âges et appréciera sûrement de voir son prénom endosser le rôle principal d’une histoire jouxtant l’Histoire.

Maintenant qu’il a un prénom, le héros ou héraut, tout dépendra de la manière dont vous aborderez la suite, ne sera pas un enfant de chœur, il aura un cœur et tentera, au travers de son regard, de vous décrire ce qu’il voit et pour résumer sa pensée : le déclin est là.

Oiseau de mauvais augure pour certains, prophète pour d’autres ou tout simplement un illuminé pour beaucoup, Dominique ne vacillera pas en décryptant les événements. La langue de bois, il l’a connue dans le passé, et aujourd’hui, avec le Big C qui le ronge, le temps des pincettes est dépassé. Il aime raconter que ces mots sont des électrochocs, seulement parfois ils tuent, mais ça, c’est la vie.

Avant de poursuivre et d’entrer dans le vif du sujet, un second choix se présente. Celui du narrateur.

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