Addendum N°2 – Mémoire de Romero – La dentition des zombies

Addendum N°2 – Mémoire de Romero – La dentition des zombies

Ce document est un extrait d’un mémoire du professeur Romero, il a été écrit en 2015, soit 30 ans avant l’invasion de morts-vivants qui s’étend actuellement à la surface du globe. Le professeur affirmait à l’époque avoir rencontré de véritables zombies dans une zone reculée de l’île de Java. Cette donnée n’a jamais été validée par les autorités, et aujourd’hui, avec cette contagion qui s’étend, l’homme est en droit de connaître les travaux du professeur Romero.

==> Début de l’extrait du document

…/mais avant d’aborder l’anatomie comparée des zombies, je tenais à parler de leurs dents. Pour bien comprendre la dangerosité des maxillaires des morts-vivants, je vous rappellerai deux données concernant la dentition humaine(1). Les deux points importants à connaître sont : l’homme possède 32 dents et la capacité de pression de sa mâchoire est de 58 kg au cm².

Ici seule la seconde donnée est véritablement importante. Cette norme qui s’exprime le plus souvent en PSI (livre par pouce carré) est, lorsqu’elle concerne les morts-vivants, totalement dépassée. Pour comparaison, la pression exercée par des maxillaires de zombies dépasse les 150 kg au cm², soit une pression identique à celle du loup. Sachez qu’un os humain soumis à cette force, cède systématiquement. D’où l’importance de prendre toutes ses précautions quand on approche d’un mort-vivant ; je reviendrai sur ce point lors/…

…/De plus, les zombies ne sont pas calculateurs, quand ils mordent, ils deviennent comme ces lézards verts que l’on trouve dans les murets de pierraille : Ils ne relâchent pas leur proie sans en arracher un bout de chair. J’en ai vu plusieurs d’entre eux se briser des dents en mordant leurs proies. Ce qui provoque au passage une modification de leur dentition, rendant leurs incisives et leurs prémolaires plus effilées, donc plus dangereuses./…

…/Parlons de la teinte de l’émail. La plupart du temps les dents des zombies prennent une couleur jaune, parfois noire, j’ai pu isoler le germe responsable de cette coloration en pratiquant à plusieurs reprises des extractions chirurgicales sur des zombies en parfait état. Il faut savoir qu’au cours du vieillissement, l’émail se colore naturellement et devient perméable(2). Les principaux responsables de cette modification sont de type exogène (tabac, aliments, mauvaise hygiène et tétracycline(3)), mais dans le cas des morts-vivants, le responsable est de type endogène, c’est-à-dire qu’il est issu de l’organisme.

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Pour effectuer toutes les mesures nécessaires, je me suis entouré de Tiumbo(4). Je l’ai rencontré lors de mon voyage sur l’île de Java(5). Durant les trois années passées sur cette île, j’ai pu, lors de ces opérations, relever toutes les informations nécessaires, dont cet extrait de liquide aqueux, de couleur brun qui est, semble-t-il, le responsable de cette transformation. J’ai constaté que ce fluide pénétrait par le biais de la pulpe à l’intérieur de la dent, traversant d’une première part le cément, puis la dentine avant d’atteindre l’émail/…

…/Pour se prémunir des morsures, l’homme doit prévoir diverses parades pour protéger ses membres, ainsi que certaines parties de son corps comme le cou et les épaules. L’homme qui subit une attaque de morts-vivants à toujours tendance à protéger son visage en levant son avant-bras. Ce qui est une erreur, car en agissant ainsi, le zombie a tout le loisir de planter ses incisives dans sa chair et de le contaminer par le biais de ses dents, qui, je le rappelle, sont perméableq et laissent passer ce liquide brunâtre…/

(1) Note du traducteur : Le professeur Romero entend en parlant d’humain, d’être viable, en parfaite santé.

(2) Note du Professeur Romero : Dans le cas qui nous intéresse ici, les morts-vivants, j’ai pu constater que le vieillissement de la dentition s’accélère dès l’arrêt du système sympathique. Les premières traces apparaissent en règle générale dans l’heure suivant le décès.

(3) NDT : La tétracycline est un antibiotique utilisé depuis des dizaines d’années pour le traitement des infections respiratoires. Il s’agit d’un colorant jaune puissant qui se fixe sur les os et les dents en formation, d’où les contre-indications chez l’enfant et les femmes enceintes.

(4) NDT : Pour la communauté scientifique, Tiumbo n’est autre qu’un sauvage. Le professeur Romero s’est vu reprocher par ces pères l’intégralité de son travail sur les zombies, sans doute parce que le professeur a souhaité cosigner l’ensemble avec l’homme médecine. Tous les articles ont été édités dans la revue Nature.

(5) NDT : Le professeur Romero a délaissé les croyances haïtienne et les rituels vaudous pour se rendre sur l’île de Java en Indonésie. D’après une source, dont il n’a pas révélé la provenance, il subsiste dans une zone reculée de ce pays un groupe ethnique pratiquant le rituel du Passage. Ce rituel secret serait réservé aux grands chefs désirant atteindre le kekal mimpi (le rêve éternel).

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Histoire de zombies (11) – Embrasement

Episode précédent – Travelling arrière N°1

Journal, entrée du 04 Février 2045, 06h02

Après quelques minutes, j’ai enfin réussi à glisser les boules Quiès dans mes tympans. Marie avait le coup de main, les bouchons de cire n’arrêtaient pas de glisser, mais c’est bon, tout est rentré dans l’ordre. La télécommande de la chaine hifi dans ma poche et la lampe torche dans la main gauche, je pénètre dans la cuisine et avant d’ouvrir la porte donnant sur le jardin, j’éteins la lumière. Je connais la maison par cœur, retrouver mon chemin dans l’obscurité entre les meubles me sera facile.

Je dépose doucement mes doigts sur la poignée, avant de l’abaisser. Un souffle d’air glacial s’engouffre aussitôt dans la pièce, me cisaillant temporairement la respiration. Je sens l’odeur du jardin, il est là, juste sous mes yeux, mais je ne vois rien. Il plane également dans l’atmosphère une senteur de pourriture intense, elle vient se greffer à mes narines et me susurre dans le creux de l’âme que je serai un jour ou l’autre l’un d’eux. C’était inévitable.

Dehors la nuit s’accroche encore à la terre. J’allume la torche pour exorciser les ténèbres. La lumière me révèle l’horreur déposée au milieu de mon jardin, elle dévoile des traces de sang se mêlant à des morceaux de corps et en braquant le faisceau sur la droite, mon cœur cesse un instant de battre en voyant les morts-vivants, debout, me fixant d’un œil torve. Ils se sont regroupés comme de simples moutons prêts à franchir le seuil de l’abattoir. L’image est plutôt mal choisie, car en cette seconde, j’ai la sensation d’être ce ruminant que l’on tire dans une stalle pour l’abattre d’un coup de merlin.

Je m’attarde sur eux, leur faciès d’horreur me stupéfait. Je distingue des lambeaux de chair aussi épais que du papier OCB se détacher de leur corps. Ces derniers révèlent une chair sombre, exsangue, une chair d’où des vers blancs s’échappent, fourmillant en tous sens, avant de tomber sur le sol. En voyant cela, j’effectue un mouvement de recul. Je n’avais pas imaginé rencontrer un jour une telle horreur. Ces morts-vivants devaient être de véritables nids pour les vermines.

D’ailleurs, je me suis souvent interrogé sur leur physiologie, et en les dévisageant, laissant mon regard parcourir les nombreuses plaies recouvrant leur corps, les interrogations fusèrent dans mon esprit. J’espère qu’elles trouveront une réponse quand j’aurai quitté cet endroit.

— Reste attentif Nathan, susurré-je.

Oui, je dois me concentrer sur cette tâche qui m’attend. En premier lieu, les attirer dans la maison, ce ne sera pas difficile.

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Je les regarde, ils se frottent les uns contre les autres. La température extérieure ne doit pas dépasser les deux degrés. Pour confirmation, ce nuage de vapeur qui s’échappe de ma bouche à chacune de mes respirations. Je ne m’en rends pas compte que maintenant ; je tremble. Pourtant je n’ai pas froid. Je parcours rapidement avec ma lampe la troupe présente dans mon jardin, je décompte une dizaine de zombies. Je tremble encore, et je sens que ces frissonnements ne viennent pas de cette atmosphère glacée, mais qu’ils émanent des tréfonds de mon être.

Je ne veux pas songer à la peur, car je sais qu’elle en est la cause.

Il faut que je m’occupe l’esprit, que je pense à ce plan que j’ai échafaudé. Avant cela, je braque une ultime fois la lampe dans leur direction et le faisceau se fixe sur un enfant, un trop jeune gamin. Il a la cage thoracique perforée. J’ignore s’il me voit. J’aperçois sa bouche s’ouvrir à plusieurs reprises. Je ne suis qu’un bout de barbaque pour lui, songé-je en voyant sa mâchoire du bas menaçant de se décrocher à chacun de ses mouvements.

Le monde semble s’arrêter. Nous devenons tous deux des chiens de faïence, nous observant, nous scrutant, nous détaillant. Puis j’esquisse un geste avec ma main libre et l’équilibre se fendille.

Aussitôt, la poursuite s’engage, il s’avance lentement, d’un pas traînant, mais cela ne dure pas. J’ai vu des zombies à l’allure mécanique se mouvoir avec difficulté, mais ce gosse n’est pas comme les autres. Voyant la lumière de la lampe s’éloigner, il accélère le pas en s’approchant de moi. Je le vois ouvrir sa gueule béante, chargée de chicots noir et jaune, mais je ne l’entends pas. À cet instant, j’ai envie de retirer les boules Quiès de mes tympans, car ne pas entendre la mort se tenir aussi près de moi me terrifie. J’en regrette presque leur geignement de bête. Je recule, et j’en oublie un instant mon plan. Je n’avais pas pensé que je pouvais flancher devant eux, alors je continue de faire marche arrière jusqu’à ce que mes fesses butent contre la table de la cuisine.

Un instant, j’abandonne le visage de ce gosse aux ténèbres, car j’ai perdu mes repères. Je ne sais plus où je suis. Mes mains tâtonnent, ne cherchent plus à savoir pourquoi elles tremblent, et s’emparent d’une bouteille en verre. Dans le halo baignant la pièce, je lis Rhum planteur sur l’étiquette. Je comprends que je n’aurai pas le temps de partir, ce gosse est trop rapide – ou bien est-ce ma conscience qui s’effondre devant l’horreur, sans doute un peu des deux – Soudainement, j’entends un bruit roque résonner dans mon dos, j’ai perdu sans m’en rendre compte un bouchon de cire. Ce vagissement guttural m’incite à accélérer le mouvement. La mort est proche.

Je me souviens alors que j’ai rangé des allumettes dans le tiroir de la table. Je m’empare de la boîte et j’en craque une. La suite se déroule rapidement. Je jette la bouteille de rhum en direction de la porte du jardin, le verre se brise, il est suivi d’un grondement. Des bruits de pas se font entendre sur le carrelage, le gosse est là à deux mètres de ma position. Je décide alors de jeter l’allumette dans sa direction. En deux secondes, le gosse s’embrase.

Je n’aurais pas dû, l’odeur est infecte. Le feu n’empêche pas les autres zombies de s’engouffrer dans la cuisine. Les flammes lèchent déjà le plafond. Je ne reste pas pour observer le spectacle, j’en ai assez supporté jusqu’à maintenant.

Je tourne les talons et je parviens tant bien que mal à rejoindre le salon. Tout à coup une pensée me traverse l’esprit, le genre de pensée que l’on aimerait avoir avant de faire un choix, mais il était trop tard. Tu n’as pas pensé au gaz Nathan. Cours ! Mais cours putain. Et j’ai couru sans me soucier des packs d’eau, j’ai juste pris mon sac au passage avant de me jeter par la fenêtre ouverte.

Lorsque mon corps toucha la pelouse côté façade, j’entendis un Braoum étourdissant. La maison s’embrasa à son tour.

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Episode suivant – Seconde partie – Laboratoire P4 à Lyon

Histoire de zombies – Travelling arrière N°1

Episode précédent – Il est temps de mettre les voiles

Travelling arrière N°1

Les premiers morts-vivants sont apparus courant janvier, juste après le jour de l’an. Certaines sources ont indiqué aux médias nationaux que tout était parti du sud-est de la France, aux environs de Nice. Bien entendu, ce n’est qu’un exemple, une rumeur, une de plus qui alimente depuis ce jour ce mystère : d’où viennent-ils ?

Tout porte à croire, avec le recul sur les événements, que les zombies sont sortis de leur silence au même moment, un peu partout sur le territoire, comme si une voix les avait appelés. Mais la panique a véritablement débuté quand une bande d’écoliers s’est vue fondre sous les dents carnassières d’une horde de revenants. Les réseaux sociaux ont rapidement pris le relais de l’information, comme on dit « ça a fait boule de neige » et tout est devenu en l’espace d’une demi-journée complètement incontrôlable.

Le buzz était lancé. Les informations fusèrent, renseignant les internautes qu’une troupe de zombies s’était introduit dans la cour d’une école primaire non loin de la capitale, qu’ils avaient brisé vitres et portes avant de pénétrer dans l’établissement. Des détails morbides furent twitté, textoté, e-mailé, dans le pays, en Europe, mais aussi à l’autre bout du monde. En l’espace d’une heure, les Japonais qui rentraient chez eux après leur journée de travail, découvrirent qu’une vingtaine de gosses français avaient été tués aux alentours de dix heures du matin. En France, à l’autre bout de la ville, une mère qui avait déposé quatre de ses enfants sur les coups de 8h15, ne fut informée du décès des trois plus âgés que tard dans l’après-midi.

Les cris, les plaintes, les hurlements, accompagnèrent les annonces faites à la radio, à la télévision ainsi que sur les téléphones mobiles. Les plus optimistes annoncèrent qu’une dizaine de gamins avaient été tués, avant que la police n’intervienne pour prendre le contrôle. Mais dans la réalité, les policiers tombèrent sous les griffes des zombies. Leur gilet pare-balle ne servit à rien face à la rage des morts-vivants. Les dents claquèrent, mordirent à maintes reprises les personnes passant à la portée de la mort en marche et en l’espace d’une vingtaine de minutes, l’escouade de policiers envoyée sur les lieux vint grossir le groupe des zombies. Deux agents des forces de l’ordre finirent déchiquetés sur le sol de la salle de motricité, dévorés avec acharnement par une troupe de gamins au regard vitreux et aux mouvements saccadés.

Seul un enfant parvint à se cacher ce jour-là, le quatrième d’une fratrie anéantie. Il échappa à la vigilance de ses camarades décédés en se cachant sous un escalier de service. Il y resta de longues heures, baignant dans sa peur et son urine et ne rentra chez lui que le soir, lorsque les morts-vivants quittèrent les lieux pour répandre le mal au-delà des frontières de la ville.

Les photos et les vidéos de cet événement se répandirent comme la peste sur la toile. L’un de ces films, montrant une dizaine d’enfants s’acharnant sur un policier, lui extrayant les organes à même la main, faisant craquer les cottes pour atteindre les poumons et le cœur, fut consulté plus de 500 000 fois en moins de quatre heures dans le monde entier. Cette surcharge des réseaux provoqua des coupures parcellaires du maillage informatique. Une première au niveau mondial.

La télévision relaya la tragédie dans un flash spécial aux alentour de 14h12. Le journaliste parla des heures et des heures sans apporter la moindre réponse. Tous, même les dirigeants, furent incapables de nommer ou d’expliquer ce qu’il se déroulait dans le pays.

L’horreur s’était invitée à la table des puissants et personne ne sut comment réagir face à cela.

Durant les trois jours suivants, les attaques de mort-vivants se multiplièrent dans les grandes métropoles. À Paris, l’assemblée nationale fut envahie en pleine séance plénière. Pour les politiques présents, l’ordre du jour était de voter des amendements concernant une loi pour limiter le nombre de ressortissants étrangers provenant de la zone hors union européenne, mais quand les zombies débarquèrent dans les allées, déambulant, grognant, crachant des filets d’hémoglobine, les hommes politiques mirent tout en pratique pour se sauver.

Quand les premiers politiciens tombèrent sous les mâchoires acérées des morts-vivants, quand les premiers membres arrachés roulèrent sur les bancs rouge sang de l’assemblée, tous comptèrent sur leur instinct de survie pour s’en sortir indemne. Les familles politiques explosèrent, les zombies rendirent caduques les alliances les plus fortes et en une dizaine de minutes, les morts furent plus nombreux que les vivants. Seuls quelques députés purent s’échapper par un corridor voilé par une porte dérobée à l’arrière de l’hémicycle. Ils débouchèrent une centaine de mètres plus loin sur un Quai d’Orsay en proie à la folie meurtrière. Le mal continuait de s’étendre.

Depuis ce jour, le plan Vigipirate écarlate est de mise sur l’ensemble du territoire. Personne ne sait s’il sera levé un jour.

Des voix ont indiqué que les premiers cas révélés de morts-vivants sont apparus au nord de l’Europe, contredisant ainsi la première hypothèse d’une contamination provenant du sud de la France. Ces mêmes voix ont ajouté que les morts avaient envahi en l’espace d’une semaine toute la zone septentrionale du vieux continent, des foutaises pour les survivants.

Aujourd’hui, dans ce capharnaüm qu’est devenue la société, plus personne ne s’aventure à échafauder des théories concernant l’apparition de ces revenants. Le plus important pour les citoyens n’était pas de survivre, mais de mourir correctement, avec dignité, le plus tard possible et si le moment venait à les saisir, ils espéraient que ce soit avec une balle dans la tête. Personne n’avait envie de revenir pour manger son frère, son fils, sa femme. Personne.

Comme dans ce vieux film de Romero, beaucoup de personnes se sont réfugiées dans les supermarchés, mais la nourriture n’est pas éternelle. Les stocks ont baissé et les mesures draconiennes pour économiser les vivres s’avèrent être difficile à mettre en pratique. Des clans se forment, de nouvelles alliances aussi. Les lois sont dépassées, il n’y a plus ni faible ni fort, mais seulement des hommes capables de tout pour défendre ce qu’il leur reste.

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Episode suivant (11) – Embrasement

Histoire de zombies (10) – Il est temps de mettre les voiles

Episode précédent (9) – Marie

Journal, entrée du 04 Février 2045, 05h00

Il est temps de mettre les voiles.

Mon sac est prêt. J’ai fouillé dans l’armoire à pharmacie, j’ai dégoté une boîte d’Efferalgan, ceux qui fondent sous la langue, des pansements, des bandes, de l’antiseptique, une paire de ciseaux, une pince à épiler et un spray d’arnica. Je n’ai aucun antibiotique, en fait, nous étions Marie et moi, très rarement malade, et dès que nous avions un traitement, nous nous empressions, quand il arrivait à son terme, de rapporter les emballages entamés à la pharmacie. Parfois, certains comportements ne s’expliquent pas. Nous étions ainsi, point barre.

Dehors, il fait encore nuit. J’entends des grognements provenir de l’arrière-cour. Je sens bien depuis quelques jours comme un changement dans le comportement des morts-vivants errant autour de la maison.

D’ici une heure, deux au maximum, ils rentreront. D’une manière ou d’une autre, ils seront là et envahiront les pièces les unes après les autres. Ils me chercheront, dodelinant de la tête, jetant des regards en direction de la salle me servant de bibliothèque, puis de l’étage. Ceux qui n’ont plus d’yeux se contenteront de tâter le terrain et trouveront une main courante. Ils s’agripperont à la rampe et grimperont marche après marche vers ce palier déservant mon bureau et les chambres situées en retrait.

Ils pénétreront dans chacune de ces pièces et ils mettront tout à sac, se cognant aux meubles bas, renversant mes archives, les livres, les bibelots. Ils piétineront ma vie tout en lâchant des grommellements. De la bave s’écoulera de leurs gencives atrophiées, des morceaux de chair se détacheront et viendront se coller sur les photos prisonnières dans ces cadres que nous avions achetés avec Marie. Les zombies me chercheront, dans les armoires, sous le lit, dans les recoins, mais leurs mains squelettiques saisiront le vide. Elles déchireront les draps, tous ces vêtements achetés chez Brummel. Ses articulations aux teintes grisonnantes gratteront les tapisseries, chercheront un endroit, une issue et finalement, toutes ses mains tendues ne trouveront rien. Car je serai parti depuis longtemps.

Mon existence parmi les hommes est terminée. Aujourd’hui, je ne suis plus l’époux, le frère, le fils, je ne suis plus rien de tout ça. Je suis un survivant, et j’emporte avec moi mon journal, des stylos, une lampe torche, des couteaux, une gourde, et bien d’autres choses qui me seront utiles. Mon sac à dos est bourré à mort. Je mets de côté les derniers packs d’eau, juste là, dans le salon, tout près de la fenêtre. J’ai dans l’idée de démarrer le Cayenne, et de tracer ma route jusqu’à trouver un autre endroit où je pourrai respirer un peu, juste un instant, avant de repartir.

Je m’occuperai de changer les pneus plus loin. J’espère que les jantes tiendront. De toute manière, je n’ai plus que ça, l’espoir. Et encore, en songeant à Francis, je me dis que ce jeune avait espéré avant moi, quand son père l’a coursé dans le jardin, quand les autres zombies l’ont choppé pour le découper en deux, puis quand je l’ai tiré dans la maison. Je crois qu’il a espéré jusqu’au bout qu’une personne s’approche de lui, lui pince la joue en lui murmurant réveille-toi Francis, tout ça c’était qu’un putain de cauchemar, les zombies n’existent pas, tu es encore en un seul morceau. Mais personne n’est venu sortir ce gosse de cette rêverie, je crois même qu’il m’a entrainé avec lui, car depuis qu’il est mort dans ma salle de bain, je suis comme anesthésié de la vie.

Je marche au ralenti et tout autour de moi, plus rien n’a vraiment de consistance. J’avance, mais je tiens debout dans un unique but : détruire le plus de morts-vivants possible avant qu’à mon tour je tombe sous leur coupe. Peut-être trouverai-je un autre but quand j’aurai quitté cette maison, mais pour l’instant, je n’ai que ça en tête : massacrer du zombie.

En remontant de la cave vers quatre heures du matin, j’en ai profité pour rapporter avec moi un bidon d’acétone. Il est neuf, je l’ai acheté voilà trois mois pour décaper de vieux meubles entassés dans les combles. Je comptais m’en occuper ce printemps, mais maintenant ces cinq litres ne me serviront plus à rien, si ce n’est à les vider sur les tapis du rez-de-chaussée, histoire d’allumer un immense barbecue sauce zombie.

Car je ne partirai pas de cet endroit sans avoir mis le feu à cette horde de dégénérés qui s’engouffrera dans les lieux, dès que j’aurai ouvert la porte de la cuisine.

J’ai tout planifié.

J’ai descendu la chaîne hifi, une Bose, un modèle surpuissant, capable de délivrer 200 watts. J’ai aussi récupéré les deux dernières boules Quiès dans la table de nuit de Marie. Elles atténueront le bruit. J’ignore si mon plan à une quelconque raison de fonctionner, mais comme je l’ai dit précédemment, j’ai pu noter quelques points concernant ces monstres. Je remercie Francis pour ça.

Vous savez, quand on est désespéré, on est capable de tout. Et tandis que je me torturai l’esprit, cherchant une idée pour ralentir la rage de ces bêtes ignobles, j’ai collé un casque sur les oreilles de Francis, c’était quoi, deux heures avant que je lui défonce la boîte crânienne. J’ai tourné le bouton du son au maximum et je lui ai balancé ce morceau d’anthologie d’AC/DC, Highway To Hell, car j’avais envie qu’il file directement en Enfer, juste histoire qu’il soit le premier d’une longue liste. Je désirais voir Francis dans le rôle d’un ambassadeur des morts, qui les accueillerait au seuil des grandes forges pour un repos éternel, sans possibilité de revenir en arrière.

À cet instant, je dois avouer que j’ai songé au film de Tim Burton, Mars Attack, sauf qu’ici au lieu de voir exploser la tête du gosse, j’ai assisté à une tout autre réaction. Moins violente, mais très instructive. Francis a immédiatement cessé de me regarder. Il a détourné ses yeux injectés de sang de mon visage et s’est mis à fixer un point devant lui. J’ai eu cette impression qu’il ne voyait pas plus loin que le bout de son nez. D’ailleurs, dans les secondes qui suivirent, il a commencé à se débattre comme un forcené, il s’est échiné à fouetter l’air avec véhémence, juste là, devant sa face en voie de décomposition. Puis j’ai éteint et Francis s’est aussitôt remis à me fixer, découvrant des gencives d’où perlaient des croutes de sang. Il a tenté de me donner des coups de griffes, sans résultat. Et j’ai continué ce manège cinq minutes, alternant la musique et le silence, et lorsque j’en ai eu assez de le voir s’exciter de la sorte, j’ai arrêté et j’ai noté cette information dans mon calepin.

Ce geste n’a pour moi ni queue ni tête. Je ne suis pas un scientifique, mais grâce à cette expérience réalisée dans ma salle de bain, je savais qu’il existait une issue pour ficher le camp de cet endroit. Le tout était de savoir, est-ce que ça va fonctionner avec les autres ? Je priai que oui.

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Episode suivant – Travelling arrière N°1

Histoire de zombies (7)

Episode précédent (6)

Journal, entrée du 29 Janvier 2045, 12h40

Bordel ! Francis est juste là, je l’entends gratter la porte, gémir, se plaindre. Je préférais quand il jouait au mort. J’ouvre un tiroir sans trop réfléchir et j’en sors un rouleau à pâtisserie que je laisse aussitôt tomber sur le sol. Le choc me fait sursauter, car au même instant, Francis a cogné du poing contre l’huisserie. Le regard perdu entre le jardin et le plan de travail en stratifié, j’hésite, attrapant une fourchette posée près de l’évier, puis je me rabats sur la crédence en Inox où sont fixés à l’aide d’aimants, les couteaux de cuisine. Ma main passe l’ensemble en revue et je m’arrête sur celui qui semble être l’atout parfait pour me défendre en cas d’attaque : un couteau à abattre avec une lame de 30 centimètres. Je frémis en songeant que j’aurais sans doute à m’en servir, puis je me dirige vers la porte du jardin. Je prends ma respiration, je jette un dernier coup d’œil, puis j’ouvre.

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**

Une légère brise venait me fouetter le visage. À cette seconde, je réalisai combien l’air extérieur me manquait. D’être resté enfermé tout ce temps m’avait fait oublier que  vivre n’est pas de se terrer dans cette baraque, mais de survivre là, juste au dehors. Seulement, il y avait ces maudits morts-vivants. Et, pour la première fois depuis leur apparition, je tremblais, car ils se tenaient à quelques mètres de moi.

— Je vis, mais ma mort se tient accroupie au milieu de mon gazon, prononçai-je tout haut sans pouvoir retenir la moindre de mes paroles. Je sais que je risquais d’attirer l’attention de ces bêtes sanguinaire, mais en cette seconde, le plus important n’était pas le présent, mais l’avenir. Je m’imaginais un futur sans ce mal qui rongeait l’humanité depuis plusieurs semaines, et j’espérais sans véritablement y croire, que tout redeviendrait comme avant.

Je regrettais mes petites manies, les habitudes mercantiles des puissants, les séries américaines, l’internet, les faux amis sur les réseaux sociaux, les vrais dans le monde réel. Je déplorais presque tout, sauf la téléréalité et les livres de Musso, oui. Et encore, pour la téléréalité, j’en sais trop rien.

 Un « Gggggrrrrraaouuuu rrrrrr » résonna dans l’air et me tira de mon flot de pensées

Ces dernières se délitèrent face au hurlement que poussa un mort-vivant qui venait d’apparaître au milieu de la haie de troènes. Elle séparait mon jardin de celui des Martin. Un courant glacial remonta aussitôt le long de mon échine et vint titiller les muscles de ma nuque. Le zombie me fixait intensément, je reconnus le père de Francis. Je comprenais maintenant pourquoi le gosse avait quitté précipitamment sa maison.

Toute la force du mort-vivant s’exprimait dans son regard. Je ne m’aperçus qu’après un court instant que cet air à la Uri Geller qu’il dégageait, était dû à l’absence de paupières. Son visage était recouvert de griffures, sans doute laissé par son fils, et des croutes de sang restaient collées sur tout le pourtour de sa bouche. Cela donnait l’illusion qu’il portait un postiche de poils d’hémoglobine. En d’autres temps, j’aurais trouvé cette situation hilarante, mais pas aujoud’hui.

Je dois avouer que je fus tenté de reculer, de rebrousser chemin et d’abandonner Francis à son calvaire, mais comme je m’attardai sur lui, mon côté saint-bernard refit surface. Je redoutais le pire. Ce n’était pas un homme mort que je voyais, ni même un pseudo-zombie bientôt apte à transmettre un virus. Non ! J’avais juste en face de moi, allongé sur mes dalles japonaises, un gosse qui tournait son visage dans ma direction et qui me suppliait du regard de l’embarquer avec lui.

Sans me préoccuper du père de Francis qui tentait vainement de traverser la haie, je m’agenouillai près du garçon et posai le couteau tout près de ma jambe. Je ne savais comment m’y prendre. Son corps était couvert de sang. J’ignorais, si par simple contact, je pouvais attraper ce virus qui avait décimé la majorité de la population, peut-être que oui, peut-être que non, quoi qu’il en soit, j’attrapai à pleine main Francis par les épaules et le retournai sur le dos. Du sang s’échappa d’une blessure qu’il avait au niveau de la gorge. Rien de grave, juste une plaie dû à sa chute.

— Merci, murmura Francis.

Je sentais son regard faiblir. Il ne tiendrait plus longtemps. Je devais à tout prix l’emmener avec moi dans la maison.

Mes doigts glissèrent à plusieurs reprises sur les bras nus du gamin. Le sang, poisseux et terriblement collant, s’insinuant dans mes articulations, sous mes ongles, dans les plis de ma peau. Je priai pour ne pas devenir comme eux, puis je me mis à tirer de toutes mes forces sur les vêtements. Son corps resta collé sur les dalles durant une ou deux secondes, puis ils se détacha en lâchant un bruit de succion qui me hantera le restant de ma vie.

J’essayai de me concentrer sur mon unique tâche, mettre Francis à l’abri, mais mon regard s’attarda sur cette zone vide jusqu’alors occupée par son bassin et ses jambes. D’un coup d’œil, je vis la colonne vertébrale se mélanger aux chairs et à un morceau d’intestin. L’ensemble pendait mollement et avait abandonné dans son sillage une traînée d’un rouge bistre. Alors que je le hissai sur la margelle du perron, sa chemise s’accrocha à la lame mon couteau. Pour le dégager, je dus lever le tissu au niveau des poignées d’amour et là, j’ai eu un haut-le-cœur. Oui, c’est bien ça, j’ai senti la bile remonter dans mon œsophage en voyant un bout du foie saillir par la plaie béante. Aussitôt, sans que je puisse me retenir, j’ai vomi dans les plates-bandes.

Après avoir réussi à me débarrasser de cette vision d’horreur. Je me demandai encore comment ce gosse avait pu survivre à une telle boucherie. Mes pieds de nouveau dans la cuisine, j’entamai une nouvelle série de traction pour le tirer vers l’intérieur de la maison, mais une fragrance nauséabonde m’assaillit et coupa net mon effort.

Par réflexe, je posai ma main devant mon nez et ma bouche, puis je me tournai en direction de ce filet olfactif d’une aigreur épouvantable. Je réalisai, en voyant les zombies, que cette odeur se dégageait de l’autre partie du corps de Francis. Elle n’avait pas eu le temps de faisander, mais la décomposition avait déjà trouvé son chemin. J’aperçus un essaim de mouches flotter dans l’air, juste au-dessus de la carcasse en morceaux. Puis mon regard s’attarda sur cet homme. Il était devenu un mort-vivant depuis belle lurette au vu de son anatomie. Avachit sur un bout de barbaque, il curait avec avidité la hanche droite de Francis.

Hypnotisé par l’horreur, je m’arrêtai un instant, et restai ainsi à regarder les deux morts-vivants se repaissant des restes du gosse. Seuls des lambeaux de peaux continuaient de pendre, il n’y avait quasiment plus aucune trace de chair sur les os. Le zombie mâle, dont la main droite semblait ne tenir plus qu’à un amalgame de nerfs et de ligaments, s’énerva soudainement, repoussant dans un geste que je n’aurais jamais cru possible, celle qui l’accompagnait. Son visage était livide. Elle désirait s’emparer de ce dernier vestige du corps de Francis, car il subsistait quelques traces de viande, mais lui, le mort-vivant se bornait à la rejeter en arrière tout en raclant avec ses dents les derniers morceaux de chairs accrochés sur le squelette. Finalement, elle abandonna et se contenta de lécher les vêtements, se délectant ainsi des croûtes de sang formées à leur surface.

Je savais que le temps m’était compté.

Je devais à tout prix reprendre mon couteau, mais tandis que j’enserrai le manche, Francis s’agrippa à mon mollet et se fit basculer sur mon avant-bras. Je me retrouvais bloqué et alors que je m’échinais à repousser son corps, le père de Francis transperça la haie et se pointa d’un pas semi-rapide dans ma direction en grognant.

Au même instant, la femme leva pour la première fois le visage vers moi, Mon dieu ! C’est la fille des Lamberti, je ne l’avais pas reconnu. C’était une adolescente de 16 ans, du genre BCBG comme on disait dans ma jeunesse, beau cul, belle gueule, bombasse comme le clament les jeunes de cette nouvelle génération, mais Emma – c’était son prénom et non un raccourci d’Emmanuelle- n’entrait plus dans ces catégories depuis que son visage avait été en partie arraché. Ses gencives du côté gauche étaient apparentes. On entrevoyait des dents tachées par le sang couleur rouille.

Pour la première fois, je me rendais compte que je regardais véritablement les zombies, face à face. Leur teint était terreux, virant sur le bleu, et leurs mouvements que j’aurais crus plus lent, s’avérèrent devenir dans les secondes suivantes, une source d’inquiétudes quant à la position délicate que j’occupais. Je devais me libérer, reprendre le couteau et me cloitrer dans la maison. Tant pis pour Francis.

Je repoussai alors avec vigueur le gamin pour me dégager, mais il continuait de s’accrocher à moi. Je crois qu’il n’était plus vraiment ici, mais dans un trip qui m’échappait. Sa poigne était puissante, et tandis que j’essayai de me défaire de son étreinte, le père de Francis avança dans ma direction, le gueule ouverte, les yeux plus exorbités que jamais. Il semblait danser sur un rythme de merengue, se balançant maladroitement de gauche à droite, avançant d’un pas, claudiquant puis reprenant un équilibre sans cesse mis en défaut. Mais il avançait et cela me terrorisa.

Je tâtais sous le corps du gosse, je sentais la lame, elle était là, à deux millimètres de mes doigts. Je pris la résolution de balancer un coup de coude dans le bras de Francis, j’entendis un craquement sourd. Il ne hurla pas, mais perdit connaissance. D’une poussée, je le renvoyai sur le côté. Sa tête percuta le chambranle de porte de la cuisine. Cependant, je pensai que tout ceci ne m’avait mené à rien, car son père arriva sur moi, les bras tendus, prêt à me déchirer ma chair. Je n’avais aucunement l’intention de devenir son repas, pas plus que je n’avais envie d’être dépecé par la jeune Emma qui venait de se redresser tout en me fixant du regard.

Alors, j’ai improvisé.

Le père du gamin me tomba dessus, ses dents claquèrent, cherchant à me mordre d’une manière ou d’une autre. Je l’empêchai d’agir en passant mon bras gauche juste sous sa gorge, histoire de me protéger, et même si cela paraissait sommaire, ça fonctionnait. Cela ne sembla pas le gêner, une force invisible le poussait à avancer encore et encore, malgré les obstacles. Je me fatiguerais avant lui, c’était une évidence. Il continua de s’agiter, battant des mains dans le vide. Je vis sa mâchoire s’ouvrir et se refermer sans relâche. Sa bouche dégageait une odeur pestilentielle. J’avais de nouveau envie de vomir, mais l’instinct de survie pris le dessus face à l’horreur de la situation et renvoya la bile dans mon estomac.

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À moitié replié sur le sol, je continuai de tâtonner sous moi pour saisir le couteau. Je ne discernai plus rien, hormis ce visage décharné qui me surplombait. Puis le graal glissa dans ma main. D’un coup sec, je me dégageai et enfonçai la lame dans la gorge du zombie. Je la vis passer dans sa bouche alors qu’il avait la gueule ouverte, puis elle perfora la boîte crânienne sans difficulté. J’ai même eu la sensation de perforer un cartilage de poulet. Les mouvements se firent plus lents, et dans les deux secondes qui suivirent, le corps du paternel s’effondra et se vida d’une partie de ses chairs liquéfié sur moi.

Je n’étais pas encore tiré d’affaire. La jeune Emma approchait, plus lentement. Je m’aperçus qu’il lui manquait un morceau de son pied droit, de ce fait elle n’arrêtait pas de trébucher. Je n’avais plus le temps d’attendre. Je rentrai dans la cuisine, tira Francis sur le carrelage et refermai la porte à double tour.

Je priai pour que cette dernière tienne le coup. Je priai également pour que la jeune femme m’oublie, ne serait-ce qu’une heure, histoire que je récupère.

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Journal, entrée du 28 Janvier 2045, 15h07

Marre, marre, marre.

J’ai la tête qui va exploser. Voilà plus de cinq heures que je fouille dans mes livres à la recherche d’une information qui me permettrait de me débarrasser de ces zombies, mais je n’ai rien trouvé. C’est quand même une situation à se taper la crâne contre les murs, cela va faire plus de vingt ans que j’entasse des livres traitant de divers sujet : médicaux, monstres, guerre. Seulement, je me rends compte aujourd’hui qu’il me manque les principaux : ceux parlant des morts-vivants.

Maintenant que le réseau internet est hors-service, je n’ai plus aucune possibilité de me renseigner sur ce sujet. Je réalise combien j’étais dépendant de cette toile et combien, aujourd’hui, celle-ci me manque. Je pourrais rallumer mon ordinateur portable, et ainsi tenter ma chance, mais à quoi bon ! Je perdrais mon temps.

Quand je pense qu’un ami m’a proposé juste avant cette invasion de me prêter « Guide de survie en territoire zombie », et que j’ai décliné l’offre sous prétexte que je travaillais sur un autre sujet. J’en rirais presque si ce n’était si tragique. Croyez-moi, si ce n’est pas faire fausse route d’avoir agi ainsi, alors je ne m’y connais pas. Au final, je me dis que je dois être l’homme le plus malchanceux au monde pour vivre encore au milieu de ces morts-vivants.

Une nouvelle fois, je me demande si le mieux ne serait pas de me pendre, tant que j’en ai encore la force. Car quand la nourriture manquera, si je reste ici, alors la fatigue me gagnera rapidement. Même en buvant exclusivement de l’eau, je ne tiendrai pas longtemps. J’ai besoin de mon apport de protéines. Un bon steak saignant, j’en salive rien que d’y penser. Mais non, la barbaque en ce moment, je n’en ai pas, seuls ces zombies en dévorent encore et encore, sans jamais être repus.

— Resaisis-toi.

Je m’entends prononcer ces deux mots, et j’hésite encore à leur attribuer un sens. Je ne verserai pas dans la philosophie, elle est morte avec ce monde, pourtant la peur de vivre seul me taraude, mais un questionnement plus fort germe dans mon esprit : L’espoir qu’ailleurs une personne possède une réponse pour tout arrêter.

C’est pourquoi je ne dois en aucun cas me désolidariser. Il me serait facile de nouer un drap, de l’enrouler à une poutre. Par contre, ce dont je suis moins sûr, c’est de la suite. Je ne m’imagine pas debout sur une chaise, tremblant de tout mon être, songeant que ma vie ne se conjugue plus au présent, mais au passé.

— Au passé décomposé, oui !

De vivant, je deviendrais zombie et je resterais jusqu’à la fin du monde, pendu à cette poutre, gesticulant dans tous les sens, incapable de me défaire. La belle affaire. Non ! Je ne résoudrai pas à fermer les paupières et me jeter dans le vide, pas encore. Je n’écarte cependant pas cette éventualité, car quand mon esprit commencera à flancher, alors je choisirai de mourir pour tout oublier, car vivre avec ses souvenirs me deviendrait intolérable.

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Histoire de zombies (1)

Histoire de zombies

Ceci n’est pas une fiction, ceci retrace ma vie. J’avertis toutes les personnes qui pourraient tomber sur mon journal de ne faire confiance à personne. La mort se tapit dans l’ombre et elle prend de l’ampleur. Après ma disparition, vous aurez de grandes chances de croiser ma route, et quand vous m’apercevez, alors ne pensez plus, courrez et cachez-vous.

Journal, entrée du 25 Janvier 2045

Le monde est dévasté, envahit par les zombies. Depuis plus d’un mois, les hommes tentent de les éliminer, mais c’est peine perdue. Même la tête tranchée, ils continuent d’avancer. C’est l’anarchie la plus complète. Personne ne sait comment éradiquer ces silhouettes chancelantes qui trottent dans les rues. Et puis, il y a ces putains d’implants électroniques. Je crois que c’est à cause de cette saloperie de technologie que tout part en vrille.

Je ne suis pas à l’abri d’une attaque. D’ailleurs, en y repensant, je suis peut-être l’un de ses êtres moribonds qui cherche à se nourrir de chair humaine. Tout ça à cause de l’implant ; il fausse les informations du cerveau. Que j’aimerais me tirer une balle dans la tête pour éluder le problème, mais j’ai pas de flingue. Bref, c’est une histoire de dingue, et si je suis fou, alors ces mots ne signifient rien.

Je me souviens encore, quand Les zombies n’étaient qu’une fabulation sortie de l’esprit des cinéastes et des écrivains du siècle dernier, mais aujourd’hui, ils sont là. Ils nous encerclent, ils dominent les cités et bientôt, le vivant ne sera plus qu’un souvenir appartenant au passé de l’humanité.

Histoire de zombies (2)

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